Enjeux et pratiques rhétoriques dans la Legatio ad Caium et le In Flaccum de Philon d'Alexandrie

par Fanny Maignan (NéE GALET)

Projet de thèse en Langues et littératures anciennes

Sous la direction de Pierre Chiron.

Thèses en préparation à Paris Est , dans le cadre de CS - Cultures et Sociétés , en partenariat avec LIS - Lettres Idées Savoir (laboratoire) depuis le 05-09-2012 .


  • Résumé

    Le projet que je propose porte sur le style et la rhétorique de Philon d'Alexandrie. Dans la mesure où il vise à la fois à étudier la réalisation des théories sur l'art du discours dans deux œuvres de la première moitié du premier siècle après J.-C. et les caractéristiques du style de Philon dans ses écrits historiques, les enjeux de cette étude sont majeurs pour notre compréhension des mondes antiques. Philon incarne d'une façon entièrement nouvelle l'idée d'un style inspiré, divin, étudiée par Platon dans l'Ion ou dans le Phèdre et qui donnera lieu à la théorie du style sublime telle qu'elle se développe dans le traité Du Sublime du Pseudo-Longin ou dans les analyses de Démétrios sur le style deinos dans son traité Du Style. Le style sublime peut marquer, justement, la transformation chez Philon de l'éloquence grecque en éloquence sacrée. Alors que la théorie du style sublime se présente dans la première moitié du premier siècle avant J.-C. comme l'aboutissement d'une longue histoire des formes commencée en Grèce à l'époque classique, Philon, fort de sa formation rhétorique et de sa foi juive, écrit deux œuvres dont les accents poétiques, enthousiastes ou enflammés d'indignation sont frappants dans un récit à l'approche historique. Dans le In Flaccum, Philon insiste avec véhémence sur la gravité des crimes commis par Flaccus à l'encontre de la nation juive, invitant ses lecteurs ou auditeurs à prendre son peuple en pitié. La Legatio s'ouvre quant à elle de façon majestueuse, en déplorant l'incapacité de l'homme à saisir le cours de la Fortune et celle du langage à s'élever jusqu'à Dieu. Il y a ainsi dans nos deux œuvres les traces d'un style sublime à analyser en lien avec les théories du style sublime et leur arrière-plan philosophique. L'un et l'autre de ces éléments ont contribué à la formation du style de Philon. L'une des hypothèses concernant le traité du Pseudo-Longin est qu'il ait été écrit dans des milieux juifs. De plus, l'une des sources des théories du sublime est constituée des fragments de Poseidonios, stoïcien, et Philon connaît bien le stoïcisme. Pour le Pseudo-Longin, le sublime est la marque d'un discours qui par sa perfection et sa noblesse approche le divin. Il signale que le discours a un pouvoir qui lui est propre. On trouve l'écho de ces idées dans les œuvres de Philon, pour qui la parole est un don sacré. Ainsi, de nombreux éléments nous invitent à examiner les textes de Philon à la lumière de ces théories rhétoriques ; il s'agira de montrer quelle est leur influence sur le style de Philon. L'étude du pathétique nous permettra de préciser notre analyse en nous concentrant sur un aspect particulier du style sublime très présent dans nos textes. En effet, selon le traité du Pseudo-Longin, les passions sont l'une des cinq sources du sublime. Au chapitre 8, paragraphe 2, il explique que certaines passions concourent à la réalisation du style sublime, et d'autres non, comme les lamentations, l'affliction et la peur. Les deux premières sont souvent convoquées par Philon dans les textes qui nous intéressent, et elles contribuent à faire partager au lecteur – auditeur le sort des Juifs, et, ainsi, à renforcer le discours de Philon qui plaide en leur faveur. Le pathétique, depuis la Rhétorique d'Aristote, se définit comme étant ce qui, dans le discours, fait appel aux passions. Philon sait en user ; dans nos deux écrits en particulier, et peut-être davantage encore que dans ses commentaires du Pentateuque, les passions occupent une place essentielle, puisqu'il s'agit avant tout de provoquer l'indignation devant les comportements de Flaccus ou de Caligula, qui n'ont aucun respect pour le peuple juif. L'étude du pathétique dans le In Flaccum et la Legatio ad Caium est ainsi essentielle parce qu'elle permettra de mieux appréhender les enjeux de ces deux œuvres. Philon en effet semble réunir les formes du discours judiciaire, de l'arétalogie, forme biblique dénonçant les impiétés d'un personnage, et celle du discours historique, dans une œuvre où la vérité historique peut céder à la véhémence. La chronologie est en effet malmenée dans la Legatio ad Caium. Notre étude soulève ainsi également les problèmes propres au discours historiographique et pourra éclairer de façon nouvelle les liens entre rhétorique et histoire, Philon se faisant ici historien et rhéteur, et mêlant les passions au récit des faits.

  • Titre traduit

    Rhetorical practices in the Legatio ad Caium and the In Flaccum of Philon of Alexandria


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