Gerardo Diego et son "imagen múltiple" : la tentative de refonte "poéthique" d'un trope.

par Jaime Avila-Martinez

Projet de thèse en Langues et littératures étrangères

Sous la direction de Henry Gil.

Thèses en préparation à Paris Est , dans le cadre de CS - Cultures et Sociétés , en partenariat avec LISAA - Littératures Savoirs et Arts (laboratoire) depuis le 10-09-2012 .


  • Résumé

    S'interroger sur la poésie de Gerardo Diego revient à s'intéresser aux ressources qui la font advenir, aux outils dont le poète se sert pour l'écrire et pour la livrer à son lecteur puisque la poésie vise à exprimer par le langage, à créer par lui, à partir de la voix textuelle que construit un auteur. Mais un catalogue des procédés n'aurait d'ailleurs pas grand intérêt, s'il ne s'inscrivait pas dans une réflexion plus large sur le discours dont ils sont porteurs et qu'ils contribuent à mettre en forme. Notre perspective tâchera de toujours respecter ce double souci, dans l'enquête que nous souhaitons mener au plus près de la voix poématique gérardienne. Si la poésie est de tous les genres le plus apte à pouvoir rendre poreuses les catégories de l'ici et de l'ailleurs, de la réalité connue et d'une irréalité – ou d'une nouvelle réalité – qu'on crée, l'écriture de Gerardo Diego réalise totalement cette co-présence d'éléments a priori lointains ; et ce dans une perception simultanée et singulière, d'ordre à la fois esthétique et existentiel que prend en charge son concept d'« imagen múltiple ». Cette expérience unique n'est pas l'apanage de la poésie avant-gardiste de Gerardo Diego qu'on classe dans le sillon du « creacionismo », initié, théorisé et diffusé par Vicente Huidobro, poète chilien qui a vécu à Paris et qui a participé à la rédaction de la revue Nord-Sud aux côtés de Pierre Reverdy, de Guillaume Apollinaire et de Max Jacob, entre autres. Gerardo Diego les côtoie : dans quelle mesure s'en nourrit-il ? La vision du monde que vont modeler les poèmes de Gerardo Diego, qu'il s'agisse de ses poèmes creacionistas ou de ses poèmes plus traditionnels ou classiques, ne ressortira pas indemne de cette trouvaille que constitue l'image multiple. Ce sont les effets de cette dernière que nous nous proposons de sonder, dans les deux versants de la poésie gérardienne. Il n'y a pas, selon nous, deux phases : Gerardo Diego n'est pas d'abord creacionista, puis poète classique assumant la tradition du Siècle d'or espagnol, entre autres. Il est les deux à la fois et c'est pourquoi il nous semble difficile de se pencher sur l'une ou l'autre tendance séparément. Gerardo Diego met en relief son rapport à la rhétorique, un rapport passionné dont l'exploration rend compte du rôle central que jouent les tropes. Voilà pourquoi il nous paraît essentiel de partir de l'image multiple de Diego, afin d'en mesurer la portée créatrice. Le poète lui-même affirme cette volonté de refonder la rhétorique – « el capricho de volver a hacérmela » – et justifie, à nos yeux, l'intérêt que nous portons à ce désir de renouvellement poétique qu'il manifeste, à sa réalisation et à ses effets. Ceux-ci, nous le disions, sont à la fois d'ordre esthétique et existentiel, car « le poète se remet sans cesse au monde par le langage, et, tout aussi bien, met le langage au monde et renouvelle le monde dans le langage . » Ainsi, nous sommes conduits à emprunter à Jean-Claude Pinson la notion de « poéthique » ; ce mot-valise permet de signifier la double nature d'un poème, objet à la fois verbal et humain. Verbe humain, pourrait-on dire, qui fait advenir une « proposition de monde – une proposition quant à une modalité possible de son habitation. » Et c'est bien là l'un des objectifs que se fixait le creacionismo lorsque Huidobro affirmait que la langue ne devait plus imiter la nature mais son impulsion génératrice, sa puissance créatrice, et faire advenir dans le poème des réalités nouvelles. Refonder poéthiquement ce trope qu'est l'image, et par conséquent les autres figures qui gravitent autour d'elle, revient à refonder la synthèse d'un monde, d'un sujet et de la perspective du chemin que suit ce dernier. Tâche continue qui guide toujours ce qu'on pourrait appeler le grand écart poétique de Gerardo Diego, voix qui cherche à conjurer le tragique de l'existence sans le nier ; voix qui, pour ce faire, passe du mythe au rire et dessine le temps mais aussi l'espace illimités de la poésie.

  • Titre traduit

    Gerardo Diego and his "imagen múltiple" : the attempt of "poethic" overhaul of a trope.


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