Enquête, histoire et fiction; Jean Hatzfeld au prisme avec l'écriture.

par Ida Mimboui Nguema

Projet de thèse en Littérature française et comparée - Cergy


Sous la direction de Sylvie Brodziak.

Thèses en préparation à Cergy-Pontoise , dans le cadre de ED DSH - Droit et Sciences Humaines , en partenariat avec AGORA (laboratoire) depuis le 03-11-2011 .


  • Résumé

    Penser l'écriture par rapport à l'histoire c'est mettre en relation deux moments importants de l'activité. On peut considérer que ce qui est écrit, c'est ce qui reste, c'est-à-dire jugé digne d'être transmis. Il en va ainsi des événements historiques qui grâce à l'écriture sont transmis de génération en génération. L'écriture est ainsi une trace, une mémoire de l'histoire. Toutefois, l'histoire semble s'opposer à l'écriture littéraire. Car il est généralement admis qu'on ne trouve guère dans les œuvres littéraires que ce qui s´oppose à la réalité et ce point de vue relèverait de l'imaginaire voire de la simulation. Cette approche du texte littéraire se trouve désormais quelque peu ébranlée, si l'on intègre les témoignages, les biographies, notamment les témoignages de survivants de génocide et même ceux des « assassins » . Cette question est d'autant plus présente que ces dernières décennies on assiste à l'émergence dans le débat critique d'une question, que la poétique n'avait jamais explicitée en tant que telle : celle des frontières de la fiction . Toutes choses qui ont permis de repenser la poétique de l'œuvre littéraire fondée comme l'indique les organisateurs d'un colloque en ligne « sur une prescription de distanciation et de subordination du réel concret ou factuel au profit de la fiction » . Il apparaît donc que c'est dans le déploiement même du texte que la difficulté à définir le statut du texte se dévoile dans toute sa complexité. Loin des approches structuralistes du milieu du XXè siècle qui concevaient encore le texte comme un système de relations clos sur lui-même , la critique contemporaine pense le texte dans son rapport avec le hors texte. Ainsi, on redécouvre la nécessité non seulement d'inclure les sciences humaines dans le travail critique mais aussi de lire les faits historiques et sociologiques à partir du texte littéraire. Comment concilier histoire et écriture ? Selon le Larousse, L'histoire est un ensemble de faits déterminants situés dans le passé qui concerne un sujet, une période, ou un domaine marquant l'humanité. L'histoire est également, une partie du passé, postérieure à l'apparition de l'écriture . Et c'est bien là, une définition qui se rapporte aux liens existant entre la littérature et l'histoire. L'objectif ici est non seulement celui d'établir les connexions qui installent l'œuvre dans « son » temps, mais aussi, de mettre en lumière la manière dont la littérature se déploie pour interroger et produire le sens des motifs thématiques. Quoique l'œuvre littéraire propose des représentations symboliques, des déterminations sociologiques, culturelles, économiques, religieuses et bien plus encore, l'on ne peut cependant, pas nier le fait que l'écriture de chaque écrivain soit singulière. De plus l'écrivain transforme les réalités et les discours, les transfigurent dans un genre et une langue qu'il s'est approprié. Il est important de souligner que l'histoire est intimement liée à la littérature, dans la mesure où l'écriture répond à certaines angoisses existentielles, à un besoin d'informer et d'éduquer. L'écriture est également une mémoire, pour un peuple ou une communauté, pour que celle-ci se forme et se structure. A ce titre et certains critiques le formulent très bien à l'instar de Todorov pour qui : « […] les expériences des camps passés doivent servir à abolir les camps présents et à rendre impossible les camps futurs » . Ainsi, c'est par l'acte d´écriture que l'on fait vivre les expériences tragiques du passé, afin de les comprendre, de les étudier dans le but bien entendu de les conjurer à l'avenir. En réalité, une identité individuelle et collective se construit toujours par rapport à une Histoire, mais il est aussi vrai que la littérature contribue largement à la survie de l'Histoire. Seulement, Comment ressortir le caractère vrai d'un événement dans une fiction ? Genette soulève cette question lorsqu'il affirme que « L'énoncé de fiction n'est ni vrai ni faux (mais seulement aurait dit Aristote, « possible »). Justement, c'est le caractère « possible » de l'écriture qui rend problématique la mise en écriture de l'Histoire dans la mesure où la littérature a des règles qui lui sont propres et qui peuvent dans une moindre mesure selon l'usage, trahir la pensée de l'auteur. Ce questionnement général s'applique également à toutes les littératures, notamment aux textes sur le génocide rwandais. Ici se pose identiquement la question de la mise en écriture d'une page tragique de l'Histoire. Comment dire sans totalement sublimer le factuel ? Le langage est-il apte à saisir les horreurs de ce génocide, comment écrire ? Telles sont en quelques mots les questions que pose cette littérature. Dans cette perspective Jean Hatzfeld se présente comme enquêteur qui transmet les résultats d'une profonde expérience sur le génocide du Rwanda. Son texte Une Saison de machettes : La parole des assassins , le deuxième récit d'une trilogie consacrée au génocide Rwandais, révèle un processus de reconstitution des traces de l'histoire à travers le témoignage presque naturel de Hutus ayant participés aux massacre des Tutsi. La particularité de ce texte est la mise en discours du récit des bourreaux. C'est-à dire ceux-là qui ont pleinement participé aux massacres humains en tant qu'acteurs, meneurs de troupes. Il s'agit pour l'auteur de faire parler des personnes qui ont fait l'expérience du pouvoir de vie ou de mort sur leur semblable. Ici, l'homme est d'abord perçu selon la formule de Thomas Hobbes comme un ‘‘loup pour l'homme.'' Le voisin ou l'ami d'enfance qui devient cet être diabolique capable des pires atrocités. L'écriture de l'Histoire dans Une saison de machettes, naît de la volonté de reconstitution de l'histoire du génocide au Rwanda de faire témoigner afin d'instruire la jeune génération. De sorte, que celle-ci n'oublie pas ce qui c'est passé et surtout pour qu'elle comprenne les causes afin que cela n'arrive plus. Cette œuvre qui s'est donné comme objectif de mettre en écriture une tragédie de l'Histoire se veut loin de toutes formes de propagande ou d'auto exaltation. Tout au contraire, elle essaie de combattre le rituel en réalité, elle est principalement motivée par un esprit de reconstitution pédagogique et de justice pour l'histoire. Dans ce travail, nous allons proposer une lecture des traces de l'histoire dans la trilogie de Hatzfeld : Dans le nu de la vie. Récits des marais rwandais (2000), Une saison de machettes (2003), La stratégie des antilopes (2007). La trilogie de Jean Hatzfeld traite essentiellement du génocide du Rwanda. Dans ces œuvres, il s'adonne à une écriture qui s'identifie à un devoir de mémoire. Ecrire pour ne pas oublier, écrire pour dire au monde ce qui est arrivé, écrire pour l'histoire. Le numéro un de cette trilogie est Dans le nu de la vie . Dans ce livre il travail avec les survivants Tutsis, rescapés d'une humanité animalisée par l'homme. Ce livre obtient le « prix France culture » à sa publication en 2001. Puis le deuxième livre de la trilogie s'intitule Une saison de machettes Ici l'exercice d'écriture est plus grand et impressionnant dans la mesure où l'auteur recueille les témoignages des Hutus qui ont participé aux massacres des Tutsis. Il donne la parole aux assassins. Ce second livre reçoit lui aussi un prix, le « prix Femina essai » 2003. Enfin, le dernier livre de la trilogie est La stratégie des antilopes , lui aussi primé, il obtient « Le prix Médicis » en 2007. Jean Haztfeld quitte le journal « Libération » en septembre 2007. Nous allons orienter notre analyse vers trois principaux axes de recherche que sont : l'étude du texte, celui du contexte et du métatexte

  • Titre traduit

    Investigation, history and fiction: the writing of the track in Jean Hatzfeld's trilogy on the Rwandan genocide.


  • Résumé

    A compléter