'Mémoires et identité collective: les Italiens antifascistes à Argenteuil (1921-2012)'

par Théophile Ananos

Projet de thèse en Histoire - Cergy

Sous la direction de Eric Vial.

Thèses en préparation à Cergy-Pontoise , dans le cadre de ED DSH - Droit et Sciences Humaines , en partenariat avec AGORA (laboratoire) depuis le 13-11-2012 .


  • Résumé

    Gros bourg rural au milieu du XIXème siècle, troisième ville d'Île de France au début du XXIème, Argenteuil s'est plus transformée en un siècle que bon nombre de villes de la région parisienne. Rien ne semble subsister de la ville d'origine, dont le vin ornait la table de François Ier. La ruralité perdure encore à certains endroits, mais le bourg de campagne est rapidement devenu, de par sa position géographique sur l'axe de la Seine, l'une des grandes cités industrielles du nord de la capitale. Son économie changeant, Argenteuil a vu affluer sur ses rives une main d'œuvre ouvrière d'abord nationale puis étrangère. En effet, alors que certaines villes françaises ne connaissent qu'actuellement un afflux migratoire massif, ce qui n'est pas sans conséquences dans certaines régions, Argenteuil a déjà connu plusieurs vagues d'arrivées de travailleurs. De fait, cité septentrionale, Argenteuil n'en est pas moins une véritable petite Méditerranée sur les bords de Seine. 1- L'immigration antifasciste italienne En quelques décennies, Argenteuil connaît l'un des afflux de population les plus importants de son histoire. Près de 23 000 italiens y résident en 1933. Cette communauté, originellement implantée dans le quartier des carrières de Volembert, ou sur la route de Sannois, regroupe des péninsulaires venus principalement de Vénétie, de Lombardie, et surtout d'Émilie-Romagne. Ces Italiens ont de par leur présence inscrit Argenteuil dans les grands courants et mouvements de l'histoire sociale européenne agitée à partir de 1921. Si ce sont avant tout des raisons économiques qui poussèrent des milliers d'italiens à remonter vers les centres industriels du Nord de l'Europe, l'installation du régime fasciste favorise la politisation des flux migratoires. Autrement dit, l'échec du Bienno Rosso influe directement sur la commune. Pendant toute la période de l'entre-deux-guerres, la cité est devenue une terre d'accueil de réfugiés politiques internationalistes dont les luttes épousaient les causes locales. Les combats syndicaux livrés dans les usines rejoignaient les réseaux d'exilés antifascistes socialistes, mais surtout communistes et anarchistes 2- Etude de la construction de la mémoire à travers la politique municipale : comment la mémoire a-t-elle été institutionnalisée (approche historiographique) Les mémoires individuelles des habitants s'évadent dans la mémoire collective (même s'il est sans doute possible d'en identifier en fait plusieurs, convergentes ou concurrentes), elle-même rejoignant l'histoire nationale, où les mythes s'élaborent. Cette mémoire collective a marqué la construction urbaine, identitaire et sociale d'une dynamique de vivre ensemble, qui perdure encore, s'enrichissant par tradition des nouveaux apports culturels qui lui parviennent. Cette mémoire s'est vue structurée par des organisations politiques, syndicales et associatives, lui conférant un aspect, « officiel », créé pour répondre aux exigences politiques de la France de l'après-guerre. Ainsi, le Parti Communiste n'a pas hésité à instrumentaliser le sacrifice des antifascistes pour bâtir mythes et légendes devant légitimer ses « 100 000 » fusillés. Il est certain que la plupart des Argenteuillais étaient « rouges » à partir de 1930. La cause internationaliste, fraternelle et égalitaire des antifascistes italiens trouva un terreau favorable dans cette ville de prolétaires, permettant à tous de s'associer dans la lutte contre une idéologie nauséabonde, elle aussi transnationale. 3- Les interstices de la mémoire, enquêtes orales en région parisienne et dans les régions d'origines On ne peut s'interroger sur les dynamiques de cette immigration en privilégiant une approche familiale des généalogies, en remettant l'acte individuel dans sa trajectoire particulière au sein d'un territoire social délimité. Réveiller les mémoires individuelles doit nous conduire à comprendre comment s'élaborent les mémoires personnelles par rapport à l'Histoire globale. Cette approche favorise donc, par les enquêtes sur le terrain, l'émergence du récit où se confrontent le rythme de la narration collective avec les moments autobiographiques purs. Ainsi, il est possible d'envisager outre les filières migratoires, les chaînes de comportements qui permettent cette immigration jusqu'à son implantation durable. L'identité migrante porte la dualité d'émigré et d'immigré. Dès lors s'établit une relation infra-générationnelle qui participe à l'affirmation identitaire particulière puis collective. Comment s'articule cette double dimension spatiale et culturelle dans l'univers des immigrants italiens ? Comment la mémoire personnelle est traduite-elle aujourd'hui ?

  • Titre traduit

    Memoiries and collective identity : antifascist Italians in Argenteuil (1921-2012)


  • Résumé

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