L'apprentissage du chinois chez les étudiants irlandais et leur adaptation interculturelles en Chine

par Jun Ni

Thèse de doctorat en Etudes Transculturelles

Sous la direction de Gregory B. Lee.

Thèses en préparation à Lyon , dans le cadre de École doctorale Lettres, langues, linguistique, arts (Lyon) depuis le 13-11-2012 .


  • Résumé

    Le travail mené dans notre thèse de doctorat porte sur l'adaptation interculturelle des étudiants irlandais du supérieur qui étudient le chinois en Chine. Cette étude s’inspire du corpus des recherches existant sur l'adaptation interculturelle des étudiants étrangers du supérieur, et vient s’y ajouter. La recherche sur l'adaptation interculturelle de ces étudiants a toujours été et reste un sujet brûlant dans le domaine de la recherche sur la communication interculturelle. Les nombre d’étudiants partant à l'étranger pour poursuivre leurs études supérieures croissant chaque année, les facteurs qui facilitent ou entravent l’adaptation de ces étudiants à une nouvelle culture deviennent un enjeu critique tant pour les étudiants eux-mêmes que pour les institutions qui les prennent en charge. S’il existe certes une longue histoire d'échanges universitaires dans des domaines culturels et linguistiques à peu près similaires, la complexité liée au dépassement de clivages culturels majeurs est moins bien documentée. Les recherches sur l'expérience des étudiants étrangers qui étudient le mandarin en Chine sont particulièrement rares. La langue chinoise mentionnée dans cette étude se réfère au chinois moderne. La Chine recense 56 groupes ethniques, chacun parlant une langue et présentant une culture unique. Groupe ethnique le plus important en Chine, les Han regroupent environ 92% de la population chinoise. Les Han vivant dans diverses régions, leur langue présente de nombreux dialectes. La portée de notre recherche se limite au mandarin Putonghua (y compris langue et écriture) basé sur le dialecte de Beijing. La culture chinoise dont il est question se rapporte à la culture des groupes ethniques han actuels. Les progrès économiques spectaculaires accomplis par la Chine et son ouverture aux échanges culturels et éducatifs ont vu l’augmentation exponentielle du nombre d'étudiants qui s’intéressent à l’étude du chinois. La nécessité d’effectuer des recherches sur l'adaptation interculturelle des étudiants étrangers est particulièrement frappante dans le contexte irlandais, où ce phénomène se traduit par une augmentation considérable du nombre d'étudiants poursuivant des études de chinois dans le supérieur. En 2006, le Dublin Institute of Technology (DIT) a créé une formation de chinois conjuguée à des études de commerce international. Trois universités de Beijing et deux universités de Taïwan ont conclu des accords avec le DIT pour s’associer au titre d’universités partenaires. Les étudiants de ce cursus se rendent en Chine pour étudier le mandarin dans les universités partenaires en troisième année d‘études. En 2009, Dublin City University a créé une formation de licence de traduction chinoise. À cette occasion, l'université Xiamen et l'université de Hong Kong se sont associées à DCU pour former un partenariat d’universités. De même, les étudiants qui s'inscrivent à cette préparation à la licence vont étudier le mandarin dans les universités partenaires en Chine en troisième année d’études. Notre étude explore les perceptions individuelles de ces étudiants sur la culture et les différences culturelles entre la Chine et l'Irlande, et examine comment ils vivent cette adaptation interculturelle. Le but de nos recherches est d'étudier les expériences des étudiants inscrits aux formations susmentionnées. Notre étude constituera, nous l’espérons, un complément utile aux rares recherches et publications portant sur l'adaptation des résidents de passage en Chine. Elle informera également les étudiants étrangers eux-mêmes sur leurs choix et sur leur préparation aux études en Chine. De même, elle sera d’utilité à d'autres institutions qui envoient des étudiants en Chine, leur permettant ainsi d'une part d’améliorer leurs programmes d'études à l'étranger et, d’autre part, d'anticiper et de minimiser les difficultés culturelles susceptibles de se présenter, afin que les étudiants soient mieux préparés à étudier en Chine. Les étudiants sont confrontés à de nombreux défis complexes lorsqu'ils se déplacent à l'étranger pour suivre des études universitaires ou autres, en particulier si la culture de leur pays d'origine est très différente de celle du pays d'accueil. On ne sera donc pas surpris de constater que ces difficultés d’adaptation ont un impact sur leur bien-être physique et psychologique, ainsi que sur leur performance académique (Ward, Bochner et Furnham, 2001). Si ces étudiants étrangers, dans une culture aussi nouvelle, connaissent parfois un « choc culturel » (Oberg, 1960, p. 177) résultant de la perte soudaine de tous les signes et symboles familiers de la vie quotidienne et susceptible d’entraîner un certain stress, ils recourent également à des stratégies d'adaptation pour faire face aux obstacles rencontrés. Les étudiants irlandais dont la culture est très différente de celle du pays d'accueil peuvent avoir à relever de grands défis lorsqu'ils étudient et vivent en Chine. Les différences d'orientations collectivistes et individualistes entre la culture chinoise et la culture irlandaise peuvent notamment affecter le processus d'adaptation des étudiants irlandais en Chine. Ce processus d'adaptation interculturelle peut donc s’avérer extrêmement complexe. Notre étude vise à étudier les difficultés et les défis que les étudiants irlandais ont éprouvés durant leur séjour en Chine. En suivant de près les expériences des étudiants et des stratégies qu’ils emploient pour surmonter les barrières culturelles, nos travaux visent à faciliter l'adaptation interculturelle des étudiants irlandais qui poursuivent des études en Chine. La seconde visée de notre recherche est d'explorer le rapport entre les compétences en chinois des étudiants et leur adaptation culturelle. Comme le soulignent Furnham et Erdmann (1995), la compétence linguistique et interculturelle est le facteur clé qui influe sur l'adaptation interculturelle. L'apprentissage des langues et l'apprentissage culturel se renforcent mutuellement pendant les périodes d'études à l'étranger. Tirés de l'analyse des données sur l'influence de la maîtrise de la langue chinoise sur l'adaptation interculturelle des étudiants irlandais, les résultats de notre étude pourront servir de cadre à la planification de programmes d'intégration interculturelle. C’est à la lunette de ces deux objectifs centraux que notre recherche vise à approfondir la compréhension de l'adaptation interculturelle des étudiants irlandais qui étudient le mandarin en Chine. Se concentrant spécifiquement sur l'apprentissage de la langue chinoise et sur les expériences d'apprentissage culturel, notre étude est axée sur les quatre questions de recherche suivantes : 1. Quel choc culturel les étudiants universitaires irlandais ont-ils vécu en Chine ? Quelles difficultés ces étudiants ont-ils rencontrées ? Quelles stratégies ont-ils exploitées pour surmonter ces difficultés ? 2. Quel type d'identité culturelle les étudiants irlandais ont-ils développé après leur séjour à l'étranger ? 3. Pour les étudiants irlandais, quel est le vécu des facteurs qui ont facilité ou entravé leur adaptation interculturelle ? 4. Quelles sont leurs expériences d'apprentissage de la langue chinoise en Chine ? Nous recourons à une méthodologie de recherche qualitative pour décrire et interpréter l'adaptation interculturelle des étudiants irlandais du DIT et de DCU à l'apprentissage du mandarin en Chine. Notre étude est étayée par l'expérience personnelle de l'auteure au titre d'étudiante étrangère et de professeur en Irlande. Cette expérience directe de la culture occidentale en Irlande vécue par une étudiante étrangère originaire de Chine se traduit par une profonde empathie avec les étudiants irlandais qui vivent l'inverse en Chine. Notre recherche donne un aperçu de la vie réelle des étudiants irlandais qui étudient le chinois en Chine. De surcroît, la compréhension des motivations qui poussent les étudiants à vouloir apprendre le chinois est également importante pour analyser les préconçus et la façon dont ces motivations changent à mesure que les étudiants se familiarisent avec la Chine, sa langue et sa culture. 2. Analyse documentaire 2.1 Étude de la culture Toute recherche portant sur à la « culture », y compris la recherche interculturelle, exige une claire définition de ce concept complexe. Zhang Dainian et Fang Keli (2004, p. 3) soulignent que l’on rattache depuis longtemps diverses connotations et dénotations au concept de « culture ». Ces auteurs font une distinction entre la « culture » au sens large et la « culture » au sens étroit du terme. La « culture » au sens large englobe l'ensemble du contenu de la société humaine et de l’histoire. La « culture » au sens étroit exclut l'activité matérielle et ses répercussions sur la société humaine et l’histoire, en mettant l'accent sur les activités de la création spirituelle et leurs conséquences. On parle également de « petite culture ». Zhang Zhanyi (1983) classe la culture en « culture du savoir » et « culture de la communication ». Du point de vue de l'enseignement des langues étrangères, Hu et Gao (1997) adoptent la définition du mot « culture » communément utilisée par les anthropologues culturels pour désigner le mode de vie global d’un groupe donné de personnes, cette définition étant plus large et couvrant à la fois la vie quotidienne et les coutumes et leurs valeurs sous-jacentes. Adoptant la perspective de l'anthropologie culturelle, notre étude définit la culture comme modèle comportemental d'un groupe distinct de personnes et comme système de valeurs régissant le comportement. L'objectif fondamental de l'enseignement des langues étant de développer les compétences communicatives des étudiants, la « culture » à laquelle notre recherche accorde une grande attention est d'abord étroitement liée à la vie, en particulier aux aspects qui sont directement liés à la communication verbale, tels que la langue, les moyens de communication non verbaux, les habitudes alimentaires, les coutumes, etc. Comprendre l'ensemble de la culture rattachée à une langue cible offre également un potentiel authentique d'épanouissement et de développement personnels. Pour Richard Brislin (2000), la culture a une importance telle que la plupart des gens n'en parlent pas et ne peuvent pas l'analyser. La culture se manifeste par des « affrontements bien intentionnés ». La plupart des gens ne réfléchissant jamais plus à leur propre culture qu’au détail des mouvements qu'ils font pour traverser une pièce, ils ont tendance à ne tenir compte de la culture qu’en présence de ressortissants d'autres pays dont le comportement socialement inadapté s'écarte de leurs propres normes culturelles. La Chine représente une étude de cas particulièrement intéressante car elle constitue un locus de deux chocs culturels pour la plupart des étudiants irlandais étudiant à l’étranger : le premier est un produit du discours fictif, imprégné d’idéologie, découlant, comme le définit Edward Saïd, des textes « orientalistes » ; le second est l'impact de l'immersion des étudiants dans un pays dont la culture semble éloignée de leur connaissance du pays précédemment acquise à travers ces textes. Il convient d’aborder chacun de ces aspects dans l'ordre. Dans un premier temps, le choc culturel résulte en partie des propos culturels tenus dans les livres et les films de romanciers et de réalisateurs occidentaux, qui donnent à la plupart des Irlandais une impression dominante de la Chine. Said décrit comment ces contenus mettent l'accent sur le déplacement fondamental des Occidentaux dans un monde oriental qu'ils ne peuvent ni apprécier ni comprendre entièrement. Il décrit la nature profonde de ce processus, en faisant allusion à l'importance de considérer l'impact potentiel des textes orientalistes sur les perspectives des étudiants qui partent étudier à l’étranger. Nous revendiquons que notre expérience de ces textes représente un choc culturel en soi. Burnett (1998, p. 215) déconseille prudemment aux chercheurs de considérer le choc culturel comme « un mal exotique dont les origines sont lointaines. En réalité, le choc culturel ressemble remarquablement aux tensions et aux angoisses auxquelles nous nous trouvons confrontés lorsque le changement menace la stabilité de nos vies ». Certains textes culturels qui nous confrontent à la notion de différence culturelle ont le potentiel d’ancrer profondément ce genre de tensions. Dans ce contexte, Blair (2006) promeut à juste titre le « relativisme culturel », une appréciation comparative des différentes valeurs du pays d'origine et du pays d'accueil, qui reconnaît que les valeurs nationales du pays d'accueil « ne sont pas tributaires de l’exportation de leur crédibilité vers les autres, mais plutôt du fait qu'elles sont nôtres. Évoluant au fil du temps, elles reflètent la situation historique et géographique des personnes en jeu. » (Blair, 2006, p. 7). Ce résultat peut s’obtenir grâce à la participation à des programmes d'études à l'étranger, qui déclenchent potentiellement ce que Raymond Williams nomme le « désapprentissage » du « mode inhérent de domination » (cité dans Said, 28), car les textes orientalistes dans lesquels les étudiants peuvent avoir été plongés auparavant ne fournissent pas de point de référence fiable concernant la culture chinoise. Lorsque les étudiants étrangers étudient en Chine, le pays qu'ils rencontrent ne correspond que partiellement aux caricatures culturelles reproduites dans les textes orientalistes. La façon dont les étudiants surmontent ce deuxième choc culturel est au cœur de notre étude. D’après Marshall R. Singer, la culture est « un modèle de perceptions, de valeurs, d'attitudes et de comportements acceptés et attendus par un groupe identitaire » (Singer, p. 99). Il est important de souligner que nos propres degrés d'acceptation et d'attente conditionnent notre relation avec les cultures qui nous entourent. Pour les étudiants irlandais, développer une appréciation de la culture chinoise est un véritable défi en raison des problèmes que pose l'adaptation interculturelle. Selon Oberg (1958), l’adaptation interculturelle peut favoriser une « anxiété qui résulte de la perte de tous les signes et symboles familiers de l'interaction sociale ». Ces chercheurs considéraient le choc culturel comme faisant partie intégrante du processus normal d'adaptation au stress culturel, impliquant des symptômes comme l'anxiété, l'impuissance, l'irritabilité et le désir d'évoluer dans un environnement plus prévisible et gratifiant. L'anxiété peut entraîner certains comportements, notamment des préoccupations hors norme à l'égard de la nourriture, des douleurs mineures, la crainte excessive d'être trompé ou volé, des accès de colère à l'égard de la population locale ou l’évitement des contacts avec celle-ci, et le désir d'être en compagnie de compatriotes (Furnham et Bochner, 1986 ; Furnham, 1993 ; Anderson, 1994). Si certaines expériences négatives sont associées au choc culturel, n’en négligeons pas les aspects positifs. Adler (1987) considère que l'expérience de l'apprentissage interculturel est une expérience de transition, qui se traduit par une amélioration de la conscience de soi et de la conscience culturelle. Pour le résident de passage, l’une des stratégies les plus efficaces à adopter pour faire face au choc culturel est le développement de capacités de communication, tant sur le plan de la connaissance du pays d'accueil que sur le plan de l’empathie (Rothwell 2000). Dans ce contexte, l'empathie est la capacité du résident de passage à voir l'environnement d'accueil tel qu'il est perçu par les autres afin de mieux comprendre les pensées et les sentiments des personnes dont il est entouré. Pour Babiker et coll. (1980), la « distance culturelle » se définit comme concept qui explique le sentiment de détresse vécu durant le processus d'acculturation. Selon Mumford et Babiker (1997), les facteurs suivants peuvent servir à mesurer la distance culturelle : le climat, l'habillement, la langue, la nourriture, la religion et les normes sociales. Analysant les données recueillies, Furnham et Bochner (1982) montrent qu'il existe une relation entre la différence culturelle et les problèmes sociaux ressentis par les résidents de passage dans le pays d'accueil. Ils rapportent que les étudiants étrangers du Royaume-Uni originaires de régions culturellement similaires éprouvent moins de difficultés sociales que les étudiants de régions culturellement éloignées. Plus le fossé entre la culture d’accueil et la culture native du résident de passage se creuse, plus l’adaptation lui est difficile. Les personnes qui se déplacent entre des endroits très éloignés du point de vue culturel ont tendance à éprouver de plus grandes difficultés d'adaptation (Redmond, 2000, p. 153). 2.2 Différences culturelles entre société chinoise et société irlandaise Notre étude tente de comprendre les différences culturelles entre la société chinoise et la société irlandaise dans un contexte interculturel en présentant le modèle des dimensions culturelles de Hofstede (1980, 1994). Les recherches effectuées par Hofstede (1994, 2001) sur les variations culturelles offrent des perspectives très différentes sur la culture chinoise et la culture irlandaise, qui sont certes utiles à notre analyse. Dans les deux sociétés, l'indice de masculinité obtient des scores élevés qui indiquent la force des rôles masculins par rapport aux rôles féminins. Cependant, Greene (1994) estime qu’en Irlande un certain flou règne par rapport aux attentes et aux rôles classiques et modernes des femmes. L'une des principales différences soulignées dans notre étude au sujet des rôles sociaux chinois et irlandais est le concept de la dimension de l’individualisme par rapport à celle du collectivisme (Hofstede 2001). Les buts et les intérêts individuels qui influencent les normes sociales et encouragent les personnalités créatives, autonomes, compétitives et sûres d’elles-mêmes sont l’apanage des cultures individualistes. La promotion de soi et le développement personnel y sont soulignés, et les capacités et les aptitudes valorisées (Neuliep, 2003, p. 38). En revanche, les sociétés collectivistes accordent de l'importance aux objectifs du groupe et font de ceux-ci la visée principale pour chacun de ses membres. Les unités de base des sociétés collectivistes sont des groupes, notamment les unités familiales (Neuliep, 2003). Les caractéristiques appréciées des membres sont la loyauté envers le groupe, l'humilité, la tolérance envers les autres et la sincérité, car les membres se considèrent comme interdépendants. L'idéologie standard que l'on trouve en Chine est le collectivisme ancré à la fois dans les croyances confucéennes millénaires et dans les principes plus récents du communisme. Le collectivisme, souvent synonyme d'abnégation, est profondément ancré dans l'esprit du peuple chinois. Wilhelm (1998) affirme que les sociétés collectivistes valorisent la loyauté envers le groupe et le maintien de la dignité et de l'intégrité du groupe. Les actions de l'individu et les résultats de ces actions sont les principales caractéristiques de la vision irlandaise du comportement humain. En revanche, l'influence des philosophies et des valeurs confucéennes se constate davantage dans la culture chinoise. Ces influences ont octroyé de la valeur à l'harmonie, au collectivisme, à la piété filiale et à une structure hiérarchique clairement définie (Bond et Hwang, 1986). D'après Marx (2001), les Chinois considèrent que « sauver la face » préserve l'intégrité du soi. Ce concept de « face » influence les communications et l'évitement constant des conflits apporte un sentiment d'harmonie à l'unité familiale. Il existe néanmoins des rôles sociaux et spécifiques au genre clairement définis, qui sont influencés dans le contexte du foyer par chacun des conjoints. 2.3 Les « stéréotypes culturels » et le paradoxe de la communication interculturelle Walter Lippmann a employé le terme « stéréotype » pour la toute première fois dans son livre Public Opinion (1922) pour désigner la vision simpliste que les gens se font d'une autre nation ou d'un autre État par exemple : « un Britannique conservateur », « un Italien romantique », etc. Lippmann a commencé par voir la négativité liée au concept de stéréotype, revendiquant que la catégorisation par type était erronée et irrationnelle, mais par la suite, les psychologues psychosociaux ont su reconnaitre la neutralité de ce concept, estimant que les stéréotypes sont universels. Par exemple, ce que l'économiste Hofstede a nommé la culture « individualiste-collectiviste » identifie l'utilisation de règles pour mesurer les différentes communautés des cultures humaines qui divisent largement les deux grands camps de « l'individualisme occidental » et du « collectivisme oriental ». Si une telle compréhension générale du niveau macroéconomique a un certain rôle à jouer, elle peut néanmoins être trop simple. Il n’en reste pas moins que, si les stéréotypes sont raisonnables, ils exagèrent les écarts entre les groupes en ignorant les différences individuelles : les Chinois sont introvertis et conservateurs, les Américains préfèrent l’appât du gain aux personnes, les Italiens sont romantiques et bruyants, etc. Les stéréotypes culturels peuvent alimenter l'ethnocentrisme, voire présenter les différences culturelles de manière antagoniste. Porter (1990, p. 12) critique sévèrement les stéréotypes culturels : « Les stéréotypes finiront par nous convaincre que tous les Irlandais sont roux et irascibles, que tous les Japonais sont petits, ennuyeux et rusés, que tous les Juifs sont intelligents et avides et que tous les Noirs sont superstitieux et paresseux. Même si elles sont généralement acceptées, ces généralisations sont loin d’être exactes ». Les universitaires engagés dans la recherche et l'enseignement en matière de communication interculturelle se heurtent à la contradiction suivante : si résumer les différences culturelles et établir certains stéréotypes culturels sont inévitables pour aider les personnes de cultures différentes à se comprendre, ces stéréotypes peuvent aussi poser le risque d’un « étiquetage » de ces différences ou d’une « généralisation excessive », l’un et/ou l’autre susceptibles de créer artificiellement des entraves à la communication et la compréhension interculturelles. Il y a, d’une part, nécessité de jeter des ponts et de communiquer et, d’autre part, risque d’ériger des murs et de créer de l'isolement. Pour évoquer la contradiction entre « pont » et « mur » qui aboutit aux stéréotypes culturels, on parle du « paradoxe de la communication interculturelle ». Ce paradoxe reflète la profonde contradiction à laquelle nous sommes confrontés dans notre compréhension du monde et de nous-mêmes. Face à ce paradoxe, Hu, Gao (1995, p. 224) a proposé une solution : établir des stéréotypes, puis les remettre en cause, reconnaître l'existence du mur, puis démolir le mur pour jeter des ponts entre les diverses cultures. 2.3 Recherches empiriques en cours sur l’adaptation interculturelle des étudiants étrangers Le cadre d'acculturation de Berry et la théorie de la communication de Kim sous l’angle de l’adaptation interculturelle s’avèrent d’une utilité toute particulière à l’analyse de l’adaptation interculturelle des étudiants irlandais. 2.4.1. Le cadre d’acculturation de Berry Berry (1997) énumère quatre stratégies d'acculturation : (1) l’assimilation, soit le remplacement de l'identité ethnique et des valeurs de la culture d'origine par celles de la culture d'accueil ; (2) l’intégration, soit un équilibre fonctionnel entre les valeurs culturelles d'origine et celles de la culture d'accueil par un maintien de l'identité ethnique, conjugué au contact et à la participation avec la culture d'accueil ; (3) la séparation, soit peu ou pas d'interaction avec la culture d'accueil et un désir ardent de maintenir son identité ethnique ; et (4) la marginalisation, soit le non-maintien de contacts avec la culture d'origine ou d'accueil, l'aliénation, la perte d'identité et le stress. 2.4.2 La théorie de la communication de Kim sous l’angle de l’adaptation interculturelle Kim (2001) relève cinq concepts que l’on peut considérer ensemble comme facteurs d'adaptation : la communication personnelle, la communication avec la société d’accueil, la communication sociale ethnique, l’environnement d'accueil et la prédisposition. Selon Kim (2001), ces facteurs influencent le processus de transformation interculturelle. Il s'agit d'un processus grâce auquel on peut atteindre un équilibre fonctionnel, un équilibre psychologique et une identité interculturelle. 2.4.3 Compétence communicative interculturelle Les indicateurs d'efficacité de la communication et de l’interaction interculturelles font l'objet d’études depuis de nombreuses décennies. Les caractéristiques de la personnalité et du comportement, ou les aptitudes sociales des résidents de passage qui débouchent sur l'adaptation à la culture d'accueil sont au centre de cette recherche. Plusieurs études ont montré que certains facteurs tels que l'empathie, le respect, l'intérêt pour la culture locale, la souplesse d’esprit, la tolérance, la compétence technique, l'ouverture d'esprit, la sociabilité, une image de soi positive et l'esprit d’initiative étaient tous des facteurs clés (voir notamment Bhawuk et Brislin, 1992 ; Cui et Awa, 1992). Van der Zee et Van Oudenhoven (2000, 2001) ont résumé les cinq types de facteurs interculturels efficaces en se fondant sur les multiples facettes de la personnalité interculturelle. Il s'agit notamment de l'empathie culturelle, de l'ouverture d'esprit, de la stabilité émotionnelle, de l'initiative sociale et de la souplesse d’esprit. 2.4.4 Facteurs qui influencent l’adaptation des résidents de passage Certaines recherches préalables (Adler, 1975 ; Ward, Okura, Kennedy et Kojima, 1998 ; Ward et Rana-Dueba, 1999) ont mis en lumière les facteurs qui influencent l'adaptation des résidents de passage à la culture d'accueil. Il s'agit de variables contextuelles comme la différence entre la culture d'origine et la culture d'accueil, la maîtrise de la langue, le genre, l'âge, le niveau de scolarité, le statut, l'estime de soi et les expériences interculturelles préalables. De plus, on constate des variables conjoncturelles telles que la durée du séjour, l'information et le soutien fournis, l'interaction sociale et l’établissement de relations avec les ressortissants des pays d'accueil, la performance académique ou professionnelle et la santé physique. Cette étude s'appuie sur les résultats des recherches susmentionnées. À ce stade de notre étude, il sera nécessaire de mettre en œuvre une approche méthodologique adaptée à la recherche en cours, approche qui fait l'objet de la partie suivante. 3. Méthodologie 3.1 Contexte de la recherche Ritchie et coll. (2003, p. 82) affirment qu'en faisant des recherches qualitatives, les chercheurs espèrent se faire une idée de la nature et de la forme de phénomènes particuliers, mettre en évidence certains sens, développer certaines explications, ou proposer des idées, des concepts et des théories. Il est important d'indiquer ici le cadre méthodologique général qui éclaire notre recherche. Notre étude vise à examiner l'expérience interculturelle des étudiants universitaires irlandais en Chine et à utiliser cette analyse pour formuler une théorie concise et pratique. Son but est d'examiner un processus social et de découvrir comment les étudiants eux-mêmes élaborent une compréhension de leur expérience et lui donnent un sens. Les résultats de l'intégration culturelle sont le fruit de l'interaction sociale des étudiants avec le processus, ce qui implique leur préparation, leurs attentes et leur engagement. Leurs expériences ne sont pas prédéterminées. Il faut donc adopter une approche de recherche qualitative pour obtenir les données, élaborer une théorie et développer des hypothèses vérifiables du point de vue quantitatif. 3.2. Conception de la recherche Marshall et Rossman (1995, p. 5, cités dans Watt, 2007) soulignent qu'au cours du processus de conception d'une étude, les chercheurs qualitatifs font face à trois grandes gageures concernant la qualité. Premièrement, il convient de créer un cadre conceptuel « complet, concis et élégant ». Deuxièmement, il faut mettre en œuvre un modèle « systématique et gérable tout en restant souple » (ibid., p. 5). On peut voir la capacité de combiner ces éléments en un « document cohérent qui convainc le lecteur de la proposition [...] selon laquelle l'étude doit se faire, peut se faire et se fera » comme le troisième défi (ibid., p. 6). La conception de la recherche comporte trois volets : le choix des personnes interrogées, la collecte des données et leur analyse. 3.2.1 Choix des personnes interrogées Le premier élément du plan de recherche est le choix des personnes interrogées. Au total, vingt étudiants irlandais du Dublin Institute of Technology qui se sont inscrits à un programme de licence de chinois et commerce international ont été choisis pour participer à nos entretiens. Nous avons porté une attention particulière à la collecte de données variées. Dix hommes et dix femmes y ont participé. Leur âge à leur arrivée en Chine allait de vingt à vingt-trois ans. Les participants avaient tous eu l’expérience d'un an d'apprentissage du chinois en Chine. 3.2.2 Collecte des données Pour comprendre le processus d'adaptation interculturelle des étudiants irlandais, nous avons principalement collecté nos données grâce à des entretiens ouverts afin d’obtenir des récits personnels d'adaptation de chaque participant, ainsi que des informations riches et contextualisées. L'utilisation de questions ouvertes donne aux participants la possibilité de répondre en recourant à leur propre vocabulaire plutôt que de les forcer à choisir parmi des réponses fixes. Ce format non structuré s’est traduit par l’établissement d’échanges et d’une honnêteté profonds qui ont permis aux étudiants de s‘exprimer librement sur leurs expériences et sur les défis présentés par la vie et leurs études en Chine. 3.2.3 Analyse de données Nous avons recouru à l'analyse thématique pour analyser les données des entretiens. L'analyse thématique est une méthode d'analyse qualitative largement connue qui a été introduite par Boyazis : « L'analyse thématique est un processus dont on s’est souvent servi jadis sans en formuler les techniques spécifiques ». Braun et Clarke (2006) donnent un aperçu des phases de l'analyse thématique. Selon eux, des similitudes existent entre les phases d'analyse thématique et celles des autres méthodes de recherche qualitative. Le processus commence au moment où le chercheur cherche et relève des tendances de signification et des questions d'intérêt potentiel dans les données mises en évidence lors de la collecte des données. L'analyse thématique est une méthode naturelle et fréquemment utilisée pour organiser les données brutes du contextes des entretiens autour de diverses disciplines (Rawal, 2006). Dans le cadre de notre étude, les données ont fait l’objet d'une analyse thématique, car elles se sont avérées bien organisées, claires et aptes à répondre aux questions posées par notre recherche. Les thèmes étaient axés sur des facteurs tels que le tissu des relations sociales : âge, identité, questions liées à la langue, etc. Autrement dit, ces catégories étaient à même de déterminer les raisons qui sous-tendent l’exploration du processus d'adaptation interculturelle des étudiants irlandais qui étudient en Chine. Nous avons passé les données brutes au peigne fin pour établir une description détaillée des expériences interculturelles des étudiants irlandais. Dans notre étude, l’analyse a porté sur les propos des participants par rapport à leurs expériences interculturelles ; ces propos ont fait l’objet d’une lecture serrée afin d'en extraire les thèmes relevés comme facteurs facilitant ou entravant l'adaptation interculturelle des étudiants. Nous organisons ces données selon quatre thèmes tirés des données d'entretien, et avons identifié les facteurs facilitant ou entravant leur adaptation interculturelle. Ces thèmes sont les suivants : • Acculturation au choc culturel chinois • Questions relatives à l’identité culturelle • Facteurs qui facilitent ou entravent l'adaptation interculturelle • Apprentissage de la langue chinoise et acculturation à celle-ci La présentation de ces thèmes nous a permis de fournir des descriptions détaillées des récits des étudiants (Geertz, 1973) pour leur donner une voix. Nous estimons que l'utilisation de descriptions denses (Geertz, 1973) est parfois plus crédible que les statistiques car elles révèlent l'importance des expériences interculturelles des étudiants irlandais. 4. Résultats des recherches Conclusion de recherche 1 : Le choc culturel vécu par les étudiants irlandais Les données montrent que, même si ces étudiants irlandais s’étaient bien adaptés au pays d'accueil, ils avaient en majorité connu un certain choc culturel. Les étudiants ont signalé divers niveaux de frustration et d'incompréhension découlant du fossé séparant leur culture d’origine et celle de la culture d'accueil. Le choc culturel du contexte académique pour ces étudiants a constitué l'aspect le plus stressant en raison de ses effets potentiellement négatifs sur leur performance académique et leur bien-être psychologique. Les étudiants ont rencontré une culture de l'enseignement et de l'apprentissage bien différente de la leur dans leurs universités d'accueil. Du point de vue des étudiants, la culture d'enseignement-apprentissage est l'acquisition réceptive des connaissances tirée de l’écoute du cours du conférencier, suivie par une mémorisation avec répétition exacte de ce qui a été appris. Les étudiants irlandais estiment que la culture de l'enseignement et de l'apprentissage dans leur université d'origine est un transfert de connaissances interactif et discursif, dans lequel l'opinion critique des étudiants est encouragée. Ces étudiants ont également éprouvé des difficultés d'adaptation : mal du pays, solitude, problèmes de pollution et d'hygiène alimentaire, barrière linguistique, conduite dangereuse des chauffeurs de taxis et surfacturation de leurs courses. Ils ont néanmoins eu recours à leurs stratégies d'adaptation pour minimiser les effets du choc culturel. Conclusion de recherche 2 : Identité et compétence interculturelles développées par les étudiants irlandais Les données révèlent le degré de réussite de l'adaptation culturelle des étudiants irlandais qui étudient en Chine, ainsi que les implications de ce phénomène sur la perception de leur identité culturelle. Nous avons constaté certaines transformations de l'identité culturelle en réponse à certains contextes temporels, culturels et situationnels après leurs études à l'étranger en Chine, comme le présentent Ward et coll. 2001. Les étudiants irlandais qui sont devenus plus tolérants et plus ouverts d’esprit du point de vue interculturel ont bien vécu leur adaptation. Les données ont révélé un point essentiel : les études à l'étranger montrent à quel point l'identité est centrale. Comme le soulignent les notions de comparaisons sociales de Tajefel (1981), qui agissent comme mécanisme d'identification des groupes, on en vient à comprendre que les cultures sont relatives et non absolues. Des comparaisons avec d'autres cultures sont tirées consciemment ou inconsciemment, par le biais de l'exposition interculturelle, la modification de l'identité culturelle étant fonction de la résolution d'éventuelles situations conflictuelles. Le sentiment d'avoir une identité irlandaise a été mis en évidence tout au long du vécu des études à l'étranger en raison du contraste entre deux groupes (Tajefel, 1978). Cette étude a montré que, lorsque les identités existantes des étudiants irlandais s’avéraient solides, l'ajout d'autres identités sociales ne leur avait posé aucun problème, les deux n’étant pas mutuellement exclusives (Byram, 1999). Conclusion de recherche 3 : Acquisition de la langue par les étudiants irlandais en Chine Les motivations sous-tendant le désir des étudiants irlandais ciblés de se rendre en Chine pour étudier le chinois étaient manifestement très profondément ancrées. Ils ont indiqué avoir éprouvé des difficultés à apprendre la langue chinoise en classe et à l'extérieur, mais ils ont élaboré des stratégies uniques pour améliorer leurs compétences en chinois. Les données suggèrent que les étudiants irlandais ont amélioré leurs compétences linguistiques (écoute, parole, lecture et écriture) et communicationnelles (grammaticales, stratégiques et sociolinguistiques) grâce à leur immersion dans la langue et la culture cibles. Les étudiants profitent considérablement de l'apprentissage de la langue chinoise en environnement immersif, particulièrement en ce qui concerne l’acquisition de compétences verbales et de vocabulaire et la conscience sociolinguistique. La majorité des étudiants ont considérablement amélioré leurs compétences linguistiques, comme le prouvent les résultats qu’ils ont obtenu à l’HSK (« test d’évaluation du chinois »). Les mesures utilisées pour déterminer la compétence linguistique sont un bon prédicteur de la réussite académique, car ce test évalue les qualités requises pour assurer la réussite de l’étude du chinois. Notre étude explore également la relation entre la maîtrise de la langue chinoise et l'adaptation interculturelle. L’analyse des données de cette étude révèle que les compétences linguistiques peuvent être à la fois un soutien et un obstacle au processus d'adaptation interculturelle des étudiants irlandais lorsqu'ils interagissent avec les membres de la société d'accueil. La langue devient un obstacle majeur dans le cadre de l'interaction des étudiants irlandais avec les Chinois car les restrictions des compétences linguistiques entraînent des difficultés de communication, alors qu’une bonne maîtrise de la langue permet de mieux accéder à la culture d'accueil et facilite le processus individuel d'adaptation interculturelle des étudiants irlandais. Conclusion de recherche 4 : facteurs qui facilitent et entravent l’adaptation interculturelle des étudiants irlandais Notre étude se concentre sur la recherche des facteurs qui facilitent et entravent le processus d'adaptation culturelle vécu par les étudiants irlandais du supérieur qui étudient en Chine. Ces résultats se fondent sur des données riches collectées à l’occasion de vingt entretiens en face-à-face et de journaux écrits par les étudiants pendant leurs études en Chine. La présentation de ces thèmes nous a permis de fournir des descriptions détaillées des récits des étudiants des étudiants irlandais pour leur donner une voix. Il s’agit, nous semble-t-il, du meilleur moyen de découvrir l'importance des expériences interculturelles des étudiants irlandais. Tout d'abord, six facilitateurs ont été identifiés grâce à une analyse thématique des données : motivation, expériences interculturelles antérieures, préparation, soutien perçu, attitude intégrative et caractéristiques de la personnalité interculturelle. Explorant le concept du stress d'acculturation des étudiants irlandais, cette étude a identifié deux facteurs qui entravent leur apprentissage de la langue et leur adaptation interculturelle : l’écart culturel et la bureaucratie. Notre étude suggère également que la maîtrise de la langue chinoise et l'usage des technologies modernes peuvent faciliter et entraver l'acquisition de la langue et l'adaptation interculturelle. Ces facteurs de facilitation et d'entrave ont été jugés importants en raison de la fréquence des références à ces facteurs et de l'importance que les étudiants leur ont octroyée lors de ces entretiens. 5. Contribution au savoir Nous espérons que cette étude apportera une contribution utile à l'ensemble de la recherche sur l'adaptation interculturelle des étudiants étrangers. Premièrement, aucune étude n’avait été faite auparavant sur les expériences des étudiants irlandais étudiant le mandarin en Chine. Notre recherche comble cette lacune au moment même où les échanges éducatifs sont en passe de devenir un élément important des liens culturels et économiques entre l'Irlande et la Chine. Deuxièmement, les expériences et les perceptions individuelles des étudiants irlandais du supérieur ont été explorées au moyen d'une enquête qualitative qui a produit des données riches et originales. Troisièmement, la recherche a identifié plusieurs facteurs clés qui facilitent l'acquisition de la langue et l'adaptation interculturelle des étudiants irlandais, mais aussi certains facteurs qui les entravent. Nous estimons que cet ensemble de connaissances constitue un complément utile à la recherche sur les programmes d'études à l'étranger. Enfin, les thèmes identifiés pourraient orienter les études futures dans le domaine des études interculturelles. 6. Limites de la recherche Notre étude comporte certaines lacunes, l'une d'entre elles concernant l’usage des entretiens. Selon Coffey et Atkinson (1996, p. 19), les entretiens « ne nous donnent pas accès à la façon dont les gens agissent réellement dans une grande variété d'activités au quotidien ». Darlington et Scott (2002) soulignent également que les entretiens nous informent de ce que les gens disent faire, sans vraiment révéler ce qu'ils font réellement. Ils s'appuient sur le comportement auto-déclaré des participants. Nous ne pensons cependant pas que les personnes interrogées fournissent délibérément de fausses informations, mais nous ne pouvons pas garantir que leurs comportements réels reflètent leurs propres déclarations. De surcroît, le processus de cette recherche est subjectif et interprétatif, un autre chercheur pourrait éventuellement mener une analyse différente et tirer des conclusions différentes à partir des mêmes données. Le processus de collecte des données est un autre facteur de contrainte. Les données n'ont été recueillies qu'une seule fois en raison de nos impératifs de temps. De toute évidence, les réponses aux questions théoriques et aux questions de recherche pourraient être plus précises en étudiant des séries chronologiques sur les mêmes personnes interrogées sur la durée. L’autre faiblesse de notre recherche réside dans son étude du processus d'adaptation interculturelle du point de vue d'un groupe d'étudiants étrangers, l'accent ayant été mis uniquement sur les étudiants irlandais. Si Dunne (2008) souligne que la société d'accueil est également essentielle à la réussite de l’adaptation, notre recherche n’accorde que peu d'attention à la société d'accueil. De futures recherches pourraient également explorer l'attitude des étudiants du pays d’accueil vis-à-vis des étudiants irlandais et leur expérience des contacts interculturels sur le campus. 7. Suggestion de recherches complémentaires Étant donné le nombre croissant d'étudiants irlandais qui étudient en Chine, une excellente occasion de poursuivre les recherches exploratoires sur l'adaptation interculturelle des étudiants irlandais se présente. Recourant à un cadre de recherche qualitatif, notre étude fait état des opinions et des points de vue des étudiants universitaires irlandais, qui ne reflètent peut-être pas entièrement les expériences d'autres groupes d'étudiants étrangers. Par conséquent, des recherches sur les perspectives et l'expérience des étudiants étrangers pourraient être entreprises et comparées aux résultats de notre étude. De surcroît, étant donné que la communauté d'accueil exerce nécessairement une influence sur le processus d'adaptation interculturelle, des recherches pourraient être menées sur les attitudes des Chinois à l'égard des étudiants irlandais. Les résultats de ces recherches pourraient être comparés aux conclusions de notre étude et donneraient un aperçu unique des relations interculturelles des étudiants irlandais avec la communauté d'accueil. Les études futures nécessiteraient des recherches plus poussées sur des thèmes semblables en prenant des échantillons plus importants et plus aléatoires afin d'explorer un éventail plus large de connaissances et d'attitudes à l'égard de l'adaptation. Notre étude montre que la pertinence des technologies dans l'acquisition du langage et l'adaptation interculturelle est de plus en plus importante et qu'elle constituerait donc un sujet intéressant d’études à l’avenir. Il serait particulièrement utile d'explorer dans quelle mesure les technologies pourraient représenter un moyen d'atteindre une complétude institutionnelle « virtuelle » pour les résidents de passage et l'impact que cela pourrait avoir sur leur interaction avec la communauté d'accueil et leur adaptation. 8. Conclusion Notre recherche présente une étude qualitative originale sur l'acquisition de la langue chinoise et le processus d'adaptation interculturelle des étudiants irlandais qui étudient le mandarin en Chine. Le but de cette étude était d'explorer les perceptions du choc culturel et les expériences d'adaptation interculturelle vécues par certains étudiants étrangers, des étudiants irlandais du supérieur, dans leur vie quotidienne et sur le campus, y compris les facteurs qui facilitent et entravent leur processus d'acquisition de la langue et d'adaptation interculturelle. L'objectif implicite est d'identifier des stratégies susceptibles de promouvoir une adaptation interculturelle équilibrée sur le campus. Les étudiants irlandais de notre étude étaient hautement motivés pour étudier le chinois. Ils sont arrivés en Chine présentant divers niveaux d'expérience pré-interculturelle et de pré-connaissance de la culture chinoise. La culture chinoise a été perçue comme étant très différente de la culture irlandaise, les différences concernant la langue, le climat, la nourriture et les valeurs. Ces aspects ont présenté de grands défis pour ces étudiants irlandais. Ils ont éprouvé de grandes difficultés à s'adapter en raison du choc culturel. Ils ont convenu que le soutien social avait facilité leur adaptation interculturelle. Ce soutien est venu de leurs amis et de leur famille dans le pays d'origine et les universités d’accueil en Chine. Ils ont également établi de nouveaux cercles de relations en Chine et ont obtenu le soutien de la communauté d'accueil. Les résultats de notre étude montrent comment le processus d'adaptation interculturelle tend à être un parcours incertain et difficile, exigeant détermination et résilience. Pouvoir s’adapter facilite énormément le processus d'adaptation interculturelle pour les résidents de passage (Kim, 2001). Les étudiants de cette étude s'entendent pour reconnaître que « l’ouverture » d’esprit les avait aidé à s’adapter à la vie en Chine. Ils ont également indiqué que l’efficacité personnelle était le facteur le plus fort sur le plan de leur capacité d’adaptation car, même si des obstacles se présentent dans le pays d’accueil, ils peuvent faire face à ces situations difficiles plus facilement, ce qui facilite leur progression vers une adaptation interculturelle. La maîtrise du chinois peut constituer à la fois un obstacle et une aide au processus d'adaptation interculturelle des étudiants irlandais lorsqu'ils interagissent avec les membres de la société d'accueil. La langue devient un obstacle majeur dans le cadre de l'interaction des étudiants irlandais avec les Chinois car les restrictions des compétences linguistiques entraînent des difficultés de communication, alors qu’une bonne maîtrise de la langue permet de mieux accéder à la culture d'accueil et facilite le processus individuel d'adaptation interculturelle des étudiants irlandais. Les données montrent que les étudiants irlandais de cette étude profitent considérablement de l'apprentissage de la langue chinoise en environnement immersif, particulièrement en ce qui concerne l’acquisition de compétences verbales, de vocabulaire et la conscience sociolinguistique. L'amélioration des compétences linguistiques a aidé ces étudiants à mieux s'adapter à la société d'accueil. Les résultats de notre recherche soulignent la nature difficile de l'adaptation interculturelle. Les étudiants irlandais ont été confrontés à des niveaux variables de choc culturel lorsqu'ils ont fait face à un environnement totalement nouveau en Chine. Cependant, tous les étudiants de cette étude sont positifs quant aux expériences qu’ils ont connues à l'étranger en Chine. Ils estiment que ces expériences ont élargi leur esprit et qu'ils sont devenus plus indépendants et plus mûrs. L'adaptation réussie des étudiants irlandais à des situations d'immersion offre un potentiel de croissance et de développement personnels authentiques.

  • Titre traduit

    Language acquisitiion and cross-cultural adaptation of Irish university students studying-abroard in China


  • Résumé

    This research presents an original qualitative study on Chinese language acquisition and the cross-cultural adaptation process of Irish university students studying Mandarin in China. It draws upon, and adds to, an existing body of research exploring intercultural adjustment of international students in higher education. Frameworks that inform this study include John W. Berry’s theory of acculturation, Geert Hofstede’s cultural dimensions theory, Young Y. Kim’s theory of cross-cultural adaptation, and Kalervo Oberg’s culture shock theory. The overall aim of this research is to develop a deeper understanding of intercultural adjustment of Irish students studying Mandarin in China. In order to fulfil this aim, the following four research questions were developed: 1. What culture shock has Irish university students experienced in China? What difficulties did these students encountered? What strategies did they employ to overcome these difficulties? 2. What kind of culture identity have the Irish students developed after study-abroad in China? 3. What are their Chinese language learning experiences in China? 4. What are the facilitators of and hindrances to intercultural adjustment process experienced by the Irish students? This study’s qualitative research method is underpinned by the author’s personal experience as an international student and a lecturer in Ireland. Having first-hand experience as an international student from China to Western culture in Ireland facilitates a deeper empathy with Irish students experiencing the reverse in China. Using a thematic analysis approach, twenty-four in-depth interviews were conducted with Irish university students who studied Mandarin in China. The data was analysed through a process of themed analysis to produce findings grounded in Irish students’ cross-cultural adaptation experiences. This project’s four primary research findings are as follows: Research finding 1 - Cultural shock experienced by Irish students This study’s data demonstrates that although these Irish students adapted successfully in the host country, the majority of the students experienced a certain degree of culture shock. Students reported various levels of frustration and misunderstanding arising from the mismatch of their own culture and that of the host culture. The culture shock in an academic context for these students constituted the most stressful aspect because of its potentially negative effects on their academic performance and psychological well-being. These students also encountered adjustment difficulties including: homesickness; loneliness; pollution and food hygiene problems; language barrier; dangerous driving and being overcharged by taxi drivers. However, students utilized their coping strategies to minimize the effects of culture shock. Research finding 2 - Intercultural identity and intercultural competence developed by Irish students This study’s data reveals the successful cultural adaptation of the Irish students studying abroad in China, with ensuing implications for the perception of their cultural identity. There was a positive adjustment by the Irish students who became more tolerant and open-minded, intercultural individuals. Research finding 3 – Irish students’ language acquisition in China This study’s data suggests that Irish students increased their language proficiency (listening, speaking, reading, and writing) and communicative competence (grammatical, strategic, and sociolinguistic) as the result of immersion in the target language and culture. Students benefit considerably in the learning of the Chinese language in the immerse environment, particularly regarding oral skills, vocabulary, and sociolinguistic awareness. Research finding 4 – Facilitators and hindrances to Irish students’ cross-cultural adjustment Six facilitators were identified through a thematic analysis of the data: motivation; prior cross-cultural experiences; preparation; perceived support; integrative attitude; and intercultural personality characteristics. By exploring the concept of acculturative stress of the Irish students, this study identified three factors that hinder their language acquisition and cross-cultural adaptation: cultural distance, bureaucracy and perceived discrimination. This study also suggests that Chinese language proficiency and using modern technology can operate as both facilitators of and hindrances to language acquisition and cross-cultural adaptation. The research findings highlight the high complexity and challenges of international students' cross-cultural adaptation. The findings of this study show how the process of cross-cultural adaptation tends to be an uncertain and difficult journey, demanding determination and resilience. Irish students experienced varying levels of culture shock when they confronted completely new surroundings in China. However, all the students in this study are positive about their experiences of studying abroad in China. They believe these experiences broadened their mind and they became more independent and mature. The successful adaptation of the Irish students in immersion situations offers the potential for authentic personal growth and personal development. Overall, this study, as the first original research in Ireland, fills the gap in the study of international students' experience studying in China. This study gains a unique insight into the intercultural adjustment experience of Irish students studying in China and contributes to existing knowledge in the field of intercultural studies, targeting the specific area of cross-cultural adaptation.