Lettres et récits d'Alexandre Marius Jacob : : les contraintes de l'écriture ordinaire

par Colombe de Dieuleveult

Thèse de doctorat en Litterature generale et comparee

Sous la direction de Yvan Leclerc.

Thèses en préparation à Rouen , dans le cadre de Ecole Doctorale Histoire,Mémoire, Patrimoine, Langage depuis le 06-10-2011 .


  • Résumé

    Les écrits d’Alexandre Marius Jacob (1879-1954) ont été réunis par les éditions de L'Insomniaque en 1995 : leur fortune critique et leur publication intégrale sont le signe de l’intérêt qu’a suscité ce cambrioleur anarchiste. Documents historiques, témoignages politiques et matériaux biographiques, les récits et les correspondances d’Alexandre Jacob sont aussi des textes qui, s’ils ne sont pas littérature à strictement parler, se prêtent néanmoins à un regard littéraire. Extrêmement pragmatiques, c'est-à-dire ancrés dans le contexte de leur production et subordonnés aux enjeux qui commandent leur rédaction, ils n’en sont pas moins l’expression multiple d’un homme, grand lecteur, tour à tour essayiste et autobiographe, narrateur et épistolier, orateur et scripteur. Auteur, peut-être malgré lui, d’une autobiographie plurielle que recompose le volume des Écrits, Alexandre Jacob a connu une trajectoire singulière : fervent anarchiste et voleur ingénieux, propulsé sur la scène judiciaire, condamné aux travaux forcés et envoyé en Guyane à perpétuité, finalement libéré, vingt ans plus tard, grâce à la persévérance de sa mère Marie. Dans cet itinéraire, la transportation au bagne constitue un événement fondamental : elle oblige sur le coup, autant qu’elle engage après coup à prendre la plume, pour communiquer avec l’absente puis pour dénoncer « l’élimination à la française ». Loin d’être un simple décor, les circonstances façonnent l’élaboration d’une parole qu’elles commanditent, à plus forte raison dans ce cadre extrême qu’est le bagne colonial. La correspondance d’Alexandre et Marie Jacob s’y trouve exposée à de nombreuses difficultés, qui gênent l’écriture, la circulation et la lecture des quelques deux cents lettres échangées. Elle nous semble être la pièce majeure de ce corpus composite, où il n’est pas d’écrit qui soit aussi fortement entravé par les conditions de son émergence, ni aussi révélateur de l’habileté de Jacob à déjouer la contrainte, à y résister ou à la mettre à son profit. Le long texte de cette parenthèse épistolaire illustre ainsi l’insoumission d’une pensée, la créativité paradoxale d’une plume en carcan, l’irréductible expressivité d’un « je » qui trouve à se dire, malgré tout, par des chemins de traverse.


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