LE RAPPORT TERRE/MER DANS LES ÎLES DU VENT (Polynésie française) : importance de la prise en compte des facteurs culturels

par Cecile Llantia (Durand)

Projet de thèse en Géographie

Sous la direction de Louis Brigand.

Thèses en préparation à Brest , dans le cadre de École doctorale Sciences de la mer (Plouzané, Finistère) , en partenariat avec Umr 6554 laboratoire geomer (laboratoire) depuis le 05-10-2012 .


  • Résumé

    Le choc culturel lié à l'arrivée des européens et la société métissée qui en est née s'expriment spatialement. Ce changement des valeurs culturelles a accentué la coupure terre/mer, deux espaces jusqu'ici indistincts. Ce phénomène est particulièrement perceptible dans les espaces les plus exposés à l'influence de la mondialisation culturelle qui est porteuse d'un autre rapport à l'environnement. Les formes les plus visibles du renforcement de la coupure sont une forte privatisation de l'espace, frein à une libre circulation et traduisant une faiblesse de la gouvernance spatiale concrétisée par des empiétements répétés sur le domaine public. La difficulté des acteurs associatifs et des habitants encore dépositaires des traditions à pouvoir susciter un intérêt pour la transmission, la difficile sensibilisation aux questions environnementales (liée paradoxalement et en partie à des facteurs culturels), l'adhésion sans limite à une société d'abondance et de gaspillage, créent un déséquilibre qui révèle une situation inconfortable de la société polynésienne et posent des défis à la fois environnementaux et politiques. En effet, la société traditionnelle mettaient en œuvre des modes de gestion qui reposaient sur un respect de cycles naturels mais aussi une acceptation des hiérarchies. Le groupe y exerçait une régulation des conflits, de façon parfois arbitraires. Toutes les décisions d'interdictions (tapu), loin de reposer sur des raisons objectives avaient aussi des fondements religieux et traduisaient la sacralité de certaines espèces ou lieux. Bien que n'ayant pas toujours donné des résultats probants comme nous pouvons l'observer à Rapa Nui, la disparition de cette gestion traditionnelle et de la sacralisation de l'environnement a laissé un vide. L’État français, puis le Pays depuis la loi d'autonomie de 2004, n'ont pas été en mesure de remplacer cette gestion par des politiques efficaces intégrant les dimensions maritimes et terrestres en tant qu'espaces interdépendants. Les inégalités socio-spatiales et la dégradation continue de l'environnement en mer comme sur terre se renforcent et par là même les impacts négatifs de l'un sur l'autre puisque le continuum reste une réalité biologique. La société souffre aussi du spectacle de cette coupure et des inégalités spatiales qui la renforcent, mettant en évidence la dégradation de la cohésion sociale, préoccupation forte dans une société où les solidarités étaient centrales et s'exprimaient dans un contrôle collectif du foncier ainsi qu'une répartition communautaire des ressources. Il existe néanmoins une prise de conscience autant du côté des pouvoirs publics que du monde associatif. Les pistes d'action sont nombreuses et elles font toutes une place aux spécificités culturelles. Alors qu'ils sont le plus souvent absents des politiques de gestion, pourquoi les aspects culturels semblent-ils incontournables en Polynésie ?


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