L'Autre méditerranéen : l'image de l'Occident chrétien dans le Maghreb médiéval

par Chafik Toum Benchekroun

Projet de thèse en Histoire

Sous la direction de Bernard Doumerc.


  • Résumé

    Il est difficile d’infirmer l’idée qu’une vision caricaturale de l’Occident chrétien prévaut dans le Maghreb médiéval, vision qui résume l’Autre à des traits à la fois généraux et stéréotypés. A l’époque médiévale, les auteurs maghrébins semblent peiner à différencier les puissances chrétiennes les unes des autres, préférant souvent désigner (ce que cette thèse veut appeler) l’Autre méditerranéen de façon vague et éloignée : « Romains », « Francs », « Chrétiens », ou plus rarement « mécréants ». Ces appellations paraissent souvent être jetées à tout hasard, et être parfaitement équivalentes. Mais, quoique cette impression soit en grande partie correcte, certaines nuances peuvent peut-être apporter une plus grande clarté sur l’état et le degré de connaissance de l’Autre dans la conscience cultivée (au sens hégélien de l’expression) des élites intellectuelles maghrébines médiévales. Cet Autre multiséculaire, antéislamique. Déjà, en 171, 540 ans avant 711, les Maures traversaient le détroit de Gibraltar pour attaquer la Bétique, poussés par une récolte plus qu’insuffisante. Constituant un danger tout à fait considéré à l’époque. Déjà sous Néron, le poète Calpurnius écrivait : « trucibusque obnoxia Mauris pascua Geryonis ». Quoique l’Islam vienne parachever et ancrer cette gigantesque mise en situation psychologique. L’identité intellectuelle maghrébine médiévale a pour base une période antéislamique fantasmée de l’Arabie de Mahomet. Il ne faut pas oublier que Juifs et chrétiens furent chassés tout simplement d’Arabie après la mort de Mahomet, car ils souilleraient la patrie du Prophète par leur seule présence. Il s’agit ici d’un élément fondateur de la représentation traditionnelle des Chrétiens et des Juifs en Terre d’Islam. Cela influencera les visions juridiques des relations pouvant être entreprises entre les Maghrébins et l’Occident chrétien. Ainsi nombre de juristes maghrébins médiévaux présenteront comme illicites les échanges commerciaux entre Maghrébins et Chrétiens (d’Occident) se réalisant avec des monnaies chrétiennes gravées de croix, voire gravées d’inscriptions latines tout simplement. Même la relation avec l’Autre est donc définie par le refus de l’Autre. Car, l’Occident chrétien c’est Dār al-ḥarb (une terre de guerre).


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