Ligatures : la reproduction des femmes indigènes au Guatemala, entre contrôles et résistances

par Anaïs Garcia

Projet de thèse en Anthropologie Sociale et Historique

Sous la direction de Stéphanie Mulot.

Thèses en préparation à Toulouse 2 , dans le cadre de École doctorale Temps, Espaces, Sociétés, Cultures (Toulouse) , en partenariat avec Laboratoire interdisciplinaire Solidarités, sociétés, territoires (Toulouse) (laboratoire) depuis le 01-10-2012 .


  • Résumé

    En 1996 au Guatemala, la signature des accords de paix met fin à 36 ans de guerre civile. Ayant touché spécifiquement les populations indigènes, les deux commissions de vérité estiment que l’armée et les paramilitaires ont mené des actes de génocide contre les populations mayas, entre autres en raison des violences sexuelles exercées contre les femmes. Au cours des deux décennies suivantes, de nombreux projets de développement menés par l’État, ainsi que diverses fondations et ONGs, visent à pallier l’extrême pauvreté qui touche les populations rurales indigènes. L’un de ces projets consiste en la diffusion de programmes de planification familiale. Les femmes indigènes sont principalement ciblées par les dispositifs médicaux et éducatifs qui sont mis en place dans ce cadre. L’objectif est alors de faire baisser drastiquement leur fécondité, par des méthodes durables et définitives, telle que la stérilisation féminine. Cet objectif s’accompagne de la diffusion d’un ensemble de normes de bonnes pratiques maternelles et reproductives. Les personnels médico-sociaux mobilisés pour faire intégrer ces normes vont parfois jusqu’à user de violences pour que les femmes indigènes s’y conforment. Dans l’exercice de leur mission, ces personnels estiment œuvrer pour le bien commun, celui de la nation mais aussi celui des femmes. Pourtant, les contraintes rencontrées par les femmes dans la gestion de la planification familiale leur permettent difficilement d’accéder pleinement à des droits reproductifs. L’ambition de cette thèse est de décrypter certains enjeux autour de la promotion de la stérilisation ciblée des femmes indigènes, dans un contexte de post-conflit où se développent des violences renouvelées contre ces femmes. Le travail de recherche, mené auprès d’institutions et de personnels médicaux en charge des programmes de planification familiale, ainsi qu’auprès de femmes issues de plusieurs communautés indigènes, permet de faire apparaître les rapports complexes qui se jouent entre les femmes indigènes et différents acteurs institutionnels, professionnels, communautaires et familiaux. Ces rapports, révélateurs des positions hiérarchiques de genre, d’ethnicité et de classe à un niveau local, national et international, produisent des impacts sur les trajectoires reproductives, et par extension sur les trajectoires de vie. À l’intersection de ces nombreux enjeux de pouvoir, la thèse montrera comment les femmes indigènes se retrouvent au cœur d’une question reproductive en tension avec laquelle elles doivent composer, pour négocier leur statut de citoyennes.

  • Titre traduit

    The reproduction of indigenous women in Guatemala, between control and resistance


  • Résumé

    In 1996, the government of Guatemala put an end to 36 years of civil war by signing the peace accords. This war specifically affected the country’s indigenous populations. The two Truth commissions concluded that the army and paramilitaries carried out acts of genocide against the Mayan populations, in part because of the widespread use of sexual violence against women. Over the next two decades, many development projects led by the State as well as various foundations and NGOs sought to alleviate the extreme poverty affecting rural indigenous populations. One of these projects is the dissemination of family planning programs. It is Indigenous women who are the main targets of the medical and educational devices that are implemented in this context. Their objective is to drastically reduce these women’s fertility, through sustainable and permanent methods such as female sterilization. This objective is accompanied by the establishment of a set of standards of good maternal and reproductive practices. The medico-social staff that is mobilized towards the integration of these standards sometimes goes so far as to use violence in order to ensure that the indigenous women comply with them. In the exercise of their mission, the medical staff believes to be working for the common good not only of the nation but of those women as well. However, the constraints faced by women in managing family planning make it difficult for them to fully access reproductive rights. In addition, many women liken the violence and discrimination they experience in these programs to the violence of war and the violence that they experience in other social spaces. The poverty the live in and the oppression and multiple forms of violence they face are particularly related to neoliberal policies. The aim of this thesis is to decipher certain issues around the promotion of targeted sterilization of indigenous women, in a post-conflict context where renewed violence against these women is developing. The research work conducted with institutions and medical staff in family planning programs, as well as with women from several indigenous communities, reveals the complex relationships that exist between indigenous women and different actors: institutional, professional, community and family. These relationships, which reveal the hierarchical positions of gender, ethnicity and class at local, national and international levels, have impacts on reproductive trajectories, and by extension on life trajectories. At the intersection of these many issues of power, the thesis will show how indigenous women find themselves at the heart of a tense reproductive issue, with which they must deal in order to negotiate their status as citizens.