Cycles et instabilité chez I. Fisher : le libéralisme à l'épreuve de la monnaie

par Adrien Vila

Projet de thèse en Sciences économiques

Sous la direction de André Orléan.

Thèses en préparation à Paris, EHESS , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales depuis le 13-12-2012 .


  • Résumé

    L’objet de la présente thèse porte sur le rôle de la monnaie, en particulier bancaire, dans la détermination du niveau général d’activité chez le fondateur de la théorie quantitative contemporaine, Irving Fisher (1867–1947). Nous y montrons comment évolue sa conception des fluctuations et de l’instabilité en confrontant sa théorie des cycles de crédit (1911) à la déflation par la dette (1932, 1933). Notre objectif est de retracer la manière dont l’essor de la monnaie bancaire à partir de la fin du 19ème siècle, puis des marchés financiers dans l’entre-deux-guerres, sont intégrés dans la pensée de Fisher et, à travers lui, dans la conception libérale de la neutralité monétaire. Nous dégageons ainsi les structures logiques de ses deux analyses, en faisant valoir qu’elles s’appuient sur des mécanismes qualitativement différents, l’un bancaire, l’autre financier, mettant en jeu des variables et des processus de nature distincte. Cependant, une fois cette hétérogénéité mise en avant, il est possible de rapprocher les deux théories de Fisher en soulignant une invariance plus profonde portant sur le caractère déstabilisant de la monnaie. C’est pourquoi les deux grands projets de réformes qu’il défend au cours de sa vie, le dollar-compensé (1911, 1920) puis le 100% Monnaie (1935), sont construits en vue de répondre au même objectif : stabiliser la valeur de la monnaie. Le chapitre 1, introductif, présente les ressorts de la déflation par la dette afin d’en discuter l’articulation à la théorie des cycles de crédit au chapitre 2. Dans celui-ci, nous faisons apparaître que cette analyse de Fisher constitue un cas particulier d’un modèle plus général dans lequel, contrairement à ce qu’il pense alors, la stabilité de l’équilibre n’est pas garantie. Au chapitre 3, nous abordons les solutions qu’il propose pour lutter contre les désordres monétaires. Plus spécifiquement, nous précisons les liens entre sa perception de l’instabilité et les réformes qu’il suggère pour neutraliser l’influence de la monnaie sur les grandeurs économiques réelles. Dans le chapitre 4, nous poursuivons notre étude de la vision de l’instabilité de Fisher en examinant les fondements logiques et historiques de la notion « d’effet Fisher » au sens que lui donne James Tobin (1980). Enfin, le chapitre 5 traite de la réception et de la postérité des idées de Fisher en matière d’analyse de l’instabilité financière. Nous y montrons que la déflation par la dette n’est ni ignorée, ni totalement rejetée par les économistes dans les années 1930 et 1940, puis qu’elle occupe une place importante à partir des années 1970 dans la constitution des programmes de recherche néo-keynésien et post-keynésien.

  • Titre traduit

    Cycles and instability in I.Fisher : the liberalism in the test of money


  • Résumé

    The purpose of this thesis is to examine the role of money, especially of bank deposits, in Irving Fisher’s (1867–1947) analysis of the general level of activity determination, which constitutes nowadays the foundation of the contemporary quantitative theory.We show how his explanation of monetary instability evolves by comparing his credit cycle theory (1911) with the debt-deflation (1932, 1933). Our aim is to highlight the influence of the development of bank currency (from the end of the 19th century) and financial markets (during the interwar period) on Fisher’s economic thought, and through him, on the liberal conception of monetary neutrality. In this way, we draw the logical structures of its two analyses, by pointing out that they are based on qualitatively different mechanisms, one banking, and the other one financial, involving variables and processes of different nature. However, once this heterogeneousness advanced, it is possible to reconcile the two theories of Fisher by underlining a deeper invariance concerning the destabilizing character of money. That is why his two big reforms projects, the compensated-dollar (1911, 1920), and then the 100% Money (1935), are intended to answer at the same purpose: stabilize the value of money. Chapter 1 introduces the dynamic of the debt-deflation to discuss his relation with the credit cycle theory in the chapter 2. In the latter, we assert that this analysis of Fisher is only a particular case of a more general model in which, contrary to what he thinks at the time, the stability of the equilibrium is not guaranteed. In the chapter 3, we discuss the solutions he proposed to solve the monetary disorders. More precisely, we specify the links between his perception of instability and the reforms he suggests to neutralize the influence of money on the real economic variables. In the chapter 4, we pursue our study of Fisher’s conception of instability by examining the logical and historical foundations of the notion of “Fisher effect” in the meaning given by James Tobin (1980). Finally, the chapter 5 deals with the reception and the posterity of Fisher’s ideas regarding financial instability. We show that the debt-deflation is neither ignored, nor totally rejected by the economists in the 1930s and 1940s, then that it occupies an important place from 1970s in the constitution of the neo-Keynesian and post-Keynesian research program.