Duplixité de la finance islamique : une expression manichéiste de l’économie capitaliste ? Etude critique et analytique.

par Amal Mekacher

Projet de thèse en Sciences économiques


Sous la direction de Jacques Sapir.

Thèses en préparation à Paris, EHESS , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales depuis le 26-11-2012 .


  • Résumé

    Dans cette thèse, nous nous consacrerons à comprendre les nouveaux langages qu’adopte le monde économique dans sa machine à fabriquer la quantité, où même les chiffres les plus allongés de zéros, d’un crash boursier, s’anéantissent en un clin d’œil dans le Zéro. Pour cela, nous nous efforcerons, à travers une finance éthique aux principes islamiques, à déchiffrer ce qui paraît être de nouvelles expressions, traduites dans un double transfert qui s’opère entre l’esprit d’un capitalisme dont la critique est en crise, et le renouveau de l’esprit capitaliste dont les instruments sont désespérément refondés dans une moralisation, même religieuse, des actes parfois les plus inhumains. Dans l’exploitation de l’homme par l’homme, dans sa marchandisation, dans sa mondialisation, il sera souvent, et pour ne pas dire toujours, question d’argent et d’usure ( plus tard de finance), d’échanges, de profit, de surendettement, de consommation et enfin de pouvoir; autant d’alliances que de divorces que formeront leurs interminables combinaisons, que vont d’abord sceller les sceaux sacrés des religions, pour s’en affranchir momentanément, le temps que l’homme s’avoue vaincu par ses propres ambitions. Si nous avons eu à emprunter l’épineux chemin de la foi, c’est uniquement parce qu’elle aura prouvé, encore une fois, son indiscutable pouvoir à mobiliser, à innover et à faire consommer. Si la pensée économique telle que définie par le protestantisme, à travers son prêche précocement porteur d’un universalisme socialement responsable fusionnant entre tradition et innovation, elle sera plus que jamais sollicitée aujourd’hui, et ne va bénéficier que tardivement des grâces aussi bien spirituelles que temporelles qu’entraîne la valeur religieuse de « la vocation » de l’homme selon Weber, de ses désirs à l’ombre de ses devoirs envers la société, où l’assouvissement des uns sont dans l’accomplissement des autres, dans l’acte d’adoration de Dieu. Ainsi et tout comme chez les protestants, en Islam, c’est l’ «acte de commercer » qui sera mis au centre de la vocation « financière », encouragé tout en étant opposé à l’acte d’usure (ribâ dans le monde musulman), il sera le socle d’une légitimation religieuse de l’existence même d’une institution financière islamique, où l’on aura à observer le processus de sacralisation de la finance, selon une conception musulmane. Un sens qui se veut dans l’ère du temps, celui d’une opportunité salvatrice qui s’offre à l’économique dans son aménagement éthique. L’approche de Weber nous aidera à supposer une forme de capitalisme islamique inspirée de l’esprit éthique protestant. Une évolution de ce dernier dans une économie mondialisée devait inévitablement déboucher sur d’autres voies d’expression, même chez les mentalités les plus conservatrices, notamment celles issues des cultures musulmanes. Pour cela, nos développements seront principalement motivés par deux grandes questions: Qu’est-ce que la finance islamisée, telle que conçue aujourd’hui, quelles sont les solutions concrètes, visibles et efficaces qu’elle apporte dans la lutte contre le mal développement des pays musulmans, dont certains vivant dans des conditions extrêmes de précarité, traversant des crises alimentaires et sanitaires récurrentes? En d’autres termes, est-ce que la finance islamique aide vraiment les musulmans à mieux vivre dans leurs environnements respectifs ? Puis et déductivement, nous serons amenés à conclure sur un bilan très peu satisfaisant ou peu convaincant, sur les réalisations de cette finance en faveur des populations défavorisées en général et musulmanes en particulier. Un tel constat ne pouvait que nous faire douter des véritables intentions d’une finance dite islamique, de ses ambitions et de son fonctionnement. Si ce n’est pas les pays musulmans qui en tirent le plus ou le mieux profit, pour qui et pourquoi la finance islamique se démène-t-elle, se développe-t-elle ainsi ? Si c’est au nom d’une religion de charité et d’entre-aide que la finance « halal » se mobilise, elle devrait en toute rationalité et avant toute bonne foi, s’accomplir d’abord et avant tout dans son devoir envers ses prioritaires, en l’occurrence les populations les plus démunies, qu’elles soient en plus musulmanes en fait non plus un devoir mais carrément un sacerdoce. Nous aurons alors à examiner, de manière plus approfondie, certains aspects de l’industrie financière islamisée, sa naissance, son organisation, ses promoteurs et ses instruments, alertés par des contradictions, des incohérences, voire même des incongruités, nous conclurons le plus souvent sur des contrastes, révélant des contextes aux politiques 0irrégulières, où souvent les signes d’une précarité alarmante se laissent maladroitement apprivoiser par une pseudo-modernité, parasitant une institution dépassée dans des décors incertains. Certains pays musulmans vont nous aider à entourer la question. Enfin, il sera question de la crise intellectuelle qu’engendre le mal-être économique que connaît le monde d’aujourd’hui, de son langage mis au service de revendications dissolues, une crise différemment perçue et vécue, plus spécifiquement par le monde musulman dans sa diversité et face à ses contradictions. On aura à constater une accaparation déloyale du débat par une dominante occidentale piégée par une vision dépassée, biaisée et globalisante de l’ « islamique ». En ce sens, l’approche critique d’Ibn Khaldûn, nous donnera la possibilité de compenser bien des thèses défaillantes, en mettant la sociologie du musulman dans une dynamique extrapolée dans son devenir. Une extraordinaire description d’une actualité étonnante, qui sera souvent empruntée dans notre argumentaire afin d’expliquer l’origine et l’opérativité d’un raisonnement, d’une culture ou d’une mentalité dotés encore d’un pouvoir aussi bien malfaisant que bienfaisant, dans un retour en force d’une instrumentalisation opportune de la fibre religieuse dans le monde économique en général et des finances en particulier. Le cas algérien en constituera une illustration.

  • Titre traduit

    Duplixity of the Islamic finance : a Manichean expression of the capitalist economy?Critical and analytical study.


  • Résumé

    In this thesis, we shall devote ourselves to understanding the new language that the economical world adopts in its manufacturing machine of quantity, where even the most aligned figures of zeros, of the stock market crash, annihilates itself in a ‘blink of an eye’ in the zero. In order to do this, we shall endeavour through an ethical finance with Islamic principles to decipher what seems to be new expressions, translated into a double transfer that operates between a capitalistic spirit whose criticism is in crisis and whose renewal has instruments desperately refounded in a “moralization”, even religious, with acts which are sometimes the most inhuman. In the exploitation of the man by man, in his commodification, in his globalization, it will often be and not to say always, a question of money and usury (later on finance), exchanges, profits, over indebtedness, consumption and finally power; as many pacts as divorces formed by their unending combinations, which will initially seal the sacred seal of religions, to free themselves momentarily, just in time for man to confess defeat by his very own ambitions. If we had to borrow the thorny path of faith, it is only because it will have proved once again its indisputable power to mobilize, innovate and to consume. If the economic thought as defined by Protestantism, through its preaching precociously brings about a socially responsible universalism that merges tradition and innovation, it will be more than ever solicited today and it will lately benefit both spiritual and temporal graces which train religious values of the vocation of man according to Weber, of his desires shadowing his duties towards society where the satisfaction of some is the fulfillment of others , in regard to the act of worshipping God. Thus, in Islam just like among the protestants, it is the « act of trade » that will be put at the center of the « financial » vocation, encouraged while being opposed to act of usury (Ribâ in Muslim Word), it will be the basis of a religious legitimation of the very existence of an Islamic financial institution, where one will have to observe the process of sacralization of finance according to a Muslim conception. A sense that is intended in the era of time, that of a saving opportunity that offers itself to the economy in itself to help in its ethical management. Weber’s approach helps us to assume a certain form of Islamic capitalism inspired by the protestant ethical spirit. An evolution of the latter in a globalized economy should inevitably lead to other avenues of expression, even in the most conservative mentalities, especially those from Muslim cultures. For that, our developments will be motivated mainly by two questions: What is Islamic finance as conceived today? What are the concrete, visible and effective solutions that the Islamic finance brings in the struggle against the ‘ill-development’ of Muslim countries, among which some live in extremely precarious conditions, going through recurrent food and health crises ? In other words, does the Islamic finance really help Muslims to live better in their respective environments? Then and deductively, we will be led to conclude on a very unsatisfactory or unconvincing results, on the achievements in disadvantaged populations in general and Muslim in particular. Such an observation could only make us doubt the true intentions of the so called « Islamic finance », its ambitions and its functioning. If it is not the Muslim countries that derive the highest or the best profit from it, then for whom and why is Islamic finance struggling, trying to develop itself ? If it is in the name of a religion of charity and inter aid that the « halal » finance is mobilized , it should in all rationality and before all, good faith , be fulfilled first and foremost in its duty to its priorities. In this case the most deprived populations whether the majority are Muslims or not, its no longer a question of duty but a vocation. We will then have to thoroughly examine certain aspects of the Islamic financial industry, its birth, its organization, its promoters and its instruments alerted by contradictions, inconsistencies, and even incongruities, most often on contrasts, revealing irregular political contexts, where often the signs from an alarming precariousness are left awkwardly tamed by a preseudo-modernity, parasitizing an institution outdated in uncertain settings. Some Muslim countries will help us to deal with the issue. Finally, we shall discuss the intellectual crisis caused by the economic malaise in the world today, its language at the service of dissolute claims, a crisis differently perceived and experienced, more specifically by the Muslim world in its diversity and contradictions. We shall ultimately observe an unfair monopoly of a dominantly westernized debate trapped by an outdated vision, biased and globalizing of “the islamic”. In this sense, the critical approach of Ibn Khaldûn will give us the possibility of compensate many failing theories, putting the sociology of the Muslim in a dynamics extrapolated in its becoming. An extraordinary description of astonishing reality, which will often be borrowed in our arguments. In order to explain the origin and operativeness of a reasoning, a culture or a mentality endowed with both good and evil power in a turn to a timely instrumentalisation of religious fiber in the economic world in general, and finance in particular. The Algerian case will be an illustration.