La fabrique d'un rap africain : création, engagement et cosmopolitisme à Ouagadougou, Burkina Faso

par Anna Cuomo

Projet de thèse en Anthropologie sociale et ethnologie


Sous la direction de Michel Agier.

Thèses en préparation à Paris, EHESS , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales , en partenariat avec Institut des Mondes Africains (IMAF) (laboratoire) depuis le 20-11-2012 .


  • Résumé

    Cette thèse porte sur le monde du rap à Ouagadougou, capitale du Burkina Faso. Elle interroge les conditions d'accès à la reconnaissance des rappeurs burkinabè engagés dans une carrière professionnelle, tant localement qu'à une échelle internationale. Après deux ans d'enquêtes ethnographiques multi-situées et centrées sur les pratiques et les « manières de faire » du rap, de le promouvoir, le performer et le diffuser, je montre que c'est à partir d'une conscience connectée en permanence à un monde global, vécu et/ou imaginé, que ces artistes choisissent de « fabriquer » un rap africain authentique et exportable. Dans un pays où l'industrie musicale est peu développée, les rappeurs burkinabè ont recours à des financements divers (ministère de la Culture, Institutions européennes, ONG, soutiens privés locaux) qui conditionnent les processus créatifs. L'authenticité constitue une notion relationnelle, ancrée dans des rapports de pouvoirs : ils deviennent reconnus localement pour leur capacité à s'approprier une modernité globalisée d'une part, et d'autre part accèdent à une reconnaissance internationale dans leur propension à incarner la « nation burkinabè », entendue comme une communauté imaginée. Enfin, cette thèse développe une réflexion sur la catégorie d'« artiste engagé » ; j’analyse les processus de subjectivation politique chez les rappeurs burkinabè, souvent considérés comme porte-parole d'une jeunesse « consciente » et contestataire du continent. Ces derniers inscrivent leur démarche au sein d'un espace moral construit par l'Etat postcolonial burkinabè, en cherchant une visibilité à l'étranger dans l'optique d'exister individuellement dans le monde, tout en accédant au statut de représentant d'une nation.

  • Titre traduit

    The manufacture of an african rap : creation, engagement and cosmopolitanism in Ouagadougou, Burkina Faso


  • Résumé

    This thesis focuses on the world of rap in Ouagadougou, capital of Burkina Faso. It examines the conditions of access to recognition for Burkinabe rappers engaged in a professional career, both locally and internationally. Drawing on two years of multi-sited ethnography centred on the practices and “ways of doing”, promoting, performing, and disseminating rap, I show how these artists choose to “manufacture” an authentic and exportable African rap from a consciousness permanently connected to a global world, both lived and/or imagined. Living in a country where the music industry is underdeveloped, Burkinabe rappers have recourse to various sources of funding (Ministry of Culture, European Institutions, NGOs, local private support) that condition the creative processes. Authenticity is a relational notion, shaped by power relations: on the one hand, rappers become recognized locally for their ability to appropriate a globalized modernity, and on the other, they gain international recognition through their propensity to embody the “Burkinabe nation”, understood as an imagined community. This thesis ultimately develops a reflection on the category of “engaged artist”; I analyse the processes of political subjectivation among Burkinabe rappers, often considered to be spokespersons for the “conscious” and rebellious youth of the continent. They inscribe their endeavour within a moral space built by the Burkinabe postcolonial state, seeking visibility abroad in order to exist individually in the world, while gaining the status of representatives of a nation.