Quand la puissance publique délègue l'égalité : ethnographie de la politique de développement du football féminin en France (2011 - 2017)

par Camille Martin

Projet de thèse en Sociologie

Sous la direction de Stéphane Beaud.

Thèses en préparation à Paris, EHESS , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales depuis le 07-11-2012 .


  • Résumé

    Ce travail de doctorat a été consécutif à mon association à un groupe de travail de la Fédération Française de Football (FFF) sur le développement du football féminin. Travaillant initialement sur la pratique du football, j’avais en effet contacté les responsables du plan de féminisation de la fédération en vue de l’obtention de données statistiques relatives aux trajectoires sportives des joueuses. Ayant, dans ce but, accepté de réaliser pour le compte de l’institution des travaux statistiques, j’ai rejoint un groupe de quatre salariées travaillant à la définition de dispositifs de diffusion du football féminin, en octobre 2012. Je n’ai pas cessé depuis d’assister aux cessions de travail de ce groupe, assistant ainsi au travail de construction d’une politique sportive. En effet, outre le travail de réflexion sur les outils du développement d’une pratique sportive, ce sont également les négociations en vue de leur acceptation par les dirigeants de la FFF qui ont pu être observées, par exemple. Ce travail au long cours a été complété par sept mois d’observation du travail de trois salariées responsables régionales des pratiques féminines. Ce travail de doctorat traite de la définition et de la mise en œuvre de cette politique de développement du football féminin par la FFF. Il convient de replacer cette politique dans le contexte institutionnel d’une relation partenariale entre l’État (le ministère chargé des sports) et les fédérations sportives, pour l’aborder ici comme une politique publique sectorielle en faveur de l’égalité hommes-femmes déléguée au secteur associatif par la puissance publique. En effet, depuis les années 1950, la conduite de la politique sportive française est en partie déléguée par le ministère chargé des sports à des fédérations sportives agréées. Un soutien financier et humain leur est fourni, qui permet en retour à la puissance publique de maintenir un pouvoir d’orientation de la politique sportive. Ce système de délégation de l’action publique n’est en rien spécifique au sport et s’approfondit depuis les années 1980 dans de nombreux domaines. Ce phénomène se donne à voir dans l’accroissement rapide du nombre de salariés employés dans le secteur associatif, qui se voient de plus en plus investis d’un rôle de relais de l’action publique. Dans ces conditions, il convient ici de rendre compte des effets de la délégation d’une politique publique d’égalité aux salariés de droit privé de la Fédération Française de Football. Il conviendra pour cela de rendre compte de leurs conditions objectives de travail, des rapports sociaux dans lesquels ils se voient pris, pour appréhender la manière dont ils se saisissent de cette politique et en font le sens. Il s’agira alors de montrer qu’en dépit du caractère hautement ambigu de la position de salarié associatif – engagés contractuellement dans des organisations structurées par une éthique de désintéressement – celles et ceux qui sont chargés de la mise en œuvre de la féminisation à la FFF construisent leur activité autour de la vocation de service public qui la justifie et orientent en conséquence le contenu de leur activité. J’envisagerai ensuite la manière dont les rapports de genre dans lesquels sont prises les salariées chargées du développement du football féminin informent les orientations qu’elles donnent aux dispositifs de diffusion de cette pratique. Je montrerai ici que la position marginale qu’occupent ces salariées à la FFF réduit non seulement leur marge de manœuvre, mais fait surtout peser le risque d’un déplacement des inégalités entre les sexes, des salariées vers les joueuses. Ainsi, ce travail propose une réflexion sur les effets de la délégation de politiques publiques vers le secteur associatif, en réalisant un détour par l’observation du travail concret des salariés de droit privé à qui incombe ces missions de service public. Il s’agira donc d’articuler des questionnements propres à la sociologie du genre, du travail associatif et de l’action publique.

  • Titre traduit

    When public authorities delegate equality : ethnography of the policy of développement of female football (2011 - 2017)


  • Résumé

    This doctoral research has begun after I joined a workgroup of the French Football Association – the Fédération Française de Football (FFF) – in October 2012. This workgroup was focused on how to develop female football. The reason I joined the group was initially to get access to administrative data to study the career of the players. I got this access in exchange of doing some statistical work for the group. Thus, I worked during four years, with four employees of the FFF, in charge of the development of female football. Doing so, I got the chance to observe the negotiations about gender equality in football and debates about the best orientation to give to the policy of development. This work precisely deals with the construction and implementation of this new policy, created in 2011. This policy takes place in the institutional context of a partnership between the ministry of sports and the sports associations. Thus, the policy of football feminization will be seen as a delegated sectorial policy for gender equality. This mechanism of policy delegation exists in the domain of sport since the 50’s. In other words, the policy of sports is partially operated by the sports associations. The ministry of sports provides them with funds and human support (nearly 1,600 civil servants work for the sport associations). Thus, the public authority keeps a control over the policy of sport and delegates its implementation. This delegation scheme is not specific to sport and has been used in various fields since the 80’s. It is reflected in the growing number of employees in the non-profit associations sector; this sector having increasingly a role of intermediate in the public policies. Therefore, the purpose will be to illustrate the impacts of delegating the public policy related to gender equality to employees working under private law for the FFF. Consequently, their working conditions, the social relationships in which they are included will be objectively examined, to grasp how they embodied this policy and they reflect it. In that matter, it will be demonstrated that despite the great ambiguity of the employee’s status in an association – contractually hired in an organization structured around an ethic of selflessness –, the ones in charge of implementing the feminization within the FFF, build their activity around public service values which consequently impacts the content of their activities. Subsequently, I will consider how the gender inequality, in which the female employees developing the female football evolve, influences the orientations that they give to the policy of development of female football. I will demonstrate that the marginal position occupied by the female employees in the FFF reduces not only their range of actions but creates the risk of a transfer of gender inequality from the female employees to the female players. Indeed, this work proposes to reflect on the impact of delegating public policies to non-profit associations thanks to an observation study of the actual work of privately hired employees to whom the responsibility of public policy is delegated. Hence, it will interlink questionings in sociology related to gender, associative work and public policy.