Habiter en camping. Trajectoires de membres des classes populaires dans le logement non ordinaire

par Gaspard Lion

Projet de thèse en Sociologie


Sous la direction de Isabelle Backouche et de Olivier Schwartz.

Thèses en préparation à Paris, EHESS , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales depuis le 05-10-2012 .


  • Résumé

    Au croisement de la sociologie des classes populaires et de la sociologie urbaine et du logement, cette thèse porte sur l’une des formes de logements non ordinaires qui a connu un développement massif en France au cours de ces dernières années : le camping résidentiel. Combinant immersion ethnographique dans plusieurs campings de la région parisienne, entretiens, archives et statistiques, elle montre l’existence d’une véritable stratification interne à cet habitat, eu égard à l’hétérogénéité des situations résidentielles, des trajectoires, des ressources, des expériences et des styles de vie des habitants. Le camping résidentiel est de fait apparu comme remplissant trois grandes fonctions sociales segmentant la population qui le pratique : il peut représenter une alternative à la maison individuelle inaccessible, figurer un déclassement subjectif et objectif ou encore s’apparenter à une solution qui pallie la pénurie de logement abordable et évite le dénuement extrême de la rue. Inscrite dans une approche à la fois contextualiste et dispositionnaliste des manières d’habiter, la thèse rapporte ces trois fonctions du camping – qui constituent également trois styles de vie distincts – aux caractéristiques particulières de cette forme d’habitat non ordinaire mais aussi à des ressources, des trajectoires et des socialisations résidentielles différentes articulées à des dispositions populaires relativement homogènes. Elle identifie enfin les causes, les dynamiques et les conséquences des pratiques de délogement en documentant « de l’intérieur » un cas de fermeture de terrain de camping, exemple de concrétisation du risque associé au statut juridique de cet habitat. Cette focale permet notamment de montrer en quoi les habitants des terrains de camping sont placés dans une situation d’insécurité foncière et d’incertitude face à l’avenir, et comment le court moment de l’officialisation de l’expulsion ne constitue en fait qu’une séquence parmi d’autres d’un processus plus complexe. Si elle invite in fine à ne pas souscrire à une vision trop homogénéisante des processus de délogement, c’est aussi qu’elle révèle que les réactions face à la pression à quitter le camping, tout comme les conséquences du délogement sur les devenirs socio-résidentiels, sont là encore fortement différenciées selon les ressources, les trajectoires et les expériences antérieures des habitants.


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