Cannibalisme des récits populaires dans l’art contemporain

par Murielle Navarro (Follot)

Projet de thèse en Arts (Histoire Théorie Pratique)

Sous la direction de Cécile Croce.

Thèses en préparation à Bordeaux 3 , dans le cadre de Montaigne-Humanités , en partenariat avec Médiation, Information, Communication, Art (Pessac, Gironde) (equipe de recherche) depuis le 08-11-2012 .


  • Résumé

    La peur ancestrale d’être dévoré et l’interdit qui marque l’acte anthropophage s’entremêlent étroitement. Cette transgression fait appel à nos angoisses extrêmes refoulées et à un imaginaire peuplé de mythes ou de contes monstrueux. De nombreuses œuvres plastiques ou de productions cinématographiques revisitent, chacune à leur manière ces histoires, entre adaptation et parodie, réinterprétation et détournement. Et la rencontre entre anthropologie, psychanalyse et esthétique nous montre bien comment ce thème universel a envahi depuis les années quatre vingt, la scène artistique contemporaine Or ce (très vaste) sujet tabou a rarement été traité en histoire de l’art et c’est pourquoi il me parait essentiel aujourd’hui d’aller démasquer l’obsession cannibale qui hante cette société qui nous dévore En transgressant cet interdit ancestral, pourquoi et comment les artistes manifestent-ils un désir d’extérioriser les malaises qui traversent notre civilisation ? Les fantasmes de dévoration remplissent les contes populaires, les légendes, les mythes, les croyances religieuses. Selon Michel Tournier, les mythes incarnent les possibilités de contester une organisation sociétale tyrannique pour nous conduire de la chair du conte aux processus mêmes de la création artistique. L’approche de cette symbolique cannibalesque a permis aussi de nourrir les productions artistiques en dénonçant des débordements de notre société comme la violence, la barbarie, l’assimilation de l’autre...Certaines œuvres nous invitent à nous interroger sur la part animale ou monstrueuse qui nous habite en dévoilant ainsi toute notre ambivalence et les malaises engendrés. Tout l’enjeu de la thèse sera d’identifier ce terme de cannibalisme dans son acceptation critique et de considérer son opérabilité au contact des œuvres d’artistes contemporains. Dévorer ou être dévoré ? Il m’a paru pertinent de me pencher sur ce thème transgressif (devenu symbolique) car la dynamique des œuvres d’art liées au cannibalisme s’associe à une expérience anthropologique et esthético-psychanalytique.

  • Titre traduit

    Cannibalism of the tales in contemporary art


  • Résumé

    The ancestral fear of being devoured and the taboo which marks the cannibalistic or anthropophagous act closely intertwine. This transgression appeals to our extreme repressed fears and to a collective imagination filled with myths or monstrous tales. Many artworks and film productions revisit, each in their own way, these stories, between adaptation and parody, reinterpretation and misappropriation. And the encounter between anthropology, psychoanalysis and aesthetics shows us well how this universal theme invaded the contemporary artistic scene since the nineteen eighties. Yet until now this very vast and taboo subject was rarely approached in art history and that is why it seems essential for me to reveal the cannibal obsession which haunts this man-eating society of ours. By contravening this ancestral restriction, why and how do artists show a desire to exteriorize a certain number of anxieties our civilization goes through? Devouring fantasies fill popular tales, legends, myths, and religious faiths. According to Michel Tournier, myths embody the possibilities of rebelling against a tyrannical social organization in order to lead us from the flesh of the tale to the artistic creation process. The approach of this cannibalistic symbolism also allowed to feed the artistic productions by denouncing excesses of our societies, such as violence, inhumanity, assimilation of the other… Certain works invite us to wonder about the animal or monstrous part which lives in every one of us by revealing all our ambivalence and the consequent uneasiness The thesis’ stake will be to identify this term of cannibalism in its critical acceptance and to consider its functionality, regarding the works of contemporary artists. To devour or to be devoured ? It seemed to me relevant to approach this transgressive yet symbolic theme because the dynamic of the artworks connected to cannibalism links with an anthropological and aesthetic psychoanalytical experience.