La ruine dans les films d’artistes (des années 1960 à nos jours)

par Corinne Domer

Projet de thèse en Arts (Histoire Théorie Pratique)

Sous la direction de Sabine Forero-Mendoza.

Thèses en préparation à Pau , dans le cadre de École doctorale sciences sociales et humanités (Pau, Pyrénées Atlantiques) depuis le 14-12-2012 .


  • Résumé

    Si l’esthétique des ruines constitue une facette importante de la sensibilité occidentale depuis la Renaissance, il est manifeste qu’elle connaît aujourd’hui un profond renouvellement, comme en témoignent de nombreuses propositions d’artistes contemporains. Alors que l’on assiste à un enrichissement du vocabulaire qui qualifie les ruines (décombres, ruines de guerre, démolitions, chantiers, friches), on observe des changements importants touchant la description, la représentation voire la mise en scène des ruines, comme les formes de leur réception, de sorte qu’il est possible de parler d’un imaginaire actuel des ruines. Notre recherche s’attachera à cerner certaines composantes de cet imaginaire, à partir d’une perspective plus précise: l’architecture moderne en ruine dans les films des artistes contemporains. Dès ses origines, l’architecture moderne s’est dotée d’une profonde mission sociale, elle-même nourrie par des visions utopistes. Le but était alors d’inventer une architecture et une planification urbaine tout à la fois novatrice et universelle, en phase avec la société. Mais, dès les années 1960, l’architecture moderne a fait l’objet de sévères critiques et il est devenu banal de pointer la déshumanisation, la perte de la fonction symbolique, le chaos et l’anarchie urbaine, voire d’accuser la disparition de la mémoire sociale et l’insécurité dont elle serait responsable. Aujourd’hui, le temps est venu de sa démolition ou de sa mise en ruine. Dans quelle mesure les films d’artistes contemporains qui font de la ruine de l’architecture moderne leur sujet ou décor principal, contribuent-ils à l’invention et à la définition d’un nouvel imaginaire des ruines ? Il est prévisible qu’au-delà de ce questionnement, notre recherche ne manquera pas d’aborder des problématiques plus vastes : l’architecture et l’utopie, la diffusion des modèles et leur standardisation. Mais nous espérons qu’elle sera aussi l’occasion de développer une réflexion fondamentale sur la nature de la trace et les formes de transmission et de conservation de la mémoire.

  • Titre traduit

    The Ruins of Modern Architecture in Artists' Films (from the 1960s to the présent day)


  • Résumé

    Ruins have been a significant aesthetic phenomenon in Western culture since the Renaissance, yet the rising number of contemporary artists treating the subject reflects a particularly profound resonance that they seem to have for society today. A rich vocabulary continues to adapt to present circumstances (wreck, bomb site, wasteland, debris, rubble, vestiges etc.) but there have also been important shifts in semantics that affect description, representation and contextualisation of ruins. These changes in perception and evaluation have created a specifically contemporary vision of ruins. The present study analyses certain aspects of this vision by examining the ruins of modern architecture as they are portrayed in the films and videos of present-day artists. Modern architecture from its beginnings had overt social ambitions inspired by utopian plans for society. Novel and universal forms of architecture and urban planning were designed to be relevant to the lives of city dwellers. Yet by the 1960s, widespread and virulent criticism accused this type of architecture of dehumanising lives, causing urban decay and undermining symbolic status. It was blamed not only for social anarchy but also for the disappearance of community spirit and rising inner-city violence. Today, these buildings are now being demolished or left to rot. This study surveys recent films by artists for whom derelict buildings and ruins represent a central backdrop or theme. It attempts to evaluate how they have conditioned our contemporary perceptions of ruins. Broader questions such as the relationship between architecture and utopia or between model and standardisation will also be considered in addition to fundamental issues concerning conservation and communication of the past.