La limpia, pratique thérapeutique du Mexique et ses bouquets de plantes aromatiques : de la méditerranée aux Amériques, de l'alimentation au rituel thérapeutique.

par Marie Florac (Motte)

Projet de thèse en Anthropologie

Sous la direction de Isabelle Bianquis.

Thèses en préparation à Tours , dans le cadre de Sciences de l'Homme et de la Société depuis le 21-11-2012 .


  • Résumé

    La limpia (« nettoyage » en espagnol) est une pratique thérapeutique traditionnelle qui consiste à « balayer » le corps d’un malade, le plus souvent avec un bouquet de plantes aromatiques, dans le triple but de poser un diagnostic, de débarrasser la personne souffrante des entités génératrices du mal-maladie-malheur dont elle souffre, et d’établir un pronostic. Omniprésente au Mexique, cette pratique prend les formes les plus diverses pour s’adapter aux contextes culturels, linguistiques, sociaux et religieux des sociétés locales (pour la plupart de tradition orale), des populations métisses rurales et urbaines, des classes sociales et appartenances religieuses les plus diverses, et même pour être intégrée à des circuits touristiques. Dans une première étape, les partenaires, objets et entités diverses intervenant dans la limpia seront explorés lors d’enquêtes de terrain réalisées sur une grande partie du territoire mexicain (en particulier Centre et Sud du Mexique). Seront étudiés : (i) les affections, syndromes et maux traités ; (ii) les différents modes de réalisation de la pratique ; (iii) les « agents nettoyants » utilisés parmi lesquels dominent les « bouquets » composés de plantes aromatiques et tout particulièrement d’espèces méditerranéennes importées ; (iv) les prières et paroles rituelles prononcées au cours de la pratique ; (v) les thérapeutes qui réalisent des limpias, et les contextes de réalisation, ainsi que les patients qui les consultent. Une recherche bibliographique permettra de rassembler les données complémentaires nécessaires aux études synchroniques et diachroniques qui doivent être menées sur trois périodes majeures : (I) la « période précolombienne », limitée au XVe siècle et au début du XVIe siècle, point culminant du développement de la culture nahuatl (aztèque) dans laquelle s’enracinent nombre de représentations et rituels thérapeutiques encore perceptibles dans la limpia, et temps fort du déclin d’Al-Andalus. Le rôle de plaque tournante de cette région est capital à la fois dans l’introduction en Espagne d’espèces en provenance de la Méditerranée orientale et au-delà (ainsi que de leurs noms, représentations, utilisations alimentaires et médicinales) et dans l’exportation vers l’Amérique de plantes utilisées en Espagne ; (II) la « période coloniale » au cours de laquelle les syncrétismes vont se multiplier sur le territoire mexicain et engendrer des formes hybrides de toutes natures ; (III) la « période contemporaine » qui impose à la pratique des mutations singulières, à la fois sur le territoire mexicain (où, via diverses associations, les thérapeutes échangent leurs savoirs avec ceux d’autres pays américains) et parmi les Chicanos, Mexicains expatriés aux États-Unis. Ces recherches de terrain et bibliographiques permettront de rassembler et analyser des données linguistiques (nécessaires pour suivre les emprunts), des données d’anthropologie médicale (fondamentales pour aborder une pratique où se mêlent savoirs « locaux » et savoirs « savants »), des données ethnobotaniques (essentielles comprendre les valeurs, représentations et rôles accordés aux plantes), des données historiques et des données ethnographiques (indispensables pour analyser l’impact des contextes culturels, sociaux et religieux sur la limpia – et réciproquement). Ces données permettront d’analyser (a) les représentations, les usages et les stratégies d’innovation qui, au cours des siècles et de la Méditerranée aux Amériques, ont permis à ce patrimoine immatériel de rester irremplaçable, et (b) les formes d’appropriation de nouvelles habitudes alimentaires en lien direct avec cette pratique thérapeutique.


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