Pour une révision des étymons à astérisque du Romanisches Etymologisches Wörterbuch de W. Meyer-Lübke : contribution à la reconstruction du lexique protoroman

par Ulrike Heidemeier

Projet de thèse en Sciences du langage

Sous la direction de Eva Buchi et de Wolfgang Schweickard.

Thèses en préparation à l'Université de Lorraine en cotutelle avec l'Université de la Sarre - Sarrebruck , dans le cadre de Ecole doctorale Stanislas depuis le 09-10-2012 .


  • Résumé

    Le lexique héréditaire des langues romanes remonte en grande partie à des étymons protoromans qui possèdent un corrélat en latin écrit de l’Antiquité : français an, italien anno, espagnol año etc. remontent à protoroman */'ann-u/, attesté par latin annus. La même chose vaut pour français dix, roumain zece, sarde deke etc. < protoroman */'dɛke/ (cf. lat. decem), pour français choir, dalmate kadar, occitan caire etc. < protoroman */'kad-e/ (cf. lat. cadere) ou encore français pont, gascon poun, portugais ponte etc. < protoroman */'pɔnt-e/ (cf. lat. pons). Mais un dixième environ du lexique héréditaire roman est réputé se rattacher à un lexème protoroman reconstruit pour lequel le latin écrit de l’Antiquité ne présente aucun corrélat. C’est par exemple le cas de français écurer « nettoyer en frottant avec un abrasif » (dont récurer représente un dérivé formé en français), occitan escurar, catalan escurar etc., qui se rattachent à protoroman */es'kur-a-/ (REW s.v. *excūrāre ; von Wartburg 1930 in FEW 3, 283a-284a, *EXCURARE), dont on chercherait en vain le correspondant *excurare en latin écrit. Ce type d’unités lexicales représente un défi particulier pour l’étymologie romane ; d’un certain point de vue, elles constituent le cœur de son objet d’étude. Il est vrai que le dictionnaire de référence de l’étymologie romane, le REW de W. Meyer-Lübke, permet d’en recenser commodément la liste, puisqu’il marque ces étymons par un astérisque. Mais ces étymons, dont beaucoup sont des dérivés et des composés que l’on suppose formés en protoroman, n’ont jamais été soumis à un contrôle systématique tant morphologique (ces formations sont-elles plausibles du point de vue des classes grammaticales et des contraintes morpho-phonologiques ?) que sémantique (les différents éléments de formation contribuent-ils de façon cohérente à leur sémantisme ?). Ainsi, une analyse morpho-sémantique poussée fait apparaître que contrairement à ce que prétend la communis opinio, le protoroman ne connaissait pas de préfixe */ɪn-/ équivalent au préfixe latin in- privatif, de sorte que les articles *indēbilis, *indirēctum et *inrĕprŏbus du REW doivent être supprimés (cf. Buchi 2012). Inversement, le témoignage des langues romanes permet d’affirmer avec certitude que le protoroman connaissait les préfixes productifs */de-/ et */dɪs-/ (cf. Buchi 2009). Par conséquent, la thèse se propose de modéliser les règles de construction de lexèmes du protoroman en généralisant le type d’analyse sémantico-morphologique conduite pour l’instant pour trois candidats-préfixes seulement.


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