Santé sous-traitée. Ethnographier les mobilisations contre les risques du travail dans l'industrie nucléaire en France (1968-2018)

par Marie-Aurore Ghis Malfilatre

Projet de thèse en Sociologie

Sous la direction de Daniel Cefaï et de Annie Thébaud-Mony.

Thèses en préparation à Paris, EHESS , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales , en partenariat avec Centre d'étude des mouvements sociaux (CEMS) (laboratoire) depuis le 06-11-2012 .


  • Résumé

    Cette thèse étudie les mobilisations contre les risques du travail dans l’industrie nucléaire en France entre 1968 et 2018. Elle éclaire la dynamique des actions syndicales et des processus d’alertes internes aux exploitants nucléaires. L’enquête s’articule autour de deux séquences impulsées respectivement depuis le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) et l’entreprise Électricité de France (EDF). La controverse autour des conditions de travail dans l’industrie nucléaire et du recours à des salariés d’entreprises sous-traitantes pour les opérations les plus exposées aux dangers de la radioactivité remonte aux années 1970. Elle ne cesse, depuis cette époque pionnière, de revenir sur le devant de la scène, sans toutefois susciter d’action publique à même de résoudre les problèmes soulevés. Cette controverse est alimentée par les enquêtes menées directement par les travailleurs de ce secteur et certains de leurs représentants syndicaux de la CFDT et de la CGT, avec le relais de médecins du travail, de scientifiques, de journalistes d’investigation et d’élus politiques. La thèse décrit les activités de problématisation du travail et du recours à la sous-traitance dans le nucléaire et rend compte de leur infélicité récurrente. Elle entend contribuer à mieux comprendre la faible visibilité sociale des enjeux de santé au travail et, plus largement, les processus d’émergence de publics mobilisés en démocratie et les logiques qui leur font obstacle. La démarche est d’ethnographie historique. Elle combine des observations et des entretiens, avec une plongée dans les archives. Elle étudie l’expérience du travail exposé aux risques dans cette industrie, la constitution du problème de la santé au travail sur différentes scènes, les parcours de personnes affectées ou concernées par ce problème et les phases successives de sa dynamique de publicisation et de confinement.


  • Résumé

    This thesis studies the mobilizations against occupational risks in the French nuclear industry between 1968 and 2018. It sheds light on the dynamics of trade union actions and warning processes among the nuclear operators. The survey focuses on two episodes fostered by the Commissariat à l'Énergie Atomique for the first one, and by the company Électricité de France (EDF) for the second one. In the 1970's, a controversy arose about working conditions in nuclear industry and the using of employees of subcontracting companies for the operations that were most exposed to radioactive hazards. Since then, it has been constantly re-appearing but has never generated public action able to solve the problem. Surveys done directly by workers of this industry and some of their union representatives (of the CFDT and CGT trade unions) contribute to this controversy. They find support from labour doctors, scientists, investigative journalists, and elected politicians. The thesis describes the processes of problematization of labour and recourse to subcontractors in nuclear industry. It depicts its recurring failures. It helps understanding why the issues in occupational health do not gain more social visibility and, more broadly, how do mobilized publics emerge in democracies and which kind of hurdles does this emergence have to face. Historical ethnography is the chosen approach. It combines observations, interviews and work in the archives. It studies the experience of working with the radioactive hazards in this industry, the formation of the public issue of occupational health in several landscapes, life paths of affected or involved persons. It sheds light on the dynamics of the problem, that is gradually publicized and then confined.