Un aliment alternatif contre la malnutrition au Brésil. Entre sciences, communautés, église et politique : le cas du multimélange.

par Tatiana Feitoza Vianna da Silveira

Projet de thèse en Santé, populations et politiques sociales

Sous la direction de Maurice Cassier.

Thèses en préparation à Paris, EHESS , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales depuis le 08-01-2013 .


  • Résumé

    Au milieu des années 1970, dans la région de l’estuaire de l’Amazonie brésilienne, un complément alimentaire en poudre voit le jour et connaît un grand succès, sauvant la vie des enfants pauvres malnutris. L’originalité de ce produit appelé Multimistura (multimélange) réside dans le fait que l’on peut le produire chez soi, avec les moyens du bord, et des aliments normalement jetés, comme le son de riz et de blé, des feuilles de manioc, des coquilles d’œufs, des semences de citrouilles, etc. Son succès attire l’attention d’institutions comme l’UNICEF et l’Église catholique, représentée par la Pastorale de l’enfant. Cette dernière, très influente et jouissant de relations politiques puissantes, parvient, par le biais de milliers de femmes bénévoles, à diffuser le multimélange dans des communautés en difficulté dans l’ensemble du Brésil. Considéré par certains comme un produit miraculeux, le multimélange sera recommandé par le ministère de la Santé comme une solution au problème de la malnutrition infantile et son adoption dans les menus des écoles publiques du pays sera étudiée. La campagne du multimélange a également reposé sur les initiatives de plusieurs organisations qui ont participé à son rayonnement et influence. Son utilisation dans les jardins d’enfants et les hôpitaux, dans l’ensemble du pays, a bénéficié du soutien financier et logistique d’institutions étatiques, d’entreprises que l’on qualifierait aujourd’hui de l’économie sociale et solidaire, de coopératives, d’ONG, d’organisations communautaires, de professionnels liés à l’agriculture de base, entre autres.Toutefois, en dépit de son succès grandissant, le produit connaît à partir du début des années 1990 une contestation progressive sur un plan à la fois scientifique et économique. Une partie du milieu académique se consacre à disqualifier le produit et d’autres compléments alimentaires, produits par les grandes entreprises du secteur agroalimentaire, se positionnent comme ses concurrents. Cette double contestation a des conséquences importantes : en 1994, la Pastorale de l’enfant, son plus grand allié, abandonne officiellement l’utilisation du multimélange. Nous aurions alors pu croire à la fin du produit, mais il n’en sera rien. En fait, le produit se maintient, au sein même de la Pastorale de l’enfant, par la volonté de ses membres ou des communautés affiliées. Par ailleurs, le multimélange est passé par un processus de transformation, et coexiste entre le monde de la misère et les magasins de produits biologiques bobo-chic, situés au cœur des quartiers aisés des grandes métropoles brésiliennes. Ce travail de thèse montre que le multimélange représente une technologie sociale et illustre la transformation d’une solution nutritionnelle en un support d’action sociale et de santé publique. Cette campagne incarne aussi une politique de santé qui présente les contours d’une politique de développement, à la fois collective et décentralisée ; elle affirme sa capacité de reproduction et surtout de résistance, ainsi que la plasticité des mélanges qui peuvent devenir une marchandise recherchée par des consommateurs à hauts revenus.

  • Titre traduit

    An alternative food against malnutrition in Brazil. Between sciences, communities, Church and politics : the case of the multimistura.


  • Résumé

    The multimistura is a powdered food supplement notorious for having saved the lives of millions of deprived malnourished children in Brazil. Developed during the mid-1970s in the Brazilian Amazon region, the novelty of the multimistura is that it can easily be made at home from parts of food items that are typically discarded, such as peels, rinds, leaves, cores, eggshells, seeds, and pits. Its public health potential has attracted attention from global social welfare organizations, such as the United Nations Children’s Fund (UNICEF) and the Catholic Church, represented in this work by the Brazilian Children’s Pastoral, or Pastoral da Criança. The latter, enjoying powerful political connections, was responsible for disseminating the Multimistura widely across the most impoverished Brazilian communities with the help of thousands of volunteers. Considered by some a “miraculous” product, the multimistura was endorsed by the Brazilian Ministry of Health as a solution for the country’s severe childhood malnutrition problem. Subsequently adopted in the menu composition of free school meals, the impact of the multimistura was studied. In the years to follow, the multimistura campaign continued to gain the support and influence of several organizations that engaged to promote and disseminate the project further. Its use in nurseries and hospitals across the country received financial and logistical support from diverse stakeholders, including local governments, non-profit and non-governmental organizations (NGOs), as well as charitable organizations, community associations, and organizations related to agriculture, among others. However, from the early 1990s, increasing disputes on the scientific and economic fronts threatened the future of the project. While some academic groups focused on disqualifying the project, large food supplement businesses positioned themselves as powerful market competitors. Such double challenge resulted in detrimental consequences. In 1994, the Pastoral da Criança, its greatest ally, officially abandoned the use of the multimistura. One would have imagined it was the end of the product, but it was not. The product continues to be used, even by the Pastoral da Criança, thanks to the personal will and determination of its members or affiliated communities. Furthermore, the multimistura project has undergone positive transformative changes that have allowed it to co-exist both for the most deprived communities through their food-aid programs, and for the fast growing wealthy population, through the health food stores located in the affluent suburbs of the largest Brazilian cities. This thesis shows that the multimistura represents a social technology and describes how a nutritional solution was transformed into a tool for social action and public health support. The multimistura campaign has established itself as a public health policy that displays all the important features of a development policy that is both collective and decentralized. The campaign has also affirmed its ability to be reproduced and, above all, its resilience, confirmed by the flexibility of the product’s formulation in becoming a source of nutrition also for the wealthy population.


  • Résumé

    A mediados de los años 70s en la región de la Amazonía brasilera, se creó un complemento alimenticio en polvo que logró salvar la vida de los niños en situación de pobreza y sufriendo de malnutrición. La particularidad de éste complemento, conocido como Multimixtura, se debe en parte al hecho de que puede ser preparado en casa, con ingredientes de fácil acceso y con alimentos que son generalmente arrojados a la basura como el salvado de arroz, el maíz, las hojas de yuca, las cáscaras de huevo, las semillas de calabazas, etc. Su éxito llama la atención de instituciones como la UNICEF y la Iglesia católica, representada por la Pastoral del Niño, una institución de mucha influencia y con relaciones sobretodo en el mundo político. Así, la Pastoral del Niño consigue difundir ésta multimixtura en las comunidades necesitadas de todo el Brasil, a través del trabajo de miles de mujeres voluntarias. La multimixtura, considerada como un producto milagroso, comienza a ser recomendado por el Ministerio de la salud para tratar la desnutrición infantil y de manera más general, se considera la posibilidad de incluirlo en los restaurantes escolares de los colegios públicos del país.La campaña de promoción de la multimixtura en los jardines escolares y en los hospitales fue respaldada por múltiples instituciones que contribuyeron con su éxito. Estas instituciones, entre las que se encuentran empresas del sector público, empresas de las que hoy se conocen como “economía social y solidaria”, cooperativas, ONG, organizaciones comunitarias, organizaciones profesionales ligados a la agricultura, entre otras, aportaron un apoyo financiero. A pesar de su éxito, a comienzos de los años 90s la mutimixtura comienza a ser cuestionada desde el punto de vista científico y económico. La mutimixtura es descalificada desde la academia, una situación aprovechada por las grandes empresas del sector agroalimentario quienes con sus complementos alimentarios, se posicionan como la competencia. Los ataques de los cuales es objeto la mutimixtura conducen a que en 1994, la Pastoral del Niño, su más grande aliado, abandone oficialmente la utilización del producto. Contrariamente a lo que podríamos creer, éste abandono no marcó el fin de la multimixtura porque a pesar de ésta decisión oficial, el producto se sigue utilizando entre los miembres y las comunidades afiliadas a la Pastoral del Niño. En ese momento sin embargo, la mutimixtura sufrió un proceso de transformación : el producto no solamente es utilizado en los barrios mas pobres sino que también está presente en las tiendas de productos orgánicos “bobo-chic” de los barrios acomodados de las grandes metrópolis brasileras. Éste trabajo de tesis muestra que la mutimixtura representa una tecnología social y describe toda la transformación de éste producto: concebido inicialmente como una solución nutritiva el se transforma en una base de acción social y de salud pública. La campaña de promoción de la mutimixtura se situa en el centro de una politica de salud colectiva y descentralizada así que de desarrollo.


  • Résumé

    Em meados da década de 1970, na região da Amazônia brasileira, um suplemento alimentar em pó foi desenvolvido e obteve grande sucesso por salvar a vida de crianças pobres desnutridas. A originalidade deste produto, denominado multimistura, é que ele pode ser produzido em casa, com pedaços ou restos de alimentos que normalmente são jogados no lixo, como farelos de arroz e de trigo, folhas de mandioca, casca de ovo, sementes de abóbora, etc. Seu sucesso atraiu a atenção de instituições como o UNICEF e a Igreja Católica, representada pela Pastoral da Criança. Esta última, gozando de poderosas ligações políticas, consegue disseminar a multimistura em comunidades carentes de todo o Brasil, graças ao trabalho de milhares de voluntárias. Considerada por alguns como um produto milagroso, a multimistura foi recomendada pelo Ministério da Saúde como solução para o problema da desnutrição infantil e sua adoção nos cardápios das escolas públicas do país foi estudada. A campanha da multimistura contou também com a iniciativa de diversas organizações que participaram na divulgação e influência. Sua utilização em creches e hospitais de todo o país contou com o apoio financeiro e logístico de instituições estatais, empresas de economia social e solidária, cooperativas, ONGs, associações comunitárias, profissionais ligados à agricultura de base, entre outros. Todavia, apesar do sucesso crescente, o produto conheceu, a partir do início dos anos 1990, uma progressiva disputa nos planos científicos e econômicos. Uma parte da comunidade acadêmica se dedicou a desqualifica-lo e outros suplementos, produzidos por grandes empresas do setor alimentício, se posicionaram como seus concorrentes. Esse duplo desafio teve consequências importantes: em 1994, a Pastoral da Criança, seu maior aliado, abandonou oficialmente o uso da multimistura. Poderiamos imaginar que fora o fim do produto, mas não o foi. Na verdade, o produto é mantido, mesmo na Pastoral da Criança, pela determinaçao de seus membros ou comunidades afiliadas. Além disso, a multimistura passou por um processo de transformação e existe tanto no mundo da miseria quanto em lojas de produtos naturais, localizadas em bairros nobres das grandes metrópoles brasileiras. Esta tese mostra que a multimistura representa uma tecnologia social e ilustra a transformação de uma solução nutricional em um suporte de ação social e saúde pública. Esta campanha incarna uma política de saúde que apresenta os contornos de uma política de desenvolvimento, tanto coletiva como descentralizada; e que afirma sua capacidade de reprodução e, sobretudo, de resistência, bem como a plasticidade das formulações do produto que podem se tornar uma mercadoria para consumidores de alta renda.