Entrepreneurs ou travailleurs indépendants ? cerner leurs trajectoires pour interroger la sécurité de leur position face aux risques des marchés

par Elise Nguyen-Kwonn (Nguyen-Huu-Chieu)

Projet de thèse en Sciences économiques

Sous la direction de Nadine Levratto.

Thèses en préparation à Paris 10 , dans le cadre de Ecole doctorale Economie, organisations, société (Nanterre) , en partenariat avec UMR 7235 EconomiX (laboratoire) depuis le 23-11-2012 .


  • Résumé

    L’objet de la thèse porte sur la problématique du travail indépendant libéral replacé dans le cadre de l’analyse des marchés transitionnels du travail (MTT). Les évolutions de l’emploi depuis la fin des années 1990 montrent une recrudescence du travail indépendant, après plusieurs décennies de salarisation de la Société. Abandonnant le petit commerce et l’agriculture, le travail indépendant renait dans les services professionnels et l’assistance aux entreprises, en lien avec la tertiarisation de l’économie et l’augmentation du niveau de formation des travailleurs. Il renait dans un contexte de chômage persistant, où la concurrence internationale presse les entreprises à mettre en œuvre des stratégies d’externalisation et où la Société moderne fait la part belle à l’autonomie, à l’esprit d’initiative, alors que dans le même temps l’Etat providence est en recul. Les théories de l’entrepreneur et de l’entreprise se sont adaptées : l’entrepreneur visionnaire, doté de compétences assez exceptionnelles pour découvrir une opportunité, pour prendre un risque, pour organiser la production ou introduire des innovations a été remplacé par un entrepreneur rattaché au capitalisme entrepreneurial dans les années 1990. Ses motivations, qui sont aujourd’hui déterminées par le contexte économique et par son capital (social, éducationnel, financier, professionnel, relationnel, etc…), le font arbitrer entre le salariat et le travail indépendant. En définitive, il va créer son entreprise soit contraint par un effet « push », i.e. sa situation sur le marché du travail, soit attiré par la mise en œuvre de ses idées, effet « pull ». La création d’entreprise peut intervenir à tout moment dans la vie d’un individu, ce qui explique les cumuls et les successions de statuts. La nouvelle figure du créateur d’entreprise prend en complexité et rend incertaines les politiques en faveur de la création d’entreprise, en faveur de l’emploi, et le champ de la protection sociale qui s’est construit notamment sur une séparation très nette entre le salariat et le travail indépendant. L’agenda des Marchés transitionnels du travail (MTT), initié dans les années 90 par le WissenschaftZentrum Berlin, essaie d’articuler les différents états que peut connaitre un individu (salariat, chômage, formation, inactivité, congés, bénévolat ou travail indépendant) au cours de sa carrière professionnelle par des transitions négociées. Pour les tenants des MTT, les mesures visant à réformer le marché du travail doivent être pragmatiques et globales. Elles interviennent notamment sur la protection sociale, voire à l’intérieur des entreprises ; elles demandent des réaménagements de fonds publics impliquant tous les acteurs à un niveau local (collectivités locales, Etats, associations et syndicats, branches, entreprises, etc…). Ces acteurs doivent identifier les « bonnes transitions », celles qui évitent la spirale de la précarité et y attacher des droits nouveaux, selon 4 principes :  L’accroissement de la liberté du travailleur, y compris en termes pécuniaires ;  La promotion de la solidarité dans la gestion des risques sociaux et du marché du travail ;  L’efficacité de l’accompagnement des transitions, par la coopération et la coordination ;  La mobilisation des techniques de gestion des risques. Ainsi, les MTT en envisageant toutes les possibilités d’emploi au cours de la trajectoire d’un individu, offrent un cadre cohérent au statut du travail non salarié, et mettent en lumière le rôle des pouvoirs publics dans les transitions d’un état à un autre. Par là ils interrogent la frontière entre le travail indépendant et le travail salarié, rejoignant une réflexion déjà entamée par le champ juridique. Dans ce contexte, nous tenterons de répondre à cette question : à quelles conditions, les transitions vers l’emploi indépendant répondent elles aux objectifs ou aux critères de sécurisation des parcours professionnels et à la conservation de l’employabilité au travail ? Pour répondre à cette question, il faut envisager et caractériser les différentes trajectoires qui comprennent un état indépendant. Il faut comparer ces trajectoires en faisant ressortir quels facteurs engendreraient les meilleures transitions, vers un statut quo, vers un retour au salariat et à quelles conditions, vers un déclassement, etc…


  • Pas de résumé disponible.