Normes socio-sexuelles et lesbianisme : définition de soi, catégories de sexe/genre et script sexuel

par Natacha Chetcuti

Thèse de doctorat en Sociologie

Sous la direction de Marie-Élisabeth Handman.

Thèses en préparation à Paris, EHESS , dans le cadre de Ecole doctorale de l'Ecole des hautes études en sciences sociales ED 286 depuis le 01-01-2003 .


  • Résumé

    A partir d'une enquête par entretiens auprès de 21 lesbiennes et d'une observation de terrain, cette thèse se propose de rendre compte de l'élaboration des normes socio-sexuelles des lesbiennes. Au-delà de l'analyse des discours sur les pratiques sexuelles, ce sont les manières dont les lesbiennes se pensent et se situent par rapport aux contraintes normatives de genre qui sont mises à jour dans cette étude. Par-delà la diversité des parcours pèse sur le processus de formation de soi des gais et lesbiennes la contrainte normative à l'hétérosexualité, mais la force de cette contrainte n'opère pas de la même façon pour les deux sexes. En effet pour les lesbiennes, la question de l'invisibilité est intrinsèquement liée au statut social femme. Le but de cette recherche est de révéler, en s'appuyant sur les conceptions contemporaines du lesbianisme (mode de nomination de soi, pratiques de couple, composition du script sexuel), une réalité peu analysée en sciences sociales, et de contribuer à interroger la catégorie "femme" et l'organisation hétérosociale dans laquelle elle se définit. Analyser les trajectoires lesbiennes permet d'interroger par la marge un ensemble de normes sociales régissant la sexualité, le couple, les représentations sexuées inhérentes à la norme androcentrée. Il en découle les questions suivantes : comment se définit-on lesbienne dans un contexte hétérosexiste? Par quel processus peut-on se penser et se présenter aux autres? Comment définit-on le couple quand les catégorisations de sexe ne sont pas le principal référent? Et enfin, comment s'organise la sexualité quand elle ne repose pas sur la division hiérachisée des sexes?


  • Résumé

    Based on fieldwork observation and enquiry (interviews with 21 lesbians), this PhD dissertation aims at giving account about normative elaboration processes in lesbian sexuality. Beyond analysing sexual practices' discourses, this study unravels the ways lesbian think of themselves, and how they relate to gender normative constrains. Though undergoing a wide range of different life paths, gays and lesbians have to face the heterosexual, normative constrains' weigh. But if such weight affects their Self formation process, it does not operate the same for each of the two sexes. For in the lesbian' case, the question of invisibility is intrinsically connected to their social status as women. While relying on contemporary conceptualizations of lesbianism (self naming practice, couple practices, sexual script construction), this research consists in disclosing a reality that Social Sciences have not yet thoroughly analysed. Moreover, it keeps on questionning what is the "woman"'s category in relation to an hetero-social organization, which is its very context of definition. Lesbian trajectories' analysis opens up a questioning from the margin, which applies to a set of social norms regulating sexuality, couple, and sexual representation inherent to a male centred normative system. Consequently , such questions arise : how is one able to define oneself as a lesbian, while living in an heterosexist society? Through which process is one able to think of one's own Self, and introduce it to Others? How the couple can be defined, when assignation to sexual categories is not the main reference? And last, how is sexuality organized when it does not rely on a sexual, hierarchical divide?