La musique dans consuelo et la comtesse de rudolstadt. Le lit d'un roman fleuve.

par Julie Aline (Billaud)

Projet de thèse en Littérature Française

Sous la direction de Philippe Dufour.

Thèses en préparation à Tours , dans le cadre de Sciences de l'Homme et de la Société depuis le 28-11-2012 .


  • Résumé

    C’est poursuivant la quête d’un XVIIIème siècle multiple que George Sand a composé Consuelo puis La Comtesse de Rudolstadt. Orientant les voies du roman, le foisonnement de ses découvertes donne une « sinuosité exagérée » à l’œuvre. En effet, Consuelo et La Comtesse de Rudolstadt abreuvent le lecteur de connaissance historiques, philosophiques, artistiques et l’entraînent avec les personnages au cœur d’un siècle kaléidoscopique. Contrainte au rythme effréné de parution des numéros de la Revue Indépendante, George Sand reconnaît « l’absence de plan » et présente ces œuvres comme le produit de « l’inquiétude fiévreuse de l’artiste », de ses « divagations libres et solitaires ». L’esprit errant dans le XVIIIème siècle, George Sand a écrit, portée par un flot verbal, un roman fleuve aux courants variables, aux affluents pluriels mais à l’unique lit. Bien loin de parcourir aveuglément les ressources du XVIIIème siècle, George Sand trouve les variations de son roman dans la Musique. Art absolu, impalpable, idéel, la musique donne son sens à l’œuvre, elle se fait creuset fécond dans lequel l’histoire et l’écriture se déploient. Se poser la question de la musique c’est être confronté à sa richesse sémantique et aux liens qu’elle tisse avec de multiples champs d’étude. Consuelo et La Comtesse de Rudolstadt sont avant tout des romans à écouter. De l’incipit de Consuelo où résonne le Salve Regina de Pergolese à celui de La Comtesse de Rudolstadt où l’on peut entendre le Titus de Métastase et de Hasse, un tableau musical du XVIIIème siècle se donne à voir. Au-delà des œuvres citées, deux figures de compositeurs ont des rôles privilégiés dans le système des personnages : Haydn et le Porpora. Rappelons que la musique est l’art de produire des sons d’après des règles variables selon les lieux et les époques. Dès lors, à travers ses choix, quelle peinture musicale du XVIIIème siècle George Sand dresse-t-elle et quelles théories musicales sont privilégiées ? N’y aurait-il pas une inéluctable tension entre un XVIIIème siècle recomposé et le XIXème siècle qui accueille et fonde sa création ? D’autre part, quelles fonctions la musique ainsi appréhendée joue-t-elle dans la société, dans la vie politique du XVIIIème, quelle Histoire nous donne-t-elle à voir ? Au-delà du travail de composition, écouter ces romans c’est aussi prêter une oreille attentive aux voix humaines, au chant. Les figures de cantatrices se croisent mais ce qui affleure au creux des roulades artificielles ce sont les accents profonds de la voix. Dans le roman, seule la voix de Consuelo offre cette profondeur et donne accès au sublime. Personnage singulier, Consuelo incarne dans son indicible pureté, un être virginal. Son chant suscite l’enthousiasme et incarne le beau dans un rayonnement complet de son être. Dans une perspective idéaliste, il est dès lors possible d’interroger sous le prisme de la Musique, l’infini dont se veut porteur le projet des Invisibles à la fin du roman, sa dimension universelle et religieuse. La musique est aussi langage. Quel rapport musique et langage entretiennent dans le roman ? La musique semble pallier le verbe lorsqu’il fait défaut. Lorsque les personnages ne peuvent communiquer par les voies habituelles, la musique offre sa voix. C’est ainsi que se fait entendre la Nature dans le roman, à travers ses voix diverses et son harmonie unique. Comment définir cette musique naturelle présente dans l’œuvre ? Enfin, ne pourrait-on pas appréhender ces romans comme une vaste partition musicale ? La diversité des tons, des rythmes, des intensités dans le roman, la présence explicite de certaines œuvres musicales et de sons naturels, mènent inéluctablement le lecteur vers une musique du roman. Mais là où Hegel définit l’art comme une représentation sensible de l’idée, la musique cherche à la présenter autrement. Elle est un art non-signifiant. Dès lors, conservant son unité et son universalité, sa perception peut néanmoins opérer différemment pour chacun des esprits qui la reçoivent. La musique est transcendante en tant


  • Résumé

    Qu’elle signifie avec pour seule référence le temps intérieur de chacun. Aussi peut-on se figurer autant de visions que d’auditeurs. Là où l’écriture guide le sens, oriente la rêverie, la musique la déploie en dispersion infinie. Quand le violon d’Albert engendre un processus hallucinatoire chez Consuelo, que la prose se fait poésie, que la création verbale stimule une vision auditive et picturale, la Musique n’est-elle pas en jeu ? On peut donc s’interroger sur le rapport qu’entretiennent écriture et musique dans un mouvement dual : lorsque la musique préexiste et qu’elle engendre l’écriture et d’autre part, lorsqu’un espace du roman est consacré à l’écriture, quelle musique est éveillée en l’âme du lecteur ? La création littéraire peut-elle supporter son double musical ?