La Francophonie à tout prix : le rôle de la Francophonie l'institutionnelle dans l'accès à la reconnaissance des écrivains africains d'expression française

par Madeline Bedecarre

Projet de thèse en Sciences du littéraire

Sous la direction de Gisèle Sapiro.

Thèses en préparation à Paris, EHESS , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales depuis le 01-10-2012 .


  • Résumé

    Cette thèse en sociologie de littérature étudie comment la Francophonie institutionnelle, fondée en 1970, exerce des effets sur la littérature africaine de langue française à travers la création et le financement des prix littéraires. Les prix de la Francophonie jouent un rôle important dans le contrôle de l’accès à la reconnaissance pour les écrivains africains, déterminant en partie ce qui est publié, pesant sur la réception et influençant les catégories utilisées pour classifier cette littérature. À partir des archives, de l’observation ethnographique des cérémonies de prix, des entretiens, et d’une base de données sur plus de 300 prix littéraires, la thèse démontre comment une institution supranationale, la Francophonie, maintient depuis les années 1970 un circuit de reconnaissance littéraire pour presque exclusivement des écrivains d’expression française de l’Afrique subsaharienne. L’institution promeut et incite à produire de la littérature africaine tout en imposant des contraintes. Ce circuit a longtemps privilégié les genres du théâtre et la nouvelle et a tendance encore aujourd’hui à dépolitiser ou repolitiser les textes primés. La thèse montre que les prix littéraires inscrivent la littérature africaine dans cette catégorie de « francophone » et souligne le besoin de plus de travaux sur le rôle des institutions étatiques dans l’élaboration des valeurs littéraires.

  • Titre traduit

    Francophonie, A Prized Possession : the Role of Institutional Patronage by la Francophonie in the Recognition of Francophone African Writers


  • Résumé

    The dissertation argues that the creation of institutional Francophonie in 1970 influences the French-language African literature through the creation and financing of literary prizes. These francophone prizes have and continue to play an important role in granting access to recognition: in part determining what is published, affecting their reception, and influencing the categories used to classify these texts and authors. Drawing on archival research, interviews, ethnographic observation of awards ceremonies, and a database of over 300 prizes, the dissertation shows how the supranational institution of la Francophonie has maintained since the 1970s a circuit of literary recognition for almost exclusively Sub-Saharan African authors. The institution promotes and generates the production of African literature while at the same time imposing constraints. For many years the circuit privileged theatre and the short story over other genres and tends even today to depoliticize or repoliticize prized texts. Ultimately, the dissertation shows how literary prizes do the imaginative work of inscribing African literature into this category of “francophone”. By demonstrating how literature and politics mutually affect one another, the dissertation points to the need for greater scholarly attention to the role played by state institutions in elaborating enduring aesthetic standards and criteria of literary value.