Migrations et développement international

par Sekou Keita

Projet de thèse en Sciences économiques

Sous la direction de Vianney Dequiedt.


  • Résumé

    [D’après Mishra et Spilimbergo (2011), la littérature sur les déterminants de la migration a accordé peu d’attention au taux de change réel comme facteur régulant les flux migratoires. Plusieurs changements permettent de considérer autrement cette relation peu discutée. Premièrement, les migrants étaient supposés incapables de répondre rapidement à des variations de taux de change réel. Pourtant Hanson et Spilimbergo (1999) ont montré que l’impact d’une dépréciation du taux de change réel sur la mobilité des migrants clandestins mexicains est assez important. Deuxièmement, jusqu’à une période récente, la communication était difficile et les migrants avaient peu d’information sur le marché du travail à l’étranger. Braga (2007) a montré que les moyens de communication modernes ont un impact important sur la décision de migrer. Troisièmement, la libéralisation des flux de capitaux ayant facilité l’envoi de transferts de migrants ces dernières années, les migrants ont la possibilité de travailler à l’étranger pour soutenir leur famille. Cela permet d’envisager une fonction d’utilité du ménage qui intègre le taux de change réel. Toujours d’après Mishra et Spilimbergo (2011), une dépréciation du taux de change réel affecte le salaire réel par plusieurs canaux de transmission, notamment en augmentant le prix des biens importés et l’indice des prix à la consommation. Cela peut agir comme un « push factor », c'est-à-dire pousser les agents à émigrer pour retrouver du pouvoir d’achat. Le taux de change réel entre également dans les coûts de la migration, qui se chiffrent en devises. Une dépréciation peut ainsi réduire les possibilités de migrer. Enfin, d’après le modèle de Ku (2008), une dépréciation du taux de change réel peut augmenter les incitations à migrer en augmentant l’utilité de la famille de la famille restée sur place pour un même montant de transfert en devises. Ces différents canaux de transmission conduisent à la question de recherche suivante : quel est l’impact du taux de change réel sur les flux migratoires ? Le sujet de recherche proposé a pour objectif de répondre à cette question en plusieurs étapes. Il s’agira tout d’abord d’explorer l’impact d’une variation du taux de change réel sur la décision de migrer. En effet, quelques études ont montré que les migrants réagissent aux fluctuations du taux de change réel. L’étude de Hanson et Spilimbergo (1999) montre qu’une dépréciation de 10% du peso mexicain par rapport au dollar américain est suivie d’une augmentation du flux d’émigration clandestine vers les Etats-Unis de 6 à 8%. Dans le cadre d’une étude sur la diaspora des Philippines Yang (2006) met en évidence que le retour des migrants au pays d’origine est influencé par la valeur du taux de change réel. Dans une étude couvrant 66 pays de 1981 à 2005, Mishra et Spilimbergo (2011) trouvent qu’une dépréciation du taux de change réel de 1% est associée avec une hausse du taux d’émigration de 0,5 à 1,2%. La question de la relation entre grandeurs macroéconomiques et décisions individuelles de migrer peut être creusée davantage afin de mieux comprendre l’évolution à court-terme des flux de migration. Plus spécifiquement, il s’agira d’étudier le lien entre sous-évaluation du taux de change et migration. D’un côté, une monnaie sous-évaluée peut agir comme un frein à l’émigration dans la mesure où le pouvoir d’achat extérieur des agents économiques est plus faible. D’un autre côté, le faible pouvoir d’achat des travailleurs locaux par rapport aux biens importés (qui comprennent souvent des biens de base tels que les biens alimentaires dans les Pays en développement) peut pousser plus de personnes à entreprendre des migrations clandestines. Par ailleurs, Khoudour- Castéras (2002) a montré que dans le cadre de la théorie des zones monétaires optimales les migrations internationales qui ont eu lieu avant la Première Guerre mondiale ont pu faciliter l’ajustement dans les pays qui avaient choisi de rattacher leur monnaie à l’or. A partir de ce constant on peut se demander quel est l’impact de d’une politique de change fixe sur les flux de migrations internationales, en particulier dans le cas de pays en développement ? le texte ici]


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