Des grossesses catastrophiques. Une sociologie des logiques reproductives dans les mises en récit judiciaires et biographiques de néonaticide.

par Julie Ancian

Projet de thèse en Sociologie


Sous la direction de Simone Bateman-Novaes.

Thèses en préparation à Paris, EHESS , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales , en partenariat avec Iris (laboratoire) et de Cermes3 (laboratoire) depuis le 10-10-2012 .


  • Résumé

    Le terme d’infanticide recouvre des homicides divers, souvent appréhendés de manière indifférenciée. Parmi eux, le néonaticide désigne le meurtre d’un nouveau-né dans les vingt-quatre heures qui suivent sa naissance. Dans les pays connaissant une forte diffusion de la contraception et de l’accès à l’avortement, cette conduite – anciennement associée à un mode de régulation des naissances – est devenue marginale. Cette recherche propose une approche sociologique de la pratique du néonaticide fondée sur ses mises en récits par la justice et par les auteures elles-mêmes en France (2005-2015). L’enquête a permis de conduire des séries d’entretiens approfondis avec cinq femmes jugées pour ces faits et d’observer cinq procès en cour d’assises. Ces matériaux ont été complétés par des entretiens avec des avocat·e·s et magistrat·e·s, des dossiers judiciaires et un corpus d’articles de presse portant sur 75 affaires jugées sur la même période. Les récits judiciaires dévoilent la prégnance d’une approche essentialiste de la maternité et de la procréation qui pèse sur les efforts de mise en intelligibilité déployés par les professionnel·le·s. L’analyse des parcours de ces femmes, de leurs processus de socialisation, de leurs situations conjugales et familiales et de leurs ressources, permet d’identifier les obstacles rencontrés pour mettre en œuvre une contraception efficace ou accéder à l’IVG. En appréhendant le néonaticide comme l’ultime moyen d’éviter une naissance jugée catastrophique, cette étude s’éloigne de la lecture individualisante imposée par le traitement judiciaire et documente l’agentivité reproductive des femmes.

  • Titre traduit

    Catastrophic pregnancies. Sociology of reproductive logics in the judicial and biographical narratives of neonaticide.


  • Résumé

    The term infanticide covers diverse realities too long understood in an undifferentiated way. Among them, neonaticide refers to the murder of a newborn within twenty-four hours of birth. In countries with a high access to contraception and abortion, this behavior – formerly associated with birth control – has become marginal. This research proposes a sociological approach to the practice of neonaticide based on its narratives by the courtrooms and by the authors themselves in France (2005-2015). The investigation led to a series of in-depth interviews with five women prosecuted for these acts and to observe five trials in criminal courts. These materials were supplemented by interviews with lawyers and magistrates, court files and a corpus of press articles covering 75 cases judged over the same period. Courtrooms narratives reveal the essentialist approach to motherhood and procreation, which weighs on the intelligibility efforts made by professionals. The analysis of women's life stories, their socialization processes, their intimate partner and family situations and their resources, makes it possible to identify the obstacles encountered in implementing effective contraception or accessing abortion. By apprehending neonaticide as the ultimate means to avoid a birth deemed catastrophic, this study moves away from the individualizing interpretation imposed by the judicial treatment and documents the reproductive agency of women.