Musa antica, musa plebea : aux racines du Recitar Cantando.

par Francis Biggi

Projet de thèse en Musique et musicologie

Sous la direction de Xavier Bisaso.

Thèses en préparation à Tours , dans le cadre de Sciences de l'Homme et de la Société depuis le 08-01-2013 .


  • Résumé

    Le but de ce projet est de reconsidérer le processus d’élaboration qui permit aux intellectuels et aux musiciens de la Camerata de’ Bardi, dès les années 1570, de formaliser les concepts germinaux d’un style de chant destiné à faire revivre l’art poétique et dramatique de la Grèce Antique, considéré comme un moyen d’expression parfait. Or, malgré les prétentions des membres de la Camerata, de Peri ou de Caccini, la naissance du Stile Rappresentativo n’est pas l’invention géniale d’un seul homme ou d’une école. Au contraire, il est le résultat d’un parcours de construction et définition, dont les idées fondamentales, ainsi que les références esthétiques (et même le langage destiné à décrire le phénomène), étaient déjà établies au moins un siècle plus tôt. En effet, les témoignages de la présence d’un style de chant destiné à la déclamation chantée de formes poétiques strophiques, fort enraciné en Italie et particulièrement dans le Nord de l’Italie, remontent aux premières décennies du XIVe siècle. Les traces les plus évidentes de cette pratique sont contenues dans les cantari, des recueils de textes héroïques, hagiographiques ou mythologiques, à déclamer en chantant, a cappella ou en s’accompagnant au luth ou à la vièle. On trouve également dans les sources musicales de la fin du XVe siècle et des premières décennies du siècle suivant une quantité importante de pièces polyphoniques bâties sur les modèles des formes fixes destinées à la déclamation. Le projet se développera selon cinq directions de travail : 1) modélisation de ce qu’on aurait pu concevoir, à l’époque, comme un système de « grilles » mélodiques fondamentales destinées à la déclamation poétique, et suffisamment enracinées dans les usages pour que nombre de sources contenant des Strambotti ou des Capitoli soient dénuées de notation musicale. Cette étude sera menée à la lumière des modules mélodiques utilisés encore aujourd’hui par les poètes-chanteurs de l’Italie Centrale. 2) collectage et analyse de tout matériel documentaire non musical qui permet de définir le concept de déclamation poétique, donc de recitativo, avant son organisation en système esthétique cohérent et à l’invention « officielle » du Recitar Cantando à la fin du XVIe siècle. 3) travail de fond pour mettre à jour les liens formel et de style entre les traces de déclamation dans la polyphonie « mineure » de la Renaissance et les premiers exemples de recitativo. 4) étude des aspects performatifs de ces déclamations, à partir d’une prise en compte (a) des formules d’ornementation utilisées par les Frottolisti puis, dans un autre genre, par les membres de la Camerata et les contemporains de Monteverdi ; (b) des techniques d’ornementation et de variation encore en vigueur chez les poètes-chanteurs italiens. 5) la relation entre texte et chant, à l’origine de ce parcours séculaire d’élaboration et qui est encore le souci fondamental des interprètes aujourd’hui. Cette thèse permettra, en somme, d’étudier sur la longue durée historique les variantes et les constantes d’une phénomène poétique et musical trop strictement considéré comme une production savante caractéristique de l’activité des ridotti de la fin du XVIe siècle.


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