Animismes. De l'Afrique aux Premières Nations, penser la décolonisation avec les écrivains

par Alice Lefilleul

Thèse de doctorat en Littérature comparée

Sous la direction de Xavier Garnier et de Simon Harel.

Thèses en préparation à Sorbonne Paris Cité en cotutelle avec l'Université du Québec à Montréal , dans le cadre de École doctorale Littérature française et comparée (Paris) , en partenariat avec Théorie et histoire des arts et des littératures de la modernité (Paris) (laboratoire) et de Université de la Sorbonne Nouvelle (Paris) (établissement de préparation) depuis le 25-12-2012 .


  • Résumé

    Cette thèse propose une réflexion comparée entre les littératures des Premières Nations du Québec et celles d’Afrique subsaharienne et afro-descendantes et plus précisément la poésie de Natasha Kanapé Fontaine, Rita Mestokosho et Joséphine Bacon, ainsi que certains des romans de Léonora Miano et de Sami Tchak. Les textes de ces poètes et écrivain.e.s Innu, franco-camerounaise et togolais sont articulés à partir de la notion d’animisme. Au moyen de référents littéraires, anthropologiques et des études autochtones, ce travail questionne donc la présence de l’animisme dans la pratique d’écriture et interroge sa portée décoloniale. Cette réflexion se construit également à partir de séjours de terrains, et ce tenant compte d’une mise en valeur du savoir expérientiel préconisé par les études autochtones. Se construisant selon ce que la chercheuse Renate Eigenbrod nomme « narrative scholarship », à savoir l’alternance entre théorie et narration, cette thèse vise à penser l’être au monde animiste comme une épistémologie. À travers une pensée en deux temps, ce travail met en relief les différents effets de la colonisation sur l’animisme en tant qu’être au monde, ainsi que sa dynamique décoloniale, au prisme de leurs représentation et incarnation littéraires. Le premier chapitre analyse les stratégies d’objectification de l’animisme portées par les politiques coloniales. Le second chapitre s’attarde sur les traits saillants de la représentation littéraire de l’animisme. La question de la relation au territoire et la notion de souveraineté qui lui est inhérente sont examinées dans le chapitre trois. À rebours des mécaniques d’assignation et d’oppression, il s’agit ensuite de réfléchir sur les dynamiques d’émancipation portées par l’animisme au sein des textes du corpus. Le chapitre quatre analyse les enjeux liés à la notion de sujet selon une perspective décoloniale. Puis, c’est la potentialité résistante de l’animisme en tant qu’ontologie relationnelle qui est interrogée dans le chapitre cinq. Enfin, le chapitre six théorise sa dimension pratique et sa constitution en tant que résurgence, à rebours du colonialisme contemporain. L’ensemble de cette thèse travaille la possibilité de penser des savoirs situés, c’est ainsi qu’elle aboutit à considérer l’animisme comme une pratique et une éthique de recherche, un outil poétique et intellectuel à utiliser au sein d’autres champs que les disciplines ici convoquées.

  • Titre traduit

    Animisms. From Africa to First Nations, thinking decolonization with the writers.


  • Résumé

    This thesis proposes a comparative reflection between the literatures of the First Nations of Quebec and those of sub-Saharan Africa and Afro-descendants and more specifically the poetry of Natasha Kanapé Fontaine, Rita Mestokosho and Josephine Bacon, as well as some of the novels of Léonora Miano and Sami Tchak. The texts of these Innu, Franco-Cameroonian and Togolese poets and writers are based on the notion of animism. By means of literary referents, anthropological studies and Aboriginal studies, this work therefore questions the presence of animism in the practice of writing and questions its decolonial scope. This reflection is also built from fieldworks, by taking into account the promotion of the experiential knowledge advocated by Aboriginal studies. Building on what the researcher Renate Eigenbrod calls "narrative scholarship", namely the alternation between theory and narration, this thesis aims to think of the animist way of being in the world as an epistemology. Through a two-step thought, this work highlights the different effects of colonization on animism as a way of being in the world, as well as its decolonial dynamics through the prism of their literary representation and incarnation. The first chapter analyzes the objectification strategies of animism carried by the colonial policies. The second chapter focuses on the salient characteristics of the literary representation of animism. The question of the relation to the territory and the its inherent notion of sovereignty are discussed in chapter three. Unlike the mechanics of assignment and oppression, our aim is then to reflect on the dynamics of emancipation carried by animism within the texts of our corpus. Chapter four analyzes issues related to the notion of Subject from a decolonial perspective. Then, this is the resistant potentiality of animism as relational ontology which is questioned in chapter five. Finally, chapter six theorizes its practical dimension and its constitution as a resurgence, against contemporary colonialism. The whole thesis works on the possibility of thinking situated knowledge, this is how it leads to consider animism as a practice and research ethics, a poetic and intellectual tool to use in other fields than the ones carried in this work.