Les fictions commentaires : références spéculatives dans le roman contemporain

par Cyril Verlingue

Projet de thèse en Littératures et civilisations comparées

Sous la direction de Florence Olivier et de Philippe Daros.

Thèses en préparation à Paris 3 , dans le cadre de École doctorale Littérature française et comparée (....-2015 ; Paris) , en partenariat avec Centre d'études et de recherches comparatistes (Paris) (equipe de recherche) depuis le 12-07-2012 .


  • Résumé

    Sous la catégorie de « fictions commentaires », cette thèse voudrait rassembler des romans au second degré, dont le processus fictionnel s’ancre dans la glose d’une œuvre première plus que dans la représentation référentielle. À rebours de l’intertexte destiné à s’intégrer et à nourrir la création, les fictions commentaires reposent plutôt sur une hypertextualité hétérogène, ainsi que sur des dispositifs enchâssés d’écriture, de lecture et d’édition. Avec les expérimentations de Mark Z. Danielewski (House of Leaves), les facéties de Pierre Senges (Fragments de Lichtenberg) ou les enquêtes de Roberto Bolaño (2666), l’écriture devient herméneutique, déchiffrement d’un manuscrit perdu, recherche bio- ou bibliographique. Mais ces œuvres secondes ne sont pas nécessairement refermées sur elles-mêmes : en multipliant les références fragmentaires à leurs sources, que ce soit par l’annotation, l’allusion ou la représentation seconde, elles modifient en effet leur rapport à la référence, à la manière dont la fiction se construit sur un fondement implicite. Une figuration au second degré est en effet distincte de celle qui part d’un « cadre de référence », qu’il soit pensé comme le monde « tel qu’il est » ou considéré comme relevant de la perception, de constructions langagières ou de connaissances scientifiques. Les fictions commentaires interrogent donc les conditions de la représentation littéraire lorsqu’elle ne s’appuie seulement sur des figurations subjectives mais bien sur un objet qui obéit arbitrairement (mais sûrement) à ses propres règles. Elles substituent à la représentation mimétique d’un monde extralinguistique, la signification d’une œuvre déjà constituée. Ce déplacement ne constitue pourtant pas une simple abolition du référent. De cadre implicite et nécessairement dogmatique, la référence devient un substrat explicite, matériel et mobile, un point de départ contingent. Il devient possible de la soumettre à la variation, au doute, à la dés-illusion. En bref, dans les fictions commentaires, le référent devient spéculatif. Notre travail voudrait penser ce transfert à l’aune des philosophies spéculatives contemporaines, telles qu’elles sont par exemple portées par Quentin Meillassoux, Graham Harman ou Tristan Garcia. En prenant le parti des choses, ces penseurs s’efforcent de débusquer l’absence de nécessité du monde. En effet, dans l’ontologie objet-orientée les choses hors de leurs représentations sont souvent pensées selon leur contingence. Les fictions commentaires réfèrent surtout à des objets – les œuvres premières – qu’elles commentent, glosent et modifient. Elles pourraient alors être conçues comme la figuration des virtualités présentes au cœur du réel et plus seulement comme l’image de possibles stipulés ou fantasmés. Dans cette perspective, il s’agira donc d’explorer le monde figuré par la littérature spéculative.


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