L’imaginaire des langues chez Charles-Albert Cingria : un parcours poétique, politique et rhétorique

par Clara Schlaifer

Thèse de doctorat en Littératures française et francophone

Sous la direction de Dominique Combe.

Thèses en préparation à Sorbonne Paris Cité , dans le cadre de École doctorale Littérature française et comparée (Paris) , en partenariat avec Théorie et histoire des arts et des littératures de la modernité (Paris) (laboratoire) et de Université de la Sorbonne Nouvelle (Paris) (établissement de préparation) depuis le 11-09-2012 .


  • Résumé

    Charles-Albert Cingria (1883-1954), écrivain de Suisse romande, a été longtemps chroniqueur à La NRF et a mené son activité littéraire aussi bien en Suisse qu'à Paris. Pourtant, il est très peu étudié en France. La question des langues est, chez ce voyageur polyglotte, au centre d'une constellation de considérations poétiques, esthétiques et rhétoriques qui donnent toute sa spécificité à cette oeuvre inclassable. Dans le contexte politique de la première moitié du XXe siècle, éclairé ici par la perspective de l'histoire des idées, ses conceptions sur les langues le placent dans la lignée des Anti-Lumières. Son oeuvre labyrinthique a par ailleurs été peu abordée dans sa globalité même, car elle résiste à toute les catégories d'ordinaire en usage, aussi bien sur le plan générique, thématique ou formel que sur le plan idéologique, tout en donnant au lecteur l'impression d'une oeuvre riche d'échos. Nous prenons ici le risque de la cohérence en choisissant pour fil rouge l'ensemble des représentations sur la langue et les langues dans un discours libéré de ses prétentions scientifiques. Ce parcours se fait d'abord à l'échelle d'un pamphlet précoce contre l'espéranto, puis au niveau de l'oeuvre entière, montrant qu'il relève chez Cingria d'une conception esthétique du monde perçu comme cosmos. L'imaginaire des langues repose enfin sur les mêmes principes que sa stratégie argumentative : au nom du naturel, la monstration prime sur la démonstration et l'évidence sur l'administration des preuves, aboutissant ainsi à des textes dont l'obscurité résulte paradoxalement d'une volonté de les rendre plus tangibles et incarnés.

  • Titre traduit

    Charles-Albert Cingria's imaginary of languages : an apporach in poetics, politics and rhetoric


  • Résumé

    Charles-Albert Cingria (1883-1954), a Swiss francophone writer, was a long-time columnist for La NRF. He wrote and lived in Paris as well as in his native Switzerland, but has been little studied in France. As a traveller and polyglot, he makes the observation of languages central to a constellation of poetic, aesthetic, and rhetorical considerations in his distinctive, unclassifiable work. In the political context of the beginning of the 20th century, studied here from the history of ideas’ perspective, his ideas about languages set him in the Anti-Enlightenment tradition. His labyrinthine work has never before been studied as a whole, perhaps because it refuses ordinary categorizations. On the level of genre, theme, and form, as well as on an ideological level, Cingria’s work thwarts conventional understanding, while letting the reader feel the echoes and resonances that fill the text. The author chooses to consider this work as coherent, and opts to view Cingria’s work through the lens of a main theme: its representations of language and languages within a discourse freed from scientific pretensions. This journey through Cingria’s thought begins with examining his early diatribe against Esperanto, then moves to a broader discussion of his work, showing that his representation of languages concerns above all an aesthetic conception of the world perceived as cosmos. The imaginary of languages ultimately rests on the same principles as his argumentative strategy: in the name of nature and the natural, obviousness takes precedence over demonstrating. These principles give rise to texts whose obscurity results, paradoxically, from the desire to make them more embodied and more concrete.