Multilinguisme et pouvoir dans le cinéma français contemporain

par Gemma King

Thèse de doctorat en Etudes cinématographiques et audiovisuelles

Thèses en préparation à Paris 3 en cotutelle avec l'University of Melbourne , dans le cadre de École doctorale Arts & médias (2009-2015 ; Paris) , en partenariat avec IRCAV - Institut de Recherche sur le Cinéma et l'Audiovisuel, Equipe de recherche (equipe de recherche) depuis le 06-12-2012 .


  • Résumé

    Le dialogue en langues autres que le français a figuré dans un petit nombre de films depuis la naissance du cinéma français. Cependant, l’usage de langues multiples pour (re)négocier les rapports de pouvoir devient un élément thématique et narratif important dans le cinéma contemporain. Dans ces films, la représentation du statut d’une gamme de langues autres que le français est en train d’évoluer. A travers l’apprentissage de la langue et le code-switching stratégique, les personnages obtiennent et exercent le pouvoir de manières novatrices. En exploitant leur connaissance d’une variété de langues, des linguas francas comme l’anglais, à des langues d’immigration, souvent socio-politiquement marginalisées, comme l’arabe ou le kurde, les personnages multilingues de ces films présentent une contre-perspective aux idéologies dominatrices du rôle et du statut de la langue française. Cette thèse examine le rôle du pouvoir social et son rapport avec la langue, tel qu’il est représenté dans les films multilingues français contemporains, en se focalisant en particulier sur quatre études de cas représentatives : Polisse (Maïwenn 2011), Un prophète (Jacques Audiard 2009), Welcome (Philippe Lioret 2009) et London River (Rachid Bouchareb 2009). Ces films sont analysés selon la perspective du multiculturalisme polycentrique, théorie développée par Ella Shohat et Robert Stam. Cette théorie propose « de disperser le pouvoir, de valoriser les dévalorisés, de transformer les institutions et discours subordonnants ». En considérant ces films comme l’illustration d’une tendance plus générale dans le cinéma français, cette thèse montre que les films français multilingues contemporains commencent à remettre en cause les politiques linguistiques qui placent, dans le cadre national, la langue française en position unique de « langue de pouvoir » et à introduire une nouvelle vision des rapports de pouvoir linguistiques, ce qui met en avant la valeur de langues étrangères (même les plus marginalisées historiquement), dans le contexte du cinéma français contemporain.

  • Titre traduit

    Multilingualism and Power in Contemporary French Cinema


  • Résumé

    Dialogue in languages other than French has appeared in a select number of films throughout the history of French cinema. Yet not only is multilingual dialogue vastly more present in twenty-first-century French film, but the use of multiple languages to (re)negotiate power dynamics is a striking narrative and thematic concern in contemporary French cinema. In multilingual film, the depiction of the status of a wide range of languages other than French is evolving from trivialised to deeply complex; through language learning and strategic code-switching, the characters of these films wrest power from one another and wield it in innovative ways. Exploiting their knowledge of a wide range of languages, from rival lingua francas like English to traditionally migrant or socio-politically marginalised languages such as Arabic or Kurdish, multilingual characters in these films offer a counter-perspective to dominating ideologies of the role and status of the French language. This thesis adopts a transnationalist approach to understandings of social power and language, analysing multilingual film through the framework of Ella Shohat and Robert Stam’s theory of polycentric multiculturalism, which “is about dispersing power, about empowering the disempowered, about transforming subordinating institutions and discourses” (Shohat and Stam 1994: 48). Unpacking the power dynamics at play in the multilingual film dialogue of four emblematic case studies (Polisse [Maïwenn 2011], Un prophète [Jacques Audiard 2009], Welcome [Philippe Lioret 2009] and London River [Rachid Bouchareb 2009]), the thesis posits that contemporary French multilingual films, henceforward referred to as CFMFs, represent a move towards revising the representation of language in French cinema, foregrounding the potential of languages other than French (even the maligned or historically disenfranchised) to empower their speakers and to transcend the traditional integrationist paradigm.