Les tragi-comédies de Georges de Scudéry, un théâtre donné à voir : l’œil entre le monde, le spectacle et la peinture.

par Pierre-Louis Rosenfeld

Thèse de doctorat en Etudes théâtrales

Sous la direction de Gilles Declercq.

Thèses en préparation à Paris 3 , dans le cadre de École doctorale Arts et médias (Paris) , en partenariat avec Institut de recherches en études théâtrales (Paris) (laboratoire) depuis le 01-10-2012 .


  • Résumé

    Une des composantes du théâtre est ce que, dans la Poétique, Aristote nomme opsis : le spectacle, le donné à voir. Dans le premier XVIIe siècle, un genre et un auteur permettent d’illustrer cette composante. Sous le règne de Louis XIII et le gouvernement de Richelieu, la tragi-comédie est à la mode et se caractérise par sa dimension spectaculaire. Parmi les auteurs qui pratiquent ce genre et défendent sa spécificité, Georges de Scudéry en est un des plus prolifiques et de plus s’intéresse de près à la peinture, art de la vision par excellence. Notre étude porte sur la construction du regard spectatorial dans les tragi-comédies de Georges de Scudéry. Quatre aspects sont examinés : le rapport qui existe entre les tragi-comédies et l’actualité à travers un imaginaire commun, les ressorts du spectaculaire tels qu’énoncés par les théoriciens et les auteurs dramatiques des années 1630, la manière dont Scudéry donne à voir ses pièces, enfin trois traits de sa dramaturgie (le suspense visuel, la circulation des regards, la référence à la peinture). Le prologue examine une scène fondatrice du règne de Louis XIII, le « coup de majesté » d’avril 1617 qui amena le roi effectivement au pouvoir. Cette scène fut d’abord répétée, puis dansée devant la cour, enfin exécutée pour de bon avec la mort des époux Concini. Mais ce n’était pas fini, le théâtre s’en empara et continua de la jouer. La première partie s’intéresse aux événements emblématiques du règne de Louis XIII et du gouvernement de Richelieu, et analyse les reflets qu’il ont pu laisser dans la production dramatique de l’époque, notamment dans les tragi-comédies. La deuxième partie établit un inventaire des différentes formes de spectacle qui avaient cours à cette période et les commentaires qu’elles ont suscités. La troisième partie analyse la dimension spectaculaire des tragi-comédies de Scudéry, d’abord à partir des didascalies, puis selon quatre critères (le sujet de la pièce et sa référence au monde, le dispositif visuel mis en place, les initiatives visuelles qui émanent du spectacle, l’expérience du risque à laquelle rend sensible le spectacle), enfin à travers les frontispices des éditions. La quatrième partie examine dans le donné à voir ce qui est non plus lié à la surprise, mais à l’approfondissement de la vision sous trois aspects : la mécanique visuelle du suspense, la circulation du regard et ses fonctions (admirer, exercer le pouvoir, connaître), les références à l’univers de la peinture et l’usage de techniques picturales (portrait, paysage).

  • Titre traduit

    The tragi-comédies of Georges de Scudéry, a theater to see : the eye between the world, the show and the painting


  • Résumé

    One of the components of the theater is what Aristotle calls opsis in Poetics : the spectacle, the donné à voir. In the first seventeenth century, a genre and an author illustrate this component. Under the reign of Louis XIII and the government of Richelieu, tragi-comedy is fashionable and characterized by its spectacular size. Among the authors who practice this genre and defend its specificity, Georges de Scudéry is one of the most prolific and more closely interested in painting, the art of vision par excellence. Our study focuses on the construction of the spectatorial gaze in the tragi-comédies of Georges de Scudéry. Four aspects are examined : the relationship between tragi-comedies and current affairs through a common imaginary, the driving forces of the spectacular as stated by the theoreticians and dramatic authors of the 1630s, the way Scudéry gives his plays to see and finally three traits of his dramaturgy (visual suspense, circulation of looks, reference to painting). The prologue examines a founding scene of the reign of Louis XIII, the "coup de majesté" of April 1617 that brought effectively the king to power. This scene was first rehearsed, then danced before the court, finally performed for real with the death of the Concini couple. But it was not over, the theater took it and continued to play it. The first part deals with the emblematic events of the reign of Louis XIII and the government of Richelieu, and analyzes the reflections that he could have left in the dramatic production of the time, especially in tragi-comedies. The second part establishes an inventory of the various forms of entertainment that were current during this period and the comments they generated. The third part analyzes the spectacular dimension of Scudery's tragi-comedies, first from the didascalies, then according to four criteria (the subject of the play and its reference to the world, the visual apparatus put in place, the visual initiatives that emanate from the show, the experience of the risk to which the show is sensitive), finally through the frontispieces of the editions. The fourth part examines in the donné à voir what is no longer related to surprise, but to the deepening of the vision in three aspects : the visual mechanics of suspense, the circulation of the gaze and its functions (admiration, power exercising, knowing), references to the world of painting and to the use of pictorial techniques (portrait, landscape). Keywords