« Sublime matérialisme » : Emmanuel Levinas et l’héritage de Karl Marx

par Lucie Doublet

Projet de thèse en Philosophie

Sous la direction de Catherine Chalier.

Thèses en préparation à Paris 10 , dans le cadre de École doctorale Connaissance, langage et modélisation (Nanterre) , en partenariat avec Institut de recherches philosophiques (Nanterre). Université Paris Nanterre (laboratoire) depuis le 30-11-2012 .


  • Résumé

    Rares sont les références explicites à Marx ou au communisme sous la plume de Levinas, du moins dans ses œuvres principales. Etonnamment rares, si l’on considère leur contexte de rédaction. Les sciences humaines de la seconde moitié du XXème siècle sont occupées par la discussion du paradigme marxiste. Levinas subit de plein fouet les vicissitudes de l’histoire. A Kharkov, il assiste à la révolution russe de 1917. La catastrophe de la Shoah, dans laquelle disparait une grande partie de sa famille, marque à jamais sa mémoire. Toute sa démarche philosophique est orientée par la nécessité d’une nouvelle pensée de la communauté humaine assumant les leçons du XXème siècle. A rebours des lectures qui relèguent la question politique au rang de dimension subsidiaire dans l’œuvre levinassienne, nous faisons alors l’hypothèse de sa centralité. Ce sont les enjeux collectifs qui accusent l’insuffisance et imposent la reconsidération de l’approche humaniste du sujet et de l’éthique menée par Levinas. De ce point de vue, le projet de justice et d’universalisme porté par la tradition socialiste, notamment par Marx, constitue bien pour sa réflexion un objet central. A la fois sources d’inspiration, et révélatrices des limites d’une pensée strictement politique de la communauté, qui prétend faire l’économie de la transcendance, les propositions de Marx travaillent en sous-main les conceptions levinassiennes de l’individu, du pluralisme, de la justice ou encore de l’Etat. Nous avons voulu reconstituer ce dialogue implicite de Levinas avec Marx. Explorant la portée sociale et politique des motifs levinassiens, il s’avère que ces derniers recèlent une fécondité inattendue. La considération de l’ « anarchie du Bien », de la « patience » et de ce que Levinas nomme l’ « Etat libéral » permettent d’aborder de manière originale les questions de la justice, de la lutte sociale et des institutions politiques, faisant émerger des propositions ignorées tant par la tradition libérale que par celle du socialisme, dans ses versions marxienne et anarchiste.

  • Titre traduit

    “Sublime materialism” : Emmanuel Levinas and the heritage of Karl Marx


  • Résumé

    Explicit references to Marx or to communism are rare in Levinas’ writing, especially in his major works. This is astonishing, considering the context in which he was writing. In the second half of the 20th century, human sciences were particularly influenced by the debate of Marxist paradigms. Levinas was truly impacted by the context of his era. He was a witness of the Russian revolution at Kharkov in 1917. Many members of his family were victims of the Shoah. This tragedy profoundly impacted him. His philosophical approach is lead by the necessity of re-thinking the « human community », whilst bearing in mind the lessons that the 20th century has left behind. Several critics have considered Levinas’ work to be “apolitical”, or have at least argued that the political undertones of his work are to be taken in consideration as a secondary factor. This thesis has, in contrary, focused upon and sustained the centrality of Levinas’ politically motivated thought. Communal and societal dilemmas are at the heart of Levinas’ ethical approach. The traditional socialist stance towards justice and universalism, in the line of Marx, constitutes a central focus of his reflexion. The suggestions made by Marx underpin Levinas’ conceptions of the individual, of pluralism, of justice and of the State. On one hand, they are a source of inspiration for Levinas, on the other, a source of critic. The thesis has aimed to reconstitute the intellectual dialogue that Levinas carried out with Marx between the lines. Whilst exploring the social and political leitmotivs of Levinas’ thought, the interminglement with Marx has been illuminating and innovative. It has enabled an original approach to questions revolving around justice, social struggle and political institutions. Considering the levinassian “Anarchy of Good”, the “Patience” and what Levinas calls the “Liberal state”, previously ignored positions emerge, which have been left on the side by the liberal tradition and by socialist thoughts both in Marxian and anarchist terms.