Mémoire de travail et contrôle cognitif chez des enfants sourds profonds munis d'un implant cochléaire

par Stéphanie Pouyat-Houée

Projet de thèse en Psychologie

Sous la direction de Annick Weil-Barais.

Thèses en préparation à Angers , dans le cadre de École doctorale Cognition, éducation, interactions (CEI) (Nantes) depuis le 18-10-2011 .


  • Résumé

    L’enjeu de la thèse projetée est de mieux comprendre la variabilité interindividuelle dans les capacités mnésiques des enfants sourds implantés et l’incidence de l’implant sur l’acquisition du langage écrit dans le but de concevoir des outils pédagogiques adaptés à cette population. Les données disponibles actuellement attestent des difficultés d’accès à l’écrit des enfants sourds [le rapport ministériel de Gillot (1998) fait état d’un taux d'illettrisme important en France (80%) chez les personnes sourdes profondes signantes avec seulement 5% d’entre elles qui accèdent à l’enseignement supérieur] et de l’hétérogénéité des niveaux de réussite scolaire des enfants sourds (Marschark, 2007). Bien qu’on manque encore d’assez de recul, contrairement aux attentes, les développements technologiques ne semblent pas avoir amélioré le handicap communicationnel qui constitue le trait majeur de la surdité profonde. D’une part, l’usage des technologies de la communication nécessite l’usage de l’écrit (SMS, internet, réseaux sociaux, …) qui rappelons-le est un système de codage de la langue orale de type alphabétique, les sons étant représentés par des lettres. D’autre part, l’usage d’implants cochléaires (IC: dispositif électro-acoustique ayant pour but de restituer une fonction auditive à ceux qui en sont privés, inséré dans la rampe tympanique de la cochlée) pour restituer une fonction auditive, ne permet pas d’accéder instantanément au langage oral. En effet, le flux sonore apporté par l’implant, s’il est déterminant, est moins riche que le flux sonore naturel et, plus spécifiquement, il ne restaure pas l’intelligibilité de la parole d’autrui de façon complète. Les distinctions liées au voisement et au lieu d’articulation sont imparfaites. La pose d’un implant implique donc un accompagnement qui aide à l’intégration des modalités sonores et visuelles de la parole et ne dispense pas forcément d’utiliser des procédés d’enrichissement du message visuel pour faciliter les redondances entre informations auditives et visuelles : par exemple, d’utiliser la LPC (Leybaert et Colin, 2007). Du fait du lien entre l’environnement linguistique précoce et le développement cognitif, l’accès aux apprentissages des enfants sourds profonds s’avère problématique. Si de nombreux travaux ont été réalisés sur le développement langagier de l’enfant sourd, plus rares sont ceux portant sur le développement de la mémoire, en particulier la nature des représentations utilisées pour mémoriser une information chez les enfants sourds avec IC. Compte-tenu du développement particulier du langage oral chez l’enfant sourd (retard plus ou moins important), ou de l’accès particulier au langage oral chez l’enfant muni d’un implant cochléaire, il est pertinent de se demander quel type d’information l’enfant sourd utilise pour mémoriser une information verbale ou visuo-spatiale. Dans le contexte d’une approche multimodale (LSF, LPC et accès à l’information auditive), on peut s’interroger sur la nature des représentations utilisées (ou encodage) pour mémoriser les informations verbales. Nous ne savons pas encore si après un manque auditif et langagier de durée variable, l’IC modifie la nature des codages effectués pour mémoriser des informations. Un certain nombre de travaux laissent entendre que les enfants sourds utiliseraient un encodage visuo-spatial dans des situations où les enfants entendants utilisent un encodage auditivo-verbal. Les enfants munis d’un IC utilisent-ils eux-aussi cet encodage visuo-spatial, ou bien l’accès au langage oral vient-il modifier la nature de cet encodage ? Dans la continuité des travaux antérieurs, l’objectif est d’approfondir les caractéristiques et le fonctionnement de la mémoire des enfants sourds, en lien avec les processus de contrôle et la maîtrise de l'écrit.


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