Les matérialités discursives du sexe. La construction et la déstabilisation des évidences du genre dans les discours sur les sexes atypiques.

par Noemie Marignier

Thèse de doctorat en Sciences du langage

Sous la direction de Marie-Anne Paveau et de Luca Greco.

Thèses en préparation à Sorbonne Paris Cité , dans le cadre de École doctorale Érasme (Villetaneuse, Seine-Saint-Denis) , en partenariat avec Université Paris 13 (établissement de préparation) depuis le 08-10-2012 .


  • Résumé

    Ce projet de thèse en Sciences du Langage entend s'intéresser aux discours qui concernent le corps des intersexes. Il s’agit de se pencher sur les discours de la construction corporelle et identitaire chez les personnes intersexes dans la mesure où leurs sexes peuvent difficilement correspondre aux catégories du sexe binaire. Si l’on considère que le sexe et le genre sont construits discursivement selon un processus de différenciation sexuelle, il semble alors pertinent de s’attacher aux formations discursives qui entourent ces corps non-normés. En prenant pour appui un corpus hétérogène d’articles et d’ouvrages médicaux, de prises de parole médiatiques et informelles de personnes intersexes, il sera question d’analyser les processus discursifs qui permettent de produire une identité sexuée. Plus largement il s’agira de dégager une matrice discursive de la construction normée des genres qui passe par un dispositif d’essentialisation de la différence sexuelle. L’objectif de cette thèse est donc d’identifier les structures discursives qui servent à construire des identités sexuées binaires et à naturaliser la différence des genres. Je m’intéresserai aux discours médicaux pour montrer comment ils se situent face aux variations sexuelles et quelles sont les idéologies qui les sous-tendent ; cela me permettra de montrer en quoi ils reflètent et ils produisent une vision dichotomique des sexes. Il s’agira également de montrer comment les intersexes se situent face aux discours qui essentialisent et binarisent les sexes et éventuellement comment ils les déjouent. Il me semble en effet que la construction du genre chez les intersexes est rendue difficile par les stéréotypes sexuels, et qu’étudier les discours qu’ils.elles produisent sur leur(s) identité(s) peut servir à dégager en creux les processus langagiers qui stabilisent la division des sexes.


  • Résumé

    This thesis discusses how discourses on variations of sex development (intersexuality) could sometimes produce and maintain a difference between the sexes and sometimes destabilize it. Elaborated within the field of discourse analysis, this thesis unfolds along a twofold theoretical approach. First, I seek to establish a dialogue between French Discourse Analysis and Gender Studies, to discuss the concepts of ideology, discursive formations and preconstruct. Secondly, addressing issues of the practices of categorisation and of construction of gender identities, this dissertation falls within the field of the Gender & Language Studies. My analysis especially focuses on how speakers use semantic, lexical, enunciative and pragmatic resources in order to produce the meaning of sex. It led me to analyze how they create gender identities but also how they produce, spread and contest the ideologies of gender, by both naturalizing and denaturalizing the sex difference. These analyses are based on a collection of medical discourses (publications, children’s medical files), a collection of on-line activist discourses (from forums and associations websites), and a collection of pornographic discourse involving atypical sexes. Carrying qualitative analysis, the dissertation shows that the meanings of sex are unceasingly done and undone through discourses: they are produced by heteronormativity, they are affirmed or subverted by subjective positions, and they are reconfigured in the discourses of desire.