Ironie et communication littéraire, à partir des fictions d’André Gide

par François Bompaire

Thèse de doctorat en Littérature française

Sous la direction de Alexandre Didier.

Thèses en préparation à Sorbonne université , dans le cadre de École doctorale Littératures françaises et comparée (Paris) , en partenariat avec CELLF 16e-18e, Laboratoire, 191065560 (laboratoire) depuis le 12-07-2011 .


  • Résumé

    Face à l’incohérence apparente de la notion d’ironie, cette thèse vise, non à valoriser l’impossibilité de la définir et le protéisme de la notion, mais à construire une définition sur des principes alternatifs : attention aux traits communs plutôt qu’aux variations, aux processus longs qu’à la succession des significations, définition de l’ironie comme acte communicationnel plutôt que comme mécanique formelle. L’ironie, à partir du monde grec, est tenue pour un acte de communication, non réductible à la linguistique pragmatique : comment contrôler la socialisation en contexte dangereux, en se tenant au plus près de l’ennemi ? La résolution de ce problème dans l’échange passe par l’invention de formes, dont certaines, antiphrase en tête, s’autonomisent et deviennent des formes fixes, parmi d’autres, de l’ironie. Je m’efforce ensuite de suivre la façon dont se maintient cette définition non formelle en étant attentif, jusqu’au romantisme d’Iéna, à l’analyse de la communication à l’oeuvre dans les réflexions sur l’ironie. L’oeuvre fictionnelle d’André Gide, déployant une grande variété de formes d’ironie et habitée par le secret, biographique et sexuel, est relue comme remettant en jeu ce contrôle de la socialisation dangereuse et comme déployant, derrière la notion de collaboration, une réflexion sur la communication littéraire. D’autre part, l’oeuvre d’André Gide est ressaisie dans la perspective d’une histoire de l’ironie au dix-neuvième siècle. L’antiphrase n’est alors pas centrale : à la figure de Voltaire s’attache l’idée de raillerie de l’idéal, qui constitue un poids sémantique déterminant l’adaptation des différentes traditions ironiques au cadre français.

  • Titre traduit

    Irony and litterary communication, in André Gide’s fictional works


  • Résumé

    Faced with the apparent inconsistency of the notion of irony, this PhD does not suggest to enhance the impossibility of defining the notion or its proteism, but to build a definition on alternative principles: the focus on common features instead of variations, on long term processes instead of the succession of meanings and the definition of irony as an act of communication rather than as a formal mechanic. Irony, ever since the Greek world, appears as an act of communication which cannot be reduced to pragmatic linguistics: how to control socialisation in a dangerous context, in staying as close to the enemy as possible? Solving this problem by exchanging supposes the invention of forms, some of which – first and foremost the antiphrasis – get autonomous and are fixed forms – but among others – of the irony. I then strive to follow the way in with this non formal definition is maintained by paying attention – until Jena romanticism – to the analysis of the communication at work in the reflexions on irony. André Gide’s fictional work displaying a great variety of forms of irony and being imbued with secret, both biographical and sexual, is read as questioning this control of dangerous socialisation and as laying out, beneath the notion of collaboration, a reflexion on literary communication. On the other hand André Gide’s work is reinterpreted in the perspective of a history of irony in the nineteenth century. The antiphrasis is the centre of perception of irony: to the figure of Voltaire is attached to the idea of taunting the ideal, which constitutes a semantic weight conditioning the adaptation of different ironic traditions to the French framework.