Rousseau et la connaissance de l'amour – une interprétation philosophique de Julie ou la nouvelle Héloïse

par Alicia Hostein

Projet de thèse en Philosophie

Sous la direction de Ruedi Imbach et de Martin Rueff.

Thèses en préparation à Paris 4 en cotutelle avec l'Université de Genève , dans le cadre de École doctorale Concepts et langages (Paris) depuis le 12-07-2012 .


  • Résumé

    Roman épistolaire célébré par son siècle, Julie ou La Nouvelle Héloïse (1762) offre une réflexion d’une criante actualité. Par le déploiement d’une érotique placée sous l’égide de la connaissance, Rousseau voit dans l’amour le couronnement de sa réflexion politique et morale, articulée autour de la question des rapports, conformément à l’ouvrage fondamental mais non premier du système, à savoir l’Emile. Il y va en effet, dans La Nouvelle Héloïse, de la confrontation brutale de l’amour à des circonstances mondaines qui le contrarient sans pouvoir l’éteindre. Au sein de cette lutte, Julie cristallise le combat mené par la vertu au nom d’une passion qui, bien que conforme à la nature, ne peut se maintenir dans le monde sans impliquer indéfectiblement sa propre contrariété. Il s’agit alors tout autant de la mise en lumière des difficultés propres au système, que du jaillissement d’une érotique complexe au sein de laquelle le langage, vecteur de la temporalité à l’œuvre dans l’amour, devient la forme par laquelle le sentiment s’actualise tout au long d’une véritable phénoménologie morale, admirablement composée, qui suit les amants de la naissance de leurs feux à la mort de l’héroïne. En se présentant comme simple éditeur des lettres qu’il a rédigées depuis le pays de ses chimères, celui que Kant désignait comme le Newton du monde moral déplace la question de l’authenticité de la correspondance et permet ainsi à la passion amoureuse d’accéder pleinement à l’universalité vers laquelle elle ouvre, tout en révélant la conquête de l’identité qu’elle opère, au sein de la contradiction déchirante entre intérêt particulier et intérêt collectif.

  • Titre traduit

    Rousseau and the knowledge of love – a philosophical interpretation of Julie ou la nouvelle Héloïse


  • Résumé

    An epistolary novel celebrated during its century, Julie, or the New Heloise (1762) offers a resoundingly topical reflection. By using erotica under the aegis of knowledge, Rousseau sees in love the peak of his political and moral reflection, articulated around the question of interactions, conforming to the fundamental albeit not the first piece of his system, i.e. Emile. In The New Heloise, there is a brutal confrontation between love and social circumstances that contradict the former without being able to extinguish it. In the core of this confrontation, Julie crystallises the fight brought by virtue of a passion that, albeit in conformity with nature, cannot remain in the world without unfailingly resulting in its own contradiction. The inherent difficulties in the system are thus touched upon as much the emergence of a complex erotica at the core of which language, vector of the temporality that operates within love, becomes the form by which feeling is actualised throughout an admirably composed moral phenomenology which follows the lovers from the birth of their passion to the death of the heroine. By presenting himself simply as the editor of the letters that he wrote from the depths of his fantasies, the one who Kant designated as the Newton of the moral world changes the question of the correspondence’s authenticity, and thus allows romantic passion to fully reach the universality towards which it opens, all while revealing the conquest for identity that it enables, in the heart of the harrowing contradiction between individual and collective interest.