L’invention littéraire de l’inconscient dans le récit de fiction (contes, nouvelles, romans) entre 1850 et 1895

par Romain Enriquez

Projet de thèse en Littératures française et francophone

Sous la direction de Bertrand Marchal.

Thèses en préparation à Paris 4 , dans le cadre de École doctorale Littératures françaises et comparée (Paris) depuis le 18-07-2012 .


  • Résumé

    À l’encontre des études qui plaquent des concepts psychanalytiques sur des pré-textes, c’est-à-dire des textes transformés en matériaux d’analyse, nous nous proposons de suivre la trajectoire du récit de fiction (romans, contes, nouvelles...) dans l’invention de la notion d’inconscient. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, l’inconscient fait une apparition décisive sous le masque des mots (« profondeur », « automate », « à son insu », « idée fixe »...), des sujets (le rêve, l’hypnose, l’hystérie…), des personnages (en proie à des troubles de la personnalité, de la volonté, de la mémoire) et de la voix narrative qui les énonce. Le verrou que l’histoire littéraire impose aux écrivains, regroupés en courants qui s’incarneraient dans des manifestes, cède sous la poussée d’une notion ou d’une intuition d’autant plus difficile à saisir qu’elle est protéiforme. Tous s’interrogent sur les abîmes de la création artistique, le langage involontaire du corps, la dualité du « moi », apportant une pierre sans savoir pour quel monument. De Flaubert à Zola en passant par Huysmans, Barbey d’Aurevilly, les Goncourt, Bourget, Maupassant, Dujardin et bien d’autres, nous cherchons comment le récit de fiction dialogue avec les savoirs (psycho-physiologie, médecine, philosophie, biologie…) mais constitue aussi son arsenal symbolique, son dispositif herméneutique, devenant ainsi un acteur épistémologique à part entière. À rebours de discours prétendant à l’objectivité scientifique, la littérature s’implique avec le lecteur dans l’écriture de l’inconscient – qu’elle découvre moins qu’elle ne l’invente, qu’elle décrit moins qu’elle ne le construit, avec une liberté qui ne va pas sans ambiguïtés.

  • Titre traduit

    The literary invention of unconscious in fiction (tales, short stories, novels) from 1850 to 1895


  • Résumé

    Unlike a set of studies which tack psychoanalytical concepts onto pre-texts, i.e .texts transformed into material for analysis, we study the specific contribution of fiction (novels, tales, short stories, narrative forms…) to the invention of the concept of unconscious. In the second half of the 19th century, the unconscious makes a crucial appearance behind the mask of words (“depth”, “automatic”, “without knowledge”, “obsession”…), topics (dreams, hypnosis, hysteria…), characters (facing personality, behavior or memory disorders…) and narrative voices. Literary history has always gathered writers in “literary movements” embodied in “manifestos”; yet this categorisation collapses under the pressure of this notion or intuition, more difficult to grasp as it proves to be protean. All of them wonder about the depths of artistic creation, the unintended language of the body, the duality or little reality of “ego”; all of them throw a stone without knowing the monument at which they are aiming. From Flaubert to Zola and Huysmans, Barbey d’Aurevilly, Goncourt, Bourget, Maupassant, Dujardin – just to name a few –, we investigate how fiction dialogues with various knowledges (psychophysiology, medicine, philosophy, biology…) and, along with science, how fiction may develop its symbolic arsenal, its hermeneutic register and becomes an epistemological player in its own right. Again, we investigate how literature, in opposition to the speeches skillful with scientific neutrality, operates freely, but not free of ambiguities. Indeed, it involves with reader in the writing of an unconscious not so much described but rather constructed, not so much discovered but rather invented.