Politique de gestion des inondations et (re)productions d'inégalités socio-spatiales dans la plaine de la Koshii : téraï oriental népalais et Bihar septentrional

par Marie-Amélie Candau

Projet de thèse en Géographie humaine, économique et régionale


Sous la direction de Frédéric Landy et de Olivia Aubriot.


  • Résumé

    Les inondations ont toujours représenté un défi aux sociétés humaines qui s’y sont plus ou moins bien adaptées. Le piémont méridional himalayen est certainement le lieu du défi le plus important posé à l’homme en raison de la puissance et l’irrégularité des débits, de la force de cette eau chargée de sédiments, de l’imprévisibilité des variations du fait de pluies de mousson erratiques, de l’instabilité des cours d’eau due à la rupture brutale de pente et de gradient hydraulique lorsque les rivières atteignent la plaine gangétique, mais aussi de la forte densité de population (plus de 500 hab./km²). L’aménagement de ces rivières, longtemps délaissé en raison de ces facteurs, est devenu l’obsession des états modernes de l’Inde et du Népal qui développent cette plaine, respectivement dans le Nord-Bihar et au Téraï, au potentiel socio-économique important, voire fondamental pour le Népal. Cet aménagement a pour but de maintenir les flux capricieux entre des digues, de répartir l’eau dans des canaux à l’aide de barrages d’écrêtage. Cependant, les résultats escomptés ne sont pas au rendez-vous. Les inondations se sont multipliées, devenant plus fréquentes et souvent plus longues à se résorber ; les superficies exposées se sont étendues, et surtout les causes se sont diversifiées, démontrant très clairement l’inadaptation des aménagements au but recherché. Cette inadaptation a pour conséquence des accidents de plus en plus nombreux, fréquents et destructeurs, à l’image de la spectaculaire catastrophe de 2008, encore vive dans les mémoires dix ans plus tard. L’analyse sur le terrain, sur 6 sites localisés entre les digues comme à proximité d’affluents de la puissante Koshi, confirment très largement ce constat, alourdi par l’étude de villages népalais et indiens dévastés en 2008. Les conséquences humaines sont dramatiques. La paupérisation des classes populaires est impressionnante, avec une augmentation incontrôlable du nombre de familles sans terre, vivant dans de terribles conditions de dénuement, sans soins, sans école, tandis qu’à côté la puissance des classes aisées ne cesse de croître. L’étude des circuits de décision et de distribution fait apparaître une organisation sociale à fondement « semi-féodal », où les héritiers des anciens zamindars sont restés de puissants propriétaires terriens qui orientent le choix des aménagements afin de protéger leurs terres, aux dépens des plus pauvres. Ainsi s’établit un mécanisme de passe-droit et de détournement des richesses, avec l’aide d’un pouvoir politique largement corrompu et clientéliste, qui atteint tous les centres de décision, de l’élu à l’ingénieur, de l’entrepreneur à l’ONG, et qui est désormais gangréné par les réseaux mafieux. La déliquescence du pouvoir central ou régional est tellement évidente que l’insécurité gagne l’ensemble du territoire, s’ajoutant à la vulnérabilité forte face au risque d’inondation qui stérilise de plus en plus de surfaces agricoles et menace des populations de plus en plus nombreuses.

  • Titre traduit

    The politics of flood management in the Koshi River basin and the resulting socio-spacial inequalities


  • Résumé

    Floods have always been a challenge to human societies whether they are well adapted to them or not. The southern Himalayan foothills are certainly the greatest challenge to humans due to a combination of factors such as the force and irregularities of flows, the strength of this sediment-laden water, the unpredictability of variations due to erratic monsoon rains, the instability of the riverpath due to the sudden rupture of slope and the high hydraulic gradient of the rivers when entering the gangetic plain, and also the relatively high density of the population (over 500 inhabitants/km²).The planning development of these rivers, long neglected due to the unique combination of these factors, has become the obsession of the modern nations of India and Nepal which develop this plain, respectively in North Bihar and Tarai, with significant socio-economic potential, even fundamental for Nepal. The aim of such development is to keep the capricious flows of these rivers within dikes and to divert water into irrigation canals with the help of a barrage. However, the expected results are not at the rendezvous. Flooding in recent times has increased in both frequency and duration; the areas exposed have expanded, and above all the causes have diversified, which clearly indicates the failure of current management strategies. Consequently, the loss of life and property has continued to increase, culminating in the 2008 catastrophe which resulted in over thirty thousand deaths and massive damage to property and livestock. The fieldwork confirms this observation very largely. It focuses on six villages located between dikes, or close to tributaries of the Koshi river, or along the devastating Koshi path of 2008 both in Nepal and India. The human consequences have been dramatic. The impoverishment of much of the working class, mostly peasant population, is impressive, with an uncontrollable increase in the number of landless families living in terrible conditions of destitution, without care, without schools while at the same time the power of the wealthy classes have continued to thrive. The study of the decision-making and distribution circuits reveals a semi-feudal social system, controlled by the heirs of the former "zamindars" who have remained powerful landowners and influence all management decisions to protect their property, often at the expense of the poor. Thus, a mechanism of privilege and misappropriation of wealth is established, with the help of a largely corrupt and clientelist political power of all levels of decision making, from the elected representative to the engineer, from the entrepreneur to the NGO, and in which mafia networks are now involved. The decline of central or regional power is so obvious that insecurity is spreading throughout the region, in addition to the high vulnerability in the face of serious floods that are destroying and sterilizing more and more agricultural lands, and thus threatening more and more people.