Les bâtisseurs de ruines. Pouvoir, architecture et temporalités à l'aube de la révolution néolithique

par Rémi Hadad

Projet de thèse en Anthropologie / Archéologie

Sous la direction de Catherine Perlès.

Thèses en préparation à Paris 10 , dans le cadre de Ecole doctorale Milieux, cultures et sociétés du passé et du présent (Nanterre) depuis le 28-09-2011 .


  • Résumé

    Cette recherche doctorale consiste en une étude anthropologique d’un phénomène architectural. Elle questionne le problème depuis longtemps débattu de l’inégalité sociale au début du Néolithique à partir de l’analyse de l’émergence et la disparition au Proche-Orient d’une architecture étonnamment massive pour une période aussi précoce. Au cours de ce vieux Néolithique, dit « précéramique », l’investissement architectural dont témoignent des sites tels que Jéricho (Palestine), Çatalhöyük ou Göbekli Tepe (Turquie) sonne comme un cinglant démenti aux prédictions traditionnelles de l’évolution sociale (et de ses prémisses encore vivaces : du simple au complexe, de l’égalitaire au stratifié). Toutefois, si le lien entre monumentalisme et hiérarchisation sociale est l’un des topoï archéologiques les plus fameux, il n’est certainement pas le moins problématique. Cette thèse entend dépasser les limites de cette simple association en se concentrant sur les pratiques architecturales plutôt que sur le parallèle supposé entre forme bâtie et organisation socio-politique. L’enjeu consiste à montrer comment ces bâtiments actualisent et médiatisent de façon très concrète les forces sociales et leur transformation aux différentes étapes de leur biographie : à travers les conditions concrètes de leur construction, transformation et usage, et la manière dont ils sont rituellement détruits, parfois reconstruits, ou leurs ruines intentionnellement préservées. En analysant ainsi les modalités pratiques du politique dans les sociétés du début du Néolithique, ce travail entend s’inscrire dans une critique plus large des grands récits modernistes sur « l’origine » des inégalités sociales. Plutôt que de questionner le statut inégalitaire ou égalitaire d'une société préhistorique, il s'agit de s'intéresser aux manières dont les rapports de pouvoir et de résistance sont continuellement renégociées travers la matérialité et la temporalité de l’espace bâti.

  • Titre traduit

    Those Who Build Ruins : power, architecture and temporalities at the onset of the Neolithic revolution


  • Résumé

    My doctoral dissertation is an anthropological study of an architectural phenomena. It questions the long-debated issue of “social inequality” at the beginning of the Neolithic through an analysis of the emergence and disappearance of “surprisingly” massive architecture for such an early period (the so-called Pre-Pottery Neolithic in the Levant). The link between monumentality and sociopolitical hierarchy is one of archaeology's most common tropes, but it is certainly not the least controversial, nor is it fully satisfactory. My research goes beyond such a basic assumption by investigating how the practices embedded in the built environment characterize power relations and their transformations. Architecture, I argue, actualizes and mediates social forces at the various stages of a building's life-history. In my dissertation, I particularly focus on the concrete conditions under which these buildings are constructed, transformed and used, and how they are intentionally destroyed and their ruins managed. By analyzing the practical modalities of the political in early neolithic societies, I intend to situate my work within a larger critique of grand modernist narratives on the “origins” of social inequality. Instead of questioning the (in)-egalitarian status of past societies as a whole, my research thus engages with broader reflections on the particular ways power relations (or resistance) can be culturally negotiated through materiality, and how theoretical potentialities of the archaeological methods allows one to more generally investigate the active role of architecture in social and political history. More precisely, this leads me to investigate topics such as values and materiality; violence and architectural destruction; ruins and memory; the tensions between the production of built space and social change; or the politics of architectural design. I have conducted fieldwork on different sites in the eastern Mediterranean, along with fieldwork experience in France. I took part in excavations in Syria (Dja'de) and I am currently involved in projects in Cyprus (Klimonas) and Turkey (Catalhöyük).