Les sorciers condamnés : chamanisme et mutation dans le monde awajún (Amazonas, Pérou)

par Simone Garra

Projet de thèse en Ethnologie


Sous la direction de Jean-Pierre Chaumeil.

Thèses en préparation à Paris 10 , dans le cadre de Ecole doctorale Milieux, cultures et sociétés du passé et du présent (Nanterre) , en partenariat avec Laboratoire d'ethnologie et de sociologie comparative (Nanterre) (laboratoire) depuis le 06-12-2011 .


  • Résumé

    A partir des années soixante-dix, suite à la réorganisation du peuple awajún autour des écoles fondées par les missionnaires et à la création de communautés (comunidades nativas), on assiste à un processus interne de marginalisation des chamanes (iwishin). La présence des iwishin étant à l’origine de conflits intra et inter-communautaires, la plupart d’entre eux sont exécutés ou obligés d’abandonner leurs communautés. Pourtant les accusations de sorcellerie au sein des villages persistent. Aux tensions provoquées par la transgression des normes matrimoniales, s’ajoutent les rivalités pour les fonctions politiques, la concurrence pour les ressources économiques, les inégalités générées par le commerce, les inimitiés factionnelles fomentées par les différents ordres religieux. Tous ces conflits donnent souvent lieu à des accusations de sorcellerie entre voisins. De fait, seul l’expulsion définitive du sorcier présumé peut apaiser – au moins provisoirement – les tensions au sein de la communauté. La ville semble être alors le seul endroit où les « sorciers condamnés » peuvent trouver refuge. La capitale de la province de Condorcanqui, Santa María de Nieva, est ainsi progressivement « envahie » par des dizaines d’Awajún exclus des communautés. Par ailleurs, l’interaction constante entre les communautés et le monde urbain suscite la prolifération de nouvelles formes de sorcellerie chez les Awajún, l’apparition d’un vaste « marché de la guérison » et l’appropriation indigène des outils des sociétés centralisées, plus précisément la bureaucratie étatique et la biomédecine. L’analyse du phénomène provoqué par les accusations de sorcellerie permet ainsi d’aborder un large éventail de changements qui affecte et bouleverse la société awajún contemporaine.

  • Titre traduit

    The condemned witches : shamanism and social change in the Awajún world (Amazonas, Peru)


  • Résumé

    Since the 1960s we have witnessed an internal process of marginalization of shamans (iwishin) as a consequence of a reorganization of the Awajun people due to the presence of missionaries’ schools and the foundation of native communities (comunidades nativas). Since the presence of the iwishin has created intra and intercommunal conflicts, most of them are killed or forced to leave their communities. Nevertheless, accusations of witchcraft in the villages persist. Political rivalry, competition for economic resources, inequality caused by trade, and factional hostility stirred up by the various religious orders all add to the tensions caused by the violation of marriage laws. These conflicts often lead neighbors to accuse each other of witchcraft. In fact, only the permanent banishment of the supposed shaman can ease the internal tension in the community at least temporarily. The city seems to be the only refuge for the “condemned witches”. For this reason, Santa Maria de Nieva, the capital of the province of Condorcanqui, has been progressively “invaded” by tens of Awajuns who can no longer live in their communities. On the other hand, the constant interaction between native communities and the urban world causes the proliferation of new types of witchcraft among the Awajuns and the birth of a large and diversified “market of healing”, along with the appropriation by the natives of the instruments of centralized societies, more precisely bureaucracy and biomedicine. Consequently, the analysis of the phenomenon of witchcraft enables us to deal with a great number of changes occurring in contemporary Awajun society.