Humanité désirée, humanité simulée : etude de l'effet de présence dans les objets anthropomorphiques au Japon

par Agnès Giard

Thèse de doctorat en Anthropologie

Sous la direction de Laurence Caillet.

Thèses en préparation à Paris 10 , dans le cadre de Ecole doctorale Milieux, cultures et sociétés du passé et du présent (Nanterre) depuis le 19-09-2011 .


  • Résumé

    Une dizaine de compagnies s’efforcent actuellement au Japon d’améliorer le réalisme d’ersatz humains commercialisés comme poupées sexuelles sous le nom de love doll. L’enquête, principalement menée au sein de la firme Orient Industrie – leader sur le marché des reproductions de corps féminins – porte sur le travail de recherche mené par les designers, les ingénieurs et les commerciaux pour donner aux poupées, sur le plan technique, esthétique et marketing, l’apparence d’êtres conscients, dotés d’une vie intérieure. Quels procédés mettent-ils en œuvre pour créer un « effet de présence »? En évitant de reproduire l’humain à l’identique, ils élaborent une créature imaginaire qui questionne ce qu’est l’humain, au-delà de la forme. Cette créature, dont la fonction première est de susciter le désir, s’offre paradoxalement comme une sorte de véhicule vacant, absent, en attente, qui simule l’humain en s’en faisant le miroir… renvoyant ses créateurs, ses utilisateurs et peut-être aussi la société tout entière à la problématique de la personne comme réceptacle. La thèse se compose de trois parties qui abordent la love doll sous ses aspects principaux : en tant que « substitut » (migawari), en tant que « miroir » (kagami), en tant que « double » (bunshin). Ces trois termes sont, dans l'ordre, les plus souvent évoqués par ses créateurs autant que par ses utilisateurs. Ils correspondent à trois discours qui contribuent à faire de la love doll le produit d’un travail collectif et interactif visant, sous couvert de jeu, à construire la notion même d’humain.

  • Titre traduit

    Desired humanity, simulated humanity : study of the effect of presence in the anthropomorphic objects in Japan


  • Résumé

    Most of the artificial life systems produced in Japan are designed to create a humanlike presence. My researches target the market of life-size dolls equipped with articulated skeleton and a silicone flesh truer than nature. More precisely, it relates to these love doll that less than a dozen companies are currently improving, establishing themselves as the world leaders in this pioneer field. One company particularly got my attention : Orient Industry – the first company in the history of japanese doll business – plays a key role in driving innovation. I focused on the manufacturing process of these products marketed as “substitute wives”, trying to understand how engineers, designers and trade marketing specialists give the doll the appearance of a thinking and feeling being. It appeared that they did not try to create an exact reproduction of a person, but – on the contrary –, something unreal, empty and incomplete. My goal was ultimely to understand the way interaction with objects could be made possible in Japan, through dolls developed as “vacant vehicles”… The study of these realistic bodies led me to understand how Japanese succeed in creating life and consciousness out of inanimate objects. The thesis is composed of three parts which deal with the main aspects of the love doll : she is talked about as a “substitute” (migawari), as a “mirror” (kagami) and as a “double” (bunshin). These three words are the most often pronounced by its creators as much as by its users. They correspond to three discourses which contribute to brand the love doll as collective and interactive work aiming, in the guise of game, to build the concept of human.