Mettre la ville en musique (Paris-Berlin). Quand territoires musicaux, urbains et professionnels évoluent de concert

par Myrtille Picaud

Thèse de doctorat en Sociologie

Sous la direction de Gisèle Sapiro.

Thèses en préparation à Paris, EHESS , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales depuis le 20-12-2011 .


  • Résumé

    Cette thèse de sociologie porte sur les salles de musique dite « vivante », en s’appuyant sur une comparaison entre Paris et Berlin. L’étude des salles de musique rend compte de la production des définitions et des hiérarchies sociales des territoires musicaux, urbains et professionnels. À la diversité des genres musicaux qui y sont programmés répond la variété des manières de les entendre : publics assis ou debout, configurations intimistes ou stades, etc. L’articulation entre approche ethnographique et analyse statistique témoigne du lien entre esthétiques et usages sociaux de la musique. Ces territoires musicaux, constitués par les cadres d’écoute et les esthétiques, sont inégalement reconnus par les politiques culturelles et ne recoupent pas strictement les frontières des genres. Par ailleurs, les sous-champs musicaux dans les deux villes sont structurés par des logiques spatiales, ce qu’éclaire la cartographie des lieux de musique. Et, si la localisation des salles influe sur leur qualification musicale, à l’inverse, le fait musical participe aux transformations des représentations des territoires urbains. Outre l’ancrage géographique, cette thèse s’intéresse de près à la construction d’une offre musicale à travers la sélection des artistes par les programmateurs et programmatrices des salles berlinoises et parisiennes. Ainsi, elle donne à voir la délimitation de la fonction de programmation comme territoire professionnel, en interrogeant sa variabilité selon l’histoire du sous-champ musical et les contraintes liées à la concentration économique du secteur de la musique live. Une série d’entretiens avec les programmateurs et programmatrices a permis la comparaison des pratiques et des trajectoires de ces intermédiaires. Celle-ci atteste d’un développement professionnel inégal à Paris et Berlin et d’usages distincts du désintéressement dans une activité de programmation internationalisée. Les intermédiaires, comme les politiques culturelles, participent aux oppositions au sein du sous-champ des salles de musique, qui reflètent les centres et les périphéries du champ musical transnational. En effet, selon leur position dans le sous-champ et leurs ressources, les salles ne programment pas les mêmes catégories d’artistes. Ainsi, la retraduction locale de la valeur musicale contribue ainsi au positionnement de Paris et de Berlin comme capitales culturelles.

  • Titre traduit

    The musical subfield in Paris and Berlin. Orchestrating musical, urban and professional territories


  • Résumé

    This thesis in sociology offers a comparison of music venues in Paris and Berlin. Studying music venues sheds light on the definitions and hierarchisation of musical, urban and professional territories. Diverse music genres are listened to in these venues, and ethnographic observation shows that events happen in many different configurations – audiences are sometimes seated or standing, in large arenas or intimate atmospheres, etc. Statistical methods enable the study of the connection between music styles and the way they are socially appropriated. These musical territories, unequally supported by cultural policies, distinguish themselves from the strict definition of musical genres. The musical subfield is also structured by spatial forces, revealed by the cartography of the music venues in both cities. Their localisation affects the way venues are perceived and defined but, conversely, the music scene also participates in the transformation of representations about the urban territories. Beyond the urban analysis of music, this thesis examines music production through the role of bookers, who select the artists in the venues. In Paris and Berlin, the definition of booking as a territory of competence depends on the musical subfield’s history and is influenced by pressure linked to the increasing economic concentration within the live music market. Interviews with bookers offer material for comparing the cultural intermediaries’ work practices and social trajectories. They illustrate different forms of professional development and uses of disinterestedness in the internationalised activity of booking. Cultural intermediaries and policies participate in the dual structure of the subfields, which reflects the centres and peripheries of the transnational musical field. Indeed, depending on their resources and position in these subfields, venues do not book the same type of artists. Thus, they tend to the local translation of musical value, all the while taking part in Paris’ and Berlin’s positioning as cultural capitals.


  • Résumé

    Die Dissertation behandelt in vergleichender Perspektive „lebendige” Musik in Berlin und Paris. Musik wird hierbei als kulturelle Praxis in Form von Konzerten definiert, stellt die Orte an denen Musik stattfindet ins Zentrum und schließt daher das bloße Musikhören aus. Die Studie bezieht in diesem Rahmen beruflich-professionelle Aspekte, das Konzert als eine sinnliche Wahrnehmung und einen sozialen Tatbestand („fait social“) sowie das anwesende Publikum mit ein. Musik wird somit nicht musikwissenschaftlich sondern soziologisch analysiert. Das Konzert wird als künstlerische Ausdrucksform in seinem sozialen Rahmen betrachtet: das soziale Treiben während des Konzerts, die Besonderheiten des Veranstaltungsorts und ähnliche Aspekte sind in diesem Sinne integrale Bestandteile dieser auf Städteebene angesiedelten Forschungsarbeit.