De la démocratie participative au Sénégal : interaction entre fabrique argumentative et portée décisionnelle de la partcipation citoyenne

par Fatimata Fall (Ly)

Projet de thèse en Sociologie

Sous la direction de Francis Chateauraynaud.

Thèses en préparation à Paris, EHESS , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales depuis le 04-11-2011 .


  • Résumé

    La multiplication des formes de participation citoyenne et l’institutionnalisation de la démocratie participative par les autorités étatiques a profondément modifié les relations entre les gouvernants et les gouvernés. De plus en plus, on assiste à une volonté manifeste des citoyens à participer davantage dans les débats publics et les processus de prises de décisions. Face à cette nouvelle donne, se dessine une reconfiguration du jeu des acteurs et des arguments sur la sphère publique. De nouvelles figures émergent et occupent l’espace public. Le Sénégal, à l’instar de plusieurs pays du monde, vit ce phénomène. Dans un tel contexte, la fabrique argumentative devient un enjeu majeur. Cette thèse tente de faire la lumière sur la participation des citoyens aux débats publics dans ce pays. Elle cherche à comprendre le lien entre la construction d’arguments et la rhétorique que les acteurs déploient autour des problèmes publics, et la portée décisionnelle. Une recherche qui prend comme appui, le travail des organisations de la société civile, porteurs des revendications démocratiques. Une analyse socio historique des formes de démocratie au Sénégal, permet de retracer l’évolution sociopolitique des moyens et modalités utilisés par les citoyens pour exprimer leur désaccord, voire mécontentement face à la gestion des affaires publiques de leur pays. Elle contribue à ce titre à mieux appréhender les nouvelles dynamiques participatives qui font valoir les revendications sociales, politiques et économiques en dehors et lors du vote. Ce travail de thèse prend son soubassement sur la mise en variation de quatre cas hétérogènes. Les deux premiers cas font partie d'un programme initié par le Forum Civil. Le premier est une expérience locale de labélisation de bonne gouvernance, appelée Certification Citoyenne qui repose sur le principe du contrôle citoyen de l’action publique locale. Le deuxième est relatif à un partage d’expertise entre les pêcheurs, les autorités administratives et les organisations de la société civile face à la corruption dans la gestion des ressources halieutiques. Le troisième, reflète une des récentes formes d’expression des valeurs démocratiques, incarnée par de jeunes rappeurs et journalistes désireux de jouer leur partition dans l’espace public, regroupés autour du mouvement Y’en a marre. Enfin, le quatrième cas traite de la question de l’accès et la gestion du foncier. Il met en lumière, les arguments posés par les acteurs pour acquérir ou conserver les terres Ce cas retrace le long et difficile processus de réformes foncières enclenchées depuis les indépendances pour faire face à de nombreux conflits fonciers. Ces études de cas permettent de dresser une cartographie des dispositifs participatifs et de ressortir l’articulation entre problèmes publics et participation. A travers ces quatre études de cas, on montrera, grâce à une analyse fine de la graduation de la force argumentative, que l’impératif participatif est saisi différemment par des acteurs. Un travail qui permet de mieux appréhender les processus de construction d’une société civile et politique dans ce pays. Enfin, cette thèse est une opportunité d’interroger la capacité de ces dynamiques participatives à transformer les processus de prises de décisions publiques et la démocratie au Sénégal.

  • Titre traduit

    Participatory democracy in Senegal : interaction between argumentative fabric and decision-making scope of citizen participation


  • Résumé

    The proliferation of collective mobilization’ forms and the institutionalization of participatory democracy by state’ authorities has transformed the relationships between rulers and citizens who exhibit more and more their desire to participate in public debates and decision-making processes. Indeed, that has remodeled public stakeholders’ interactions on both strategic and argumentative levels. New figures appear on public arenas. Senegal, like many countries is experiencing this phenomenon. A historical and descriptive analysis of civic participation helps to better understand how new participatory dynamics arise. In such a context, the argumentative fabric becomes a major stake. This thesis attempts to highlight the participation of citizens in public debates in this country. It seeks to understand the link between the fabric of arguments and the rhetoric that stakeholders use around public issues, and the scope of decision-making. The basis of this research is the work of civil society organizations that fight for democratic demands. Throughout a socio-historical analysis of democracy types in Senegal, we trace the socio-political evolution of the means and modalities used by citizens to express their disagreement or dissatisfaction with the management of public affairs in their country. As such, it contributes to a better understanding of the new participatory dynamics which assert social, political and economic demands outside and during the vote. This thesis is based on the variation of four heterogeneous cases. The first two cases are part of a program initiated by Forum Civil. The first is a local experience of good governance labeling, called Citizen Certification, which is based on the principle of citizen control of local public action. The second relates to the sharing of expertise between fishermen, administrative authorities and civil society organizations in the issue of corruption in the management of fishery resources. The third reflects one of the recent forms of expression of democratic values, embodied by young rappers and journalists eager to play their part in public space, through the movement Y’en a marre. Finally, the fourth case deals with the issue of access and management of land. It highlights the arguments put forward by stakeholders to acquire or keep the land This case traces the long and difficult process of land reforms initiated since the independence in this country to deal with numerous land conflicts. These case studies help to draw up a mapping of participatory processes and to highlight the link between public problems and participation. Through these four case studies, we will show, by using an analysis of the graduation of the argumentative force, that the participatory imperative is understood differently by public actors. This work allows a better understanding of the processes of building a civil and political society in Senegal. Finally, this thesis is an opportunity to question the capacity of these participatory dynamics to transform public decision-making processes and democracy in Senegal.