« La migration féminine face aux mesures de restriction au Pays dogon (Mali) »

par Yada Kassogue

Thèse de doctorat en Anthropologie sociale et ethnologie

Sous la direction de Jean-Paul Colleyn et de Anne Doquet.

Thèses en préparation à Paris Sciences et Lettres , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales , en partenariat avec Paris, EHESS (établissement de préparation de la thèse) depuis le 19-12-2011 .


  • Résumé

    Au cœur de l’Afrique de l’Ouest, le Mali est un pays où la migration est ancrée de longue date dans les pratiques de la société. Le Pays dogon connait une forte migration rurale, comme la plupart des zones du Mali, mais se singularise par l’existence d’une organisation locale de la restriction de la migration féminine, assortie de sanctions. La majorité des chercheurs qui ont étudié les Dogon ont focalisé leur attention sur la culture traditionnelle et les mythes, au détriment des réalités sociales. Loin de ces stéréotypes, l’étude de la migration révèle des dynamiques locales tout à fait contemporaines. Dans les villages dogons, la migration saisonnière ne semblait toucher pendant longtemps que les jeunes hommes à la recherche d’un travail ponctuel rémunéré. Si cette forme classique de migration a des impacts sur l’organisation sociale locale, notamment pour la crise de main-d’œuvre qu’elle suscite, le départ des jeunes femmes semble lui entraîner une transformation des normes sociales. Cette thèse montre que la recherche du trousseau de mariage, qui a longtemps été la principale cause de la migration féminine interne au Mali, est en train d’être rejointe par d’autres ambitions. Les femmes saisissent la migration pour bénéficier d’avantages ou marges de liberté qui améliorent leur vie quotidienne et, plus encore, leur vie maritale. Les hommes justifient la mise en place du contrôle local de la migration de travail des femmes par ses conséquences néfastes. Les efforts de l’état et des ONG pour limiter la migration échouent largement et sont sous-tendus par des arguments similaires. Ce contrôle se maintient dans les villages malgré l’existence d’une gestion institutionnelle des migrations de la population. Sur la base d’une enquête ethnographique, ce travail analyse les divergences générationnelles dans une perspective genrée pour éclairer les enjeux sociaux de la migration féminine, au-delà de ses enjeux économiques. Analysant les craintes masculines d’une transformation des principes et des procédures des alliances matrimoniales, il met en avant les stratégies féminines qui sous-tendent la migration, en éclairant les formes de résistance et d’autonomisation qu’elle autorise.

  • Titre traduit

    “Female migration faced with restriction measures in Dogon Country (Mali)”


  • Résumé

    In the heart of West Africa, Mali is a country where migration has long been anchored in the practices of society. Like most areas of Mali, Dogon country experiences significant rural-to-urban migration. At the same time, women are restricted from migrating by local organizations and sanctions. The majority of researchers who have studied the Dogon have focused their attention on traditional culture and myths, to the detriment of social realities. Far from these stereotypes, the study of migration reveals local dynamics that are quite contemporary. In Dogon villages, seasonal migration was long seen as affecting only young men looking for temporary work. This classic form of migration has an impact on local social organization, especially for the manpower crisis it causes. The departure of young women, however, leads to a transformation of social norms. This thesis shows that the search for the marriage trousseau, which had long been the cause of internal female migration in Mali, is being joined by other ambitions. Women seize the opportunity to migrate in order to gain benefits or freedoms, which improve their daily lives and their marital life. Men cite the harmful consequences of this migration to justify local control of women's movement. State and nongovernmental organizations’ efforts to limit migration largely fail and are underpinned by similar arguments. This control is maintained in the villages despite the existence of institutional management of population migrations. Through ethnographic research at the origins and destinations of young women from Dogon country, this research examines generational changes from a gender perspective to illuminate the social stakes of female migration. Analyzing men’s fears of a transformation of the principles and procedures of marriage alliances, it highlights women’s strategies, illuminating the forms of resistance and empowerment that migration allows.