Persistance biochimique et récalcitrance politique. Enquête socio-historique sur les résurgences multiscalaires d’un problème environnemental et sanitaire

par Aurélien Féron

Projet de thèse en Histoire (option : Histoire des sciences)

Sous la direction de Jean-Paul Gaudillière et de Nathalie Jas.

Thèses en préparation à Paris, EHESS , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales depuis le 27-10-2011 .


  • Résumé

    Synthétisés massivement à partir des années 1930, les PCB (polychlorobiphényles) sont de ces substances chimiques dont l’utilisation a été progressivement interdite à l’échelle mondiale pour des raisons sanitaires, après des décennies de production industrielle et d’usages divers aussi bien dans l’industrie que dans des produits de consommation courante dans les bureaux et les maisons. Ils sont décrits depuis la fin des années 1960 comme un polluant omniprésent dans l’environnement, s’accumulant dans les corps des êtres vivants, toxique, « persistant » (qui – où qu’il se trouve – ne se dégrade pas ou peu au fil du temps), et dont on ne sait aujourd’hui encore se débarrasser qu’en l’incinérant à très haute température. Cette famille de molécules a fait l’objet de nombreuses actions politiques dès le début des années 1970 : non seulement la production et l’utilisation de ces substances ont été progressivement interdites mais des dispositifs réglementaires et des filières industrielles ont été développés pour procéder à leur élimination. Cette thèse étudie comment des dommages, des problèmes, des dangers et des risques ont été associés aux PCB et comment tout ceci a été géré. Or, dans cette perspective, la contamination du monde par ces substances apparaît, au fil des cinq dernières décennies, comme un problème récalcitrant : la multiplication de dispositifs techniques et politiques visant à gérer les (potentiels) effets néfastes des PCB n’a pas suffi à éviter que de nouveaux problèmes n’émergent et que certains types de problèmes déjà pris en charge par le passé ne resurgissent. A partir d’archives, d’entretiens semi-directifs et de documents collectés en ligne, cette thèse pose d’abord quelques jalons pour une histoire transnationale de la qualification et de la gestion des enjeux sanitaires et environnementaux liés aux PCB depuis le début de leur production industrielle en 1929. Elle s’intéresse ensuite plus particulièrement à trois "affaires" survenues en France, entre le milieu des années 1980 et aujourd’hui, au cours desquelles les PCB, à partir de problématisations locales, ont suscité l’intervention de différents acteurs, notamment des scientifiques, des associations et des pouvoirs publics. Elle éclaire ainsi les dynamiques scientifiques, techniques, industrielles, sociales et politiques qui, au-delà du consensus au sein de la communauté scientifique sur la persistance biochimique de ces composés, ont fait la récalcitrance politique du "problème PCB" au fil des décennies.

  • Titre traduit

    Biochemical persistence and political recalcitrance. Socio-historical inquiry on the multiscale resurgences of an environmental and health problem


  • Résumé

    Massively synthesized from the 1930s, PCBs (polychlorinated biphenyls) are among the chemicals whose uses have been progressively banned at the global scale for sanitary reasons, after many decades of industrial production and varied usages in industry as well as in commodities into offices and households. They have been described since the end of the 1960s as an omnipresent pollutant in the environment, accumulating in the bodies of living organisms, toxic, "persistent" (which – wherever it is – does not, or almost not, degrade over time), and which can be eliminated only by incineration at a very high temperature. These chemicals have been the subject of numerous political actions since the early 1970s: not only have the production and use of these substances been progressively banned, but regulatory devices and industrial sectors have been developed to carry their elimination out. This thesis examines how damages, problems, hazards and risks have been associated with PCBs and how all these have been managed. In this perspective, the world contamination by these substances appears, over the last five decades, as a recalcitrant problem: the multiplication of technical and political devices that have aimed at managing the (potential) adverse effects of PCBs have not prevent new problems from arising and certain types of problems already tackled in the past from resurfacing. Based on archives, interviews and documents collected online, this thesis first sets some milestones for a transnational history of the qualification and management of health and environmental issues related to PCBs since the beginning of their industrial production in 1929. It then focuses on three "cases" in France, between the mid-1980s and today, during which PCBs, from local problematization, prompted interventions of different actors, including scientists, associations and public authorities. Thus, it sheds light on scientific, technical, industrial, social and political dynamics that, beyond the consensus in scientific community on the biochemical persistence of these compounds, have made the political recalcitrance of the "PCB problem" over decades.