Posséder. Construction de l'Etat et résistances aux mécanismes de dépossession dans le Maroc post-2011

par Soraya El Kahlaoui

Projet de thèse en Sociologie


Sous la direction de Albert Ogien.

Thèses en préparation à Paris, EHESS , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales depuis le 20-12-2011 .


  • Résumé

    En partant de deux enquêtes ethnographiques, l’une portant sur un quartier d’habitations informelles en cours de construction (2012-2013), et l’autre sur la résistance des membres de la tribu Guich Oudaya expulsés de leurs terres situées en plein Rabat (2014-2016), cette thèse vient interroger la manière dont les groupes sociaux marginalisés parviennent à revendiquer leurs droits dans le Maroc post-2011. Plus spécifiquement, ce travail vise à éclairer un aspect des reconfigurations politiques qui ont suivies les différentes protestations du mouvement du 20 février 2011, en mettant en lumière la dynamique des conflits et des rapports de force qui s’instituent dans l’affrontement entre un Etat régissant l’ordre urbain et des populations vivant dans le monde de l’informel en lutte pour leur droit au logement. Ces luttes du « peuple de l’informel » s’inscrivent dans un long processus historique engendré par le colonialisme. En urbanisant le Maroc, l’arrivée du pouvoir colonial a en effet profondément déstructuré les modes de gestion du territoire. Cette urbanisation, rendue possible grâce à l’instauration de mécanismes de dépossession, a provoqué une ségrégation spatiale fondée sur une séparation entre espace moderne et espace informel. En effet, avec l’avènement des villes coloniales/modernes, le manque de travail et de logement a abouti à la création de bidonvilles en périphérie des centres urbains et à l’émergence d’une économie informelle. Dans ces zones de marginalité urbaine, les populations se retrouvent dans la situation de contester l’Etat à partir d’une position de semi-légalité. Si cette situation structure leurs luttes et modèle leurs formes d’organisation, elle vient également les placer en opposition directe avec l’une des principales prérogatives de l’Etat moderne : celle de définir les contours du droit de propriété.

  • Titre traduit

    Possess. State building and resistance to mechanisms of dispossession in post-2011 Morocco.


  • Résumé

    Through two ethnographic studies - one about an informal housing neighbourhood under construction (2012-2013), the other one about the resistance of the Guich Oudaya tribe, expelled from their land at the heart of Rabat (2014-2016), this thesis aims at questioning the practices that marginalized social groups use to claim their right in post-2011 Morocco. Particularly, this study aims at revealing an aspect of the political reconfigurations which followed the various protests of the 20 February movement in 2011 by shedding lights on the dynamics of the conflicts and the power balance established in the confrontation between the State as administrator of the urban order and a population living in the informal world and struggling for their right to housing. The struggles of this « informal people » are rooted in a long historical process engendered by colonialism. The colonial power extensively destroyed the modes of territorial management through the urbanisation of Morocco. This urbanisation process, based on mechanisms of dispossession, caused a spatial segregation built on the separation between the modern and the informal spaces. Indeed, with the establishment of the colonial/modern cities, the lack of work and of state housing has led to the development of « shanty towns » in the periphery of urban areas and the creation of an informal economy. In these zones of urban marginality and always from a situation of semi-legality, these populations were obliged to contest the state. If this situation of semi-legality structures their fights and shapes their forms of organization, it also places these populations in direct confrontation with one of the main privileges of the modern State: that to define the outlines of the property right.