L'économie de bazar en Afrique de l'Ouest : les entrepreneurs libanais à Abidjan, Dakar et Ouagadougou

par Marwa El Chab

Projet de thèse en Anthropologie sociale et ethnologie


Sous la direction de Michel Peraldi.

Thèses en préparation à Paris, EHESS , dans le cadre de Ecole doctorale de l'Ecole des hautes études en sciences sociales ED 286 depuis le 06-12-2011 .


  • Résumé

    Cette thèse est une étude approfondie de l’éthos entrepreneurial d’une minorité ethnique en Afrique de l’Ouest. Nous explorons le sens des catégories « minorité » et « ethnicité » à l’ère postcoloniale au travers des communautés libanaises d’Abidjan, de Dakar et de Ouagadougou et nous analysons leurs corrélations avec les comportements économiques de ces individus. L’objectif est d’élucider le mécanisme de construction de la bourgeoisie d’affaires transnationale en Afrique de l’Ouest. Nous verrons, dans un premier temps, comment les Libanais ont réussi à s’insérer au cœur de l’économie de bazar en Afrique de l’Ouest. Leur force réside dans leur maitrise des termes de l’échange dans cette organisation du marché où les relations clientélistes et le face à face priment sur le simple échange marchand. Nous nous attarderons, dans un deuxième temps, sur les logiques entrepreneuriales déterritorialisées des Libanais, qui s’affranchissent du local et du national en puisant dans la force de leurs liens intercommunautaires à l’échelle de la région. Ils peuvent ainsi tirer profit des écarts économiques entre les différentes nations africaines et relocaliser sans difficulté, en fonction des conjonctures économiques, sociales et politiques. Enfin, nous verrons comment cette organisation se traduit dans le domaine anthropologique. En effet, afin de préserver leurs avantages financiers dans les structures des marchés économiques ouest-africains, les Libanais recourent à la réaffirmation de la frontière ethnique, et surtout à la reproduction des classes sociales au sein même du groupe. Cette thèse s’inscrit ainsi dans la continuité des études conduites auparavant sur la présence libanaise en Afrique de l’Ouest, et met en avant la disparité interne du groupe. Toutefois, notre approche nous permet de mettre également en lumière la cristallisation des codes socioéconomiques des communautés libanaises. Jusqu’à ce jour, les entrepreneurs libanais ancrés dans l’économie de bazar d’Afrique de l’Ouest ont fait preuve de résilience et d’adaptabilité face aux circonstances changeantes de ce siècle. C’est grâce aux liens entre les différentes communautés libanaises et aux frontières ethniques et de classe, que se construit une bourgeoisie transnationale en Afrique de l’Ouest.

  • Titre traduit

    The bazaar economy in West Africa : the Lebanese entrepreneurs in Abidjan, Dakar and Ouagadougou


  • Résumé

    This thesis is a comprehensive study of an ethnic minority’s entrepreneurial ethos in West Africa. We explore the “minority” and “ethnicity” categories and their meaning in the postcolonial era through the Lebanese communities of Abidjan, Dakar and Ouagadougou and analyze their correlations with the economic behavior of these individuals. The aim here is to elucidate the construction of a transnational business “bourgeoisie” in West Africa. First, we will see how the Lebanese managed to integrate the bazaar economy in West Africa. Their strength lies in their mastership of the terms of trade in this market organization, where clientele relations and face-to-face encounters take precedence over mere market exchange. Secondly, we will focus on the de-territoriality approach of the Lebanese entrepreneurs, free from the local and the national frame, drawing on the strength of their intercommunity ties across the region. They can thus take advantage of the economic gap existing between the different African nations and they can easily relocate according to the economic, social and political conditions. Finally, we will see how this economic organization translates into anthropological matter. Indeed, in order for the Lebanese to preserve their financial advantages on the West African economic markets, they reassert their ethnic boundary with other populations, but more importantly, they reproduce social class boundaries within the group itself. This thesis is thus building on studies previously conducted on the Lebanese in West Africa, emphasizing the internal heterogeneity of the group. Our approach, however, allows us to highlight the crystallization of the socio-economic codes in Lebanese communities. Lebanese entrepreneurs rooted in the West African Bazaar economy have been able to demonstrate resilience and adaptability to all circumstances throughout the years. It is through the ties connecting these individuals to different Lebanese collectivities in the area and the ethnic and class boundaries which safeguard these ties that a transnational business “bourgeoisie” is emerging in West Africa today.