Le spéculum, la canule et le miroir. Les MLAC et mobilisations de santé des femmes, entre appropriation féministe et propriété médicale de l’avortement (France, 1972-1984)

par Lucile Ruault

Projet de thèse en Science politique

Sous la direction de Rémi Lefebvre et de Frédérique Matonti.

Thèses en préparation à Lille 2 , dans le cadre de École doctorale des Sciences Juridiques, Politiques et de Gestion (Lille) depuis le 01-10-2011 .


  • Résumé

    Entre 1972 et 1984, des non médecins du Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception ont pratiqué des avortements hors de la sphère médicale, dans le même temps que la professionnalisation de l’acte s’accélérait. Au moyen d’une ethnographie historique combinant un large corpus d’entretiens rétrospectifs et d’archives, la thèse s’intéresse à la politisation de l’avortement et éclaire sa constitution en problème de santé publique. Cette étude localisée de groupes MLAC ayant revendiqué une pratique propose une analyse incarnée à la fois de l’instauration du monopole médical sur l’avortement et des résistances à ce processus. Dans le temps de la lutte, médecins comme profanes participent à l’acclimatation et à l’adaptation en France de la méthode par aspiration. Il est remarquable que, des collaborations et conflits découlant de ces interactions, l’autorisation d’accès aux savoirs élaborés en commun ait échu aux seul⋅es détenteurs/rices de titres médicaux. La thèse constitue ensuite en objet d’étude le cas exceptionnel des MLAC qui ont maintenu une pratique profane après le vote de la loi sur l’IVG et renouvelé leur radicalité malgré la phase d’institutionnalisation dans laquelle sont entrés les acquis féministes. En remettant en cause tant la spécialisation des actes corporels que la domination patriarcale des corps féminins, ces « dissidentes » affirment progressivement l’orientation féministe de leur action. Au même moment, l’infusion du self-help en France soutient la réorientation de leur registre de revendication en enrichissant leur armature idéologique. La façon dont elles se l’approprient, alliée à la politisation de l’existence quotidienne des femmes et au développement de nouvelles pratiques de soins – les accouchements notamment –, invitent à considérer les MLAC dissidents comme une mobilisation de santé.

  • Titre traduit

    Speculum, cannula and mirror. The MLACs and women's health mobilizations, between feminist appropriation and medical property of abortion (France, 1972-1984)


  • Résumé

    From 1972 to 1984, unskilled members (i.e. without a medical degree) of the Movement for the Liberation of Abortion and Birth Control aborted women outside medical spheres, whereas the practice was getting more and more professional. Thanks to a historical ethnography combining a wide corpus of retrospective interviews and archives, the thesis focuses on the politicization of abortion and highlights its constitution as a matter of public health. This survey of some local committees of the MLAC which claimed this practice puts forward a deep analysis of both the establishment of the medical monopoly of abortion and protests against this process. During the fight, physicians and unskilled practitioners take part in the introduction and adaptation in France of the aspiration method. We can notice that from collaborations and conflicts resulting from these interactions, the authorized access to the technical know-how learnt in common benefited only fully qualified physicians. The thesis then looks into the outstanding subject of the MLACs which maintained the practice outside medical structures after a bill was passed in favour of IVG – i.e voluntary termination of pregnancy – and resumed their radical militancy in spite of the institutionalization step including feminist achievements. By questioning both the specialization of practices on bodies and the patriarchal domination of female bodies, these « dissidents » gradually assert the feminist orientation of their action. At the same time, the spreading of self help in France supports the reorientation of their demands and enriches their ideological basis. The way they appropriate new orientations, plus the politization of women’s daily life and the development of new caring methods – notably deliveries (childbirths) – urge us to consider dissident MLACs as a mobilization for health.