Identité politique comorienne postcoloniale en rapport à l’insularité comorienne et à l’ancienne métropole

par Yssouf Naiffouddine

Projet de thèse en Littérature générale et comparée

Sous la direction de Jean-Claude Carpanin Marimoutou.


  • Résumé

    Si l’émergence de la littérature comorienne n’est plus à prouver aujourd’hui, la voix de son roman parmi ceux des autres littératures postcoloniales n’est pas encore entendue à sa juste mesure, surtout lorsque l’on compare sa réception à celle du roman réunionnais par exemple. Sa définition même n’est pas encore bien élaborée; on sait tout simplement que le roman comorien est « pluriel », hétérogène ; il ne s’approprie pas un espace fixe, ses lieux de production diffèrent du nord(en France) au sud (aux Comores) comme l’est également ses propres auteurs. Cependant, parmi tant d’autres critères qui peuvent permettre de formuler un point de vue précis sur ce roman, nous avons le traitement des sujets fortement inspirés d’un réalisme socio-politique intimement lié à la fois à l’ Histoire et à la mémoire collective parfois occultées, fragmentées ou réhabilitées. C’est un roman qui pose un regard original sur des interrogations particulièrement sensibles comme l’exacerbation des revendications des identités politiques qui s’exprime par des bouillonnements et de tensions diverses au sein des îles de l’Archipel des Comores elles-mêmes mais également entre elles et l’ancienne Métropole. Ainsi, il brise le silence si longtemps imposé à l’endroit de l’expression des réalités abominables de ces îles en prenant à contre pied un discours littéraire traditionnel influencé par un point de vue politique masquant une réalité faite de crispations, d’aberrations nationalistes, chauvinistes, etc. Dans un point de vue strictement formel et esthétique, ce roman entraine le lecteur dans un flot d’interrogations sur certaines idées reçues à propos des narrations postcoloniales ; il se construit dans un jeu fascinant et complexe du texte et du contretexte, du réaliste et du fantastique, de l’humour et de l’ironie mais également dans un dialogue de formes d’écritures diverses comme la combinaison de stratégies narratives du conte et de la chanson, l’emboitement des points de vue. L’objectif de ce travail est d’explorer ces aspects du texte romanesque afin de saisir la façon dont les sociétés comoriennes, à travers leurs productions littéraires, réinventent leur identité globale et ses divers liens avec la France. Cela implique clairement à répondre à des interrogations liées d’une part, à l’articulation des différentes représentations mémorielles et historiques avec les revendications identitaires dans les dispositifs discursifs, narratifs et scénographiques du texte, et, de l’autre, aux représentations textuelles qui résultent de l’aspect polycentrique de ce roman, de ses modalités propres de production, de circulation et de réception. Faisant des problèmes des identités politiques leur toile de fond, ces écritures romanesques tentées souvent par une méditation de leur place dans le contexte historique et sociale mouvant qui les ont vues naitre ont-elles une fonction pour la reconstruction des Comores ? Sans pour autant sombrer dans une évaluation de la fonction de cette littérature en s’inscrivant dans la mouvance du discours critique traditionnelle fondée sur les déclarations et les prises de position des écrivains dits engagés, notre lecture de l’engagement se fera au cœur même de la textualité . Pour y parvenir, notre approche sera multidisciplinaire. On cherche à réorienter les théories postcoloniales de Bill Ashcroft, Homi Bhabha, Gareth Griffiths, Edward Saïd, Gayatri C. Spivak, Hellen Tiffin, ou Ngugi wa Thiong’o, à les faire sortir dans leur dualisme qui consiste à expliquer le fait littéraire à partir relations centre/périphérie, ou de manière plus polémique pouvoir/ non-pouvoir pour mieux saisir les enjeux du nationalisme anticolonial et les différentes manifestations textuelles de la complicité qui se crée entre le Comorien et son ancien colon. On s’inspire également de l’application française de ces théories qui aboutit à faire la lumière sur les « relations entre la littérature et le lieu, la littérature et la nationalité et surtout l’écriture et les formes venant de la Métropole » . Ces théories sont complétés par des approches de la critique littéraire inspirées de l’histoire, l’anthropologie, la linguistique, la psychanalyse, la géographie et surtout par la critique Bakthinienne centrée sur une observation du texte dans sa complexité à travers des notions comme vision du monde carnavalesque, carnavalisation, littérature carnavalesque et carnavalisée, ménippée , bas corporel, réalisme grotesque . Ces notions métaphoriquement et sémantiquement riches ordonnent une lecture des identités politiques à partir des structures rompues des récits, des mélanges des genres, des excès dans la description, des mises en œuvre de la contradiction et de l’obsession du thème de l’altérité et du double.


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